‹ VaugirardChapitre 102 sur 244 · Archives Nationales. S. 35g · texte numérisé non relu

Archives Nationales. S. 35g

tel comprenant plusieurs chambres, salles, cuisine, cour, cellier, étables, colombiers, pressoirs, jardin, sis grande rue de Vaugirard, tenant d’une part au « Cimetière d’en hault du dit Vaugirard, » aboutissant par derrière au grand chemin1.

Mais si, en 1660, la petite nécropole était désaffectée depuis dix ans, il est permis de se demander où l’on inhumait les morts de Vaugirard? C’était, vraisemblablement, autour de l’église. D’ailleurs, le vocable de « Cimetière d’en haut » semble bien en appeler un autre : « le Cimetière d’en bas ». Nous voyons, en effet, sur le plan de 1734 annexé au mémoire du curé de Langlc, un enclos qui est assurément un cimetière, avec une croix en son milieu et deux petits bâtiments de gardiens. Il est situé proche la grande rue de Vaugirard, derrière l’église, à l’angle Sud de la rue des Prêtres, aujourd’hui rue Saint- Lambert.

Autour de la vieille église était donc, jusqu’à la lin du dixhuitième siècle, un autre cimetière paroissial de la commune, transformé en place publique après sa désaffectation, et après l’ouverture, vers 1787, de la nécropole du chemin de Sèvres, aujourd’hui rue Lecourbc.

En 1784, la nécropole contiguë à Saint-Lambert était déclarée insuffisante et insalubre. Le mardi 20 juillet de cette année, en vertu d’un arrêt du Procureur général du Parlement, du 3ojuin précédent, le Lieutenant juge de la Prévôté d’Issy et Vaugirard, son greffier, des architectes, des médecins et des chirurgiens jurés, et aussi le sieur Allcgrain, Procureur fiscal, se transportaient « sur le terrain du cimetière de Vaugirard ayant son entrée sur la grande rue du dit lieu, clos de murs et adossé, d’un côté, à la nef de l’église du dit Vaugirard ».

. Archives Nationales, S. i583.

Le but de cette visite était la constatation de l’insuffisance et de l’insalubrité dont il s agit. Conformément au dit arrêt, il était requis que le curé, ses marguilliers, les habitants de la paroisse seraient convoqués et assemblés pour prendre les mesures nécessaires.

Le dimanche 25 juillet suivant, à l’issue de la messe paroissiale, le Lieutenant de la Prévôté se transportait à Yraugirard, dans une salle du rez-de-chaussée, entre cour et jardin, dépendant de la maison curiale, endroit ordinaire des assemblées de la paroisse, où le curé et les marguilliers se trouvent déjà réunis, convoqués par billets, au son de la cloche et au prône de la messe. Le motif était de statuer :

Sur le choix d’un terrain convenable pour un nouveau cimetière, dans le cas où, suivant le rapport des experts médecins et chirurgiens, il seroit décidé que le cimetière de la paroisse devroit être transféré dans un lieu plus convenable.

Il fut donné lecture du rapport des experts, rédigé après la visite du 20 juillet, duquel rapport nous croyons intéressant de donner l'extrait ci-après :

En conséquence, nous sommes transportés de la maison presbytéralc dans le cimetière dont il s’agit, lequel a son entrée sur la grande rue par une porte de quatre pieds cinq pouces de largeur; il est circonscrit dans toute son étendue, d’une part, au levant, par l'église paroissiale, au couchant, par un mur de clôture séparatif du terrain du séminaire des Robertins, du midi, par l'école et maison de la fabrique de la dite paroisse, en la plus grande partie, et pour le surplus par un mur de clôture sur la grande rue, et au nord par un mur de clôture sur une ruelle publique. Pourconnoître plus parfaitement son étendue, nous enavons levé un plan régulier et mis au net. Et calculs faits de toute la superficie du dit cimetière, il contient sept perches et demie à raison de dix-huit pieds pour perche y compris les trois piliers extérieurs de la dite église.

Les inconvénients qui résultent constamment de pouvoir continuer à se servir du dit cimetière, c’est son peu d'étendue relativement à pouvoir y pratiquer la sépulture d’environ 200 personnes, année commune.

Connaissance que nous avons acquise par le curé de la paroisse et en comparant l’emplacement qu’il faut pour une fosse que l’on peut évaluer à dix-huit pieds de superficie, les sept perches et demie ne procureraient que i3q fosses au

lieu de 200 qu’il faut au moins, en admettant 200 sépultures par année. D’ailleurs on ne peut pas répéter la fouille de ces fosses que plus de dix ans après la sépulture, cela a été l’avis des commissaires qui ont été nommés pour raison du cimetière de la paroisse des Saints-lnnocens. Un autre inconvénient, c'est que chaque habitant venant à décéder, a sa fosse particulière, ce qui n’arrive pas dans beaucoup d’autres cimetières où les fosses sont communes, c’est-à-dire où l’on enterre beaucoup de personnes dans le même endroit, ce que l’on seroit forcé de faire dans le cimetière dont est question avec d’autant plus de raison que, depuis quatre ans environ, on a formé l’établissement d’un hospice pour traiter de certaines maladies ce qui entraîne le décès de beaucoup de personnes. Nous le répétons, il y a beaucoup d’inconvénients à continuer de se servir de ce cimetière. Tel est l’avis de nous, expert, sur la situation du dit cimetière.

Voici, d’autre part, un extrait du rapport de Barthélémy- Toussaint Le Clerc, docteur et professeur de la Faculté de Médecine, conseiller du Roi, son médecin ordinaire au Châtelet de Paris, portant la même date :

Nous estimons que le dit cimetière n’est pas assez vaste pour donner la sépulture à un assez grand nombre de morts, que les cadavres accumulés dans un aussi petit espace doivent nécessairement infecter l’air et rendre le lieu très malsain, que les émanations putrides et méphitiques qui en résultent doivent être nuisibles aux voisins et même se propager jusqu’à une certaine distance, qu’elles peuvent même occasionner des suites fâcheuses dans des lieux dont le nombre des habitants s’est accru considérablement. Pour parer à ces inconvénients nous estimons que la salubrité demande qu’on établisse un autre cimetière dans un endroit plus vaste, isolé et découvert, mieux aéré et exposé surtout au nord ou nord-est, les seuls vents qui purifient et qui puissent garantir, du moins jusqu’à un certain point, des exhalaisons mauvaises que répandent infailliblement les cadavres en se décomposant.

Après lecture des documents, il fut décidé par l’assemblée qu’il y avait lieu de rechercher un terrain convenable pour un autre cimetière; ayant été unanimement reconnu que celui qui subsistait alors n’était pas assez spacieux pour contenir le nombre des corps journellement enterrés. Que, de plus, il ne pouvait rester plus longtemps en exercice sans danger poulies habitants à cause des exhalaisons et de la mauvaise odeur émanant de la putréfaction des corps.

La même assemblée déclarait, en même temps, qu’il n’y avait pas de lieu plus convenable pour la création d’une nouvelle nécropole, qu’une pièce de terre appartenant à la fabrique, laquelle contenait un demi-arpent et était située:

Plaine de Vaugirard, lieu dit la Longuaine, tenant au chemin des Charbonniers, dans l’arrondissement de la paroisse de Saint-Christophe du Gros Caillou, en la censive de l’abbaye de Saint-Germain des Prés.

On sait que le chemin des Charbonniers était l’ancien nom du chemin de Sèvres ou de la rue de Sèvres.

Dans leur rapport du icraoùt 1784, les experts avaient émis un avis favorable à l’adoption du nouvel emplacement:

La dite pièce de terre est située dans la plaine de Vaugirard et distante d’environ trois cent trente-cinq toises de l’ancien cimetière. Cette pièce de terre est de la forme d’un parallélogramme dont le petit côté est au midy où il aboutit au chemin des Charbonniers qui conduit de Vaugirard à Versailles, cette pièce est ensemencée en luzerne, tenant d’orient aux terres de Saint-Germain, du couchant aux représentants de M. de Beaujon, du nord, aux héritiers Ducret, et du midy au chemin des Charbonniers... Dans l’état où est cette pièce de terre elle comportera cinq fois plus d’inhumations que le cimetière actuel. Nous observons que rien n’est plus propre et convenable pour l’établissement d’un cimetière pour la dite paroisse par sa position, vu que c’est isolé de toute part et éloigné des maisons, et il n’en peut résulter aucun inconvénient pour la salubrité de l’air puisque sa position se trouve en pleine campagne. Il faut qu’il soit clos de murs de moellons maçonnés en mortier de chaux et sable... Les murs de la hauteur de sept pieds afin de laisser à l’air la circulation libre... Il doit être observé dans le mur sur le chemin des Charbonniers une baye de porte de six pieds de largeur... Audessus de la porte, il sera posée une petite croix de fer... l.

Cette nouvelle nécropole n’était autre que le cimetière actuel, dit Cimetière de Vaugirard, qui est encore en exercice aujourd’hui, rue Lecourbe n° 3io.

Elle était complètement terminée en 1787 et, par une requête du mois d’aoùt, adressée au Prévôt de la Prévôté et châtellenie

Page 1