Bibliothèque Nationale. Mss. fr. 11.697, f
sionnée par le duel de M. de Lamcth avec M. de Castries, dont l’hôtel, également, avait été pillé.
M. de Lameth, à la suite de cette rencontre, eut même l’honneur de recevoir une députation des ouvriers de l’atelier de Vaugirard, et de prendre de leurs mains une adresse que le Courrier de Paris nous a conservée avec ses fantaisies orthographiques :
Lameth ! généreux défenseur de nos droits et de notre liberté, vous voyé devant vous une députation des chefs et ouvrié des atteliers des travau de secours, établi à Vaugirard, qui comme nous animés du même zèle et du même attachement, ruinés par la révolussion donneroit tout ce qui reste des débris de notre pauvre avoir jusqu’au dernier sol de notre travail pour randre à la santé et à la patrie un cher deffenseur qu’ils apele à juste titre leur père1.
Les ateliers de charité contenaient, naturellement, bon nombre d’épaves de la société parisienne. Dans celui de Vaugirard était le sieur Fagnan, ancien acteur de l’Opéra, titulaire d’une pension de 460 livres, pour 18 années de services au théâtre. On le voit, dans la séance de la Commune de Paris, du 4 juin 1790, solliciter une place de chef d’atelier ou de contrôleur dans ledit atelier, au lieu de l’emploi de piqueur qu’il y occupe2.
Les ateliers de charité et de secours furent supprimés par le décret du 16 j uin 1791. Le Corps municipal promit décommander assez de travaux publics pour pouvoir occuper les ouvriers de ces anciens chantiers. On lira ci-dessous une première liste de travaux importants, dans laquelle l'entrepreneur du canal de Passy, M. Rique, était un habitant de Vaugirard :
Municipalité de Paris. — Département des Travaux publics.
MM. les administrateurs du Département ont l’honneur d’indiquer ci-après à
1. Le Courrier de Paris, de Gorsas, numéro du 26 novembre 1790.
2. Actes de la Commune de Paris pendant la Révolution, par Sig. Lacroix, 1” série, t. V, p. 665.
MM. du Comité de la section de... les noms des adjudicataires des nouveaux travaux qui vont s’ouvrir, afin qu’ils puissent s’adresser à eux pour les ouvriers qu’ils seraient dans le cas de recommander, savoir :
Pour la gare à Issy, M. Allard, à Issy.
Pour la démolition de la porte St-Bernard, M. Deumier, rue Neuve-des-Mathurins.
Pour le canal de Passy, M. Rique, à Vaugirard.
Pour la démolition de la barrière de la Râpée, M. Poisson, rue de la Tixeranderie.
Au Département, le 2 juillet 1791.
Signé : Champion, Le Roulx de la Ville.
Nota bene. La démolition de la porte St-Bernard ne commencera que le 17 L
Rappelons que, le 21 frimaire an III (u décembre 1794), plus de4oo ouvriers travaillant aux armes delà République, se rassemblèrent à Vaugirard dans le but de réclamer contre la réforme que l’on devait apporter à leur organisation. Ce rassemblement fut d’ailleurs très paisible'1 2.
Il est probable que ces ouvriers appartenaient aux ateliers d’armes de l’Observatoire, qui remplaçaient ceux de la place de l’Indivisibilité, supprimés vers la fin de 17943.
Nous relaterons maintenant, et avant de quitter l’époque révolutionnaire, les faits particuliers qui se passèrent à Vaugirard, et que nous avons rencontrés au cours de nos recherches.
La fête de la Fédération du 14 juillet 1790 fut célébrée en grande pompe par les quatre communes composant le septième canton du district méridional de Paris, ou district de Bourg-la-Reine. Ces communes étaient : Vaugirard, Vanves, Issy, Clamart. La cérémonie fut décrite dans une
1. Les Actes de la Commune de Paris pendant la Révolution , parSiGiSMOND Lacroix, 2* série, t. V, p. 278.
2. Tableaux de la Révolution française, par Adolphe Schmidt, Leipzig, 1867, t. II, p. a5i.
3. La Place Royale, par Lucien Lambeau, Paris, Daragon, 1906, p. 25i.
relation transmise le 2 septembre 1790 à l'Assemblée Nationale, et accompagnée d’une adresse collective des quatre municipalités, toute débordante de lyrisme républicain et de conseils inspirés par le Contrat social :
Anéantissez cette armée de deux cent mille vampires qui sous les noms d’administrateurs, de receveurs, de contrôleurs, de trésoriers, de buralistes, d’employés, de commis, de brigadiers, dévorent la plus pure substance de l’État :
La terre et le travail de l'homme /ont, pour les assouvir, des efforts superflus.
Retire^-les, on ne veut plus cultiver pour eux les campagnes.
Laissez-leur les livres, les registres, tous les comptes dont ils se targuent et qui servent moins, comme dit Rousseau, à déceler leurs infidélités qu’à les couvrir.
Imitez la nature, elle appelle à elle les rosées qu’elle distribue, elle ramasse elle-même les richesses qu’elle dépense et rend toujours avec usure.
Cette Fédération rurale s’était tenue à Issy, d’après une désignation tirée au sort. L’année suivante, elle devait avoir lieu à Clamart, ensuite à Vanves et, en 1793, à Vaugirard. Un guidon avait été confectionné, portant, à ses quatre angles, cette devise : Les quatre ne font qu'un ; il ne devait sortir qu’avec les quatre communes réunies, étant conservé par celle qui détenait la présidence de l’année1.
Au mois de juin 1791, un bateau était arrêté au pont de Sèvres. Il contenait i5o barils de poudre et 432 barils de biscayens à destination de Brest. Toujours en quête d’armes et de munitions pour leurs milices, les municipalités voisines, sans autre forme de procès, s’emparèrent d’une grande partie de la cargaison. Vaugirard, pour sa part, enleva six barils de poudre et un baril de biscayens. Le département de Paris s’émut de cette affaire et envoya l’un de ses représentants à Vaugirard, M. de Fauconpret, qui reconnut les faits et parvint à faire rentrer les habitants de cette localité dans une