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met en joue ; d'autres, moins menaçants, proposent de les conduire à la Municipalité de Vaugirard :
« Il y en a déjà une vingtaine, dit un paysan, l’abattis sera plus grand. »
Arrivé à la maison commune, Cléry est interrogé par le maire :
« Pourquoi, dans le danger de la patrie, n’es-tu pas à ton poste? Pourquoi quittes-tu Paris? Cela annonce de mauvaises intentions. »
« En prison, les aristocrates! » crient les habitants.
Après de longs pourparlers et des interrogatoires compliqués, des passeports leur sont enfin délivrés. Et Cléry ajoute:
Je dois rendre grâce à la Providence de n’avoir pas été conduit à la prison de Vaugirard ; on venait d’y enfermer vingt-deux gardes du Roi que l’on conduisit ensuite à l’Abbaye, où ils furent massacrés le 2 septembre suivant1.
Le maire, ayant à cette époque la qualité d'officier de police, pouvait lancer des mandats d’arrêt. Nous trouvons une pièce de cette nature, délivrée au nom de la loi, par Nicolas Lemire, maire de Vaugirard, le 22 mai 1792, contre Nicolas Chapuy, prévenu de meurtre dans une rixe pour rébellion contre la Garde Nationale. Le maire requit le transfert du prisonnier à la maison de justice de la Conciergerie de Paris2.
Voici encore une pièce consacrant le fait et visant la prison de Vaugirard : Dans le procès-verbal du 17 mai 1792 on lit que le nommé Gabriel sera enfermé « dans la chambre d’arrêt de la commune et de là transféré à la Conciergerie de Paris par la brigade de la gendarmerie de la localité 3».
1. Journal de ce qui s'est passé à la Tour du Temple pendant la captivité de Louis XVI , Roi de France, par Cléry, 1825, p. i3.
2. Archives de la Préfecture de Police. Arrestations, I, n° 348.
3. Archives de la Préfecture de Police. Transfèrements, XVI, n' 53.
Nous signalerons, en passant, l’affaire Jean Jullien, charretier à Vaugirard, âgé de 22 ans, condamné « à dix ans de gène » et subissant en place de Grève, sur une estrade, l’exposition publique. Jean Jullien, en cet endroit, le Ier septembre 1792, avait déboutonné sa culotte, montré son derrière de tous les côtés, et avait crié: Vive le Roi , vive la Reine , vive I^a Fayette et au /... la Nation. Ce malheureux, plus connu sous le nom du Charretier de Vaugirard, en dépit de ses déclarations d’ivresse, fut englobé, pour ses cris et son geste, dans la conspiration du 10 août, jugé le 2 septembre, condamné à mort et exécuté. Le Président Osselin lui donna, au tribunal, cette fiche de consolation : « Vous étiez condamné à un esclavage de dix ans... un esclavage de dix ans, pour un Français est une mort continuelle...1 ».
L’affaire Jullien fut très exploitée par les historiens de la Révolution. On voulut voir dans cet ivrogne un agent de la coalition chargée de déchaîner la guerre civile en France. C’était peut-être lui attribuer de bien vastes projets.
On trouve dans les Annales de Vaugirard une histoire beaucoup plus pénible encore que la précédente, et qui eut également son épilogue sur l’échafaud.
Marie-Anne Jourdain-Berteaux, 42 ans, femme déchargé, disent les pièces, était quelque chose comme la gérante ou la concierge d’une propriété, dite le Clos-Morel, à Vaugirard. Elle avait pour locataire le citoyen Decaen, carrier, qui était membre du Comité de surveillance de la localité.
Afin de satisfaire quelque vengeance qui nous échappe, Decaen se fit le dénonciateur de la citoyenne Jourdain-Berteaux. Elle avait, assurait-il, montré beaucoup de contente-
1. Histoire du Tribunal Révolutionnaire de Paris, par Wallon, t. I, p. 18 et t. VI, p. 342. Voir aussi : Archives Nationales, \Vlb 242, n° 7, et C 191, n” i6o15.
VAUG1RARD
ment de la mort de Marat et souhaité le même sort à Robespierre, Danton, à la Montagne et aux Jacobins. Elle avait, de plus, particulièrement connu l’ex-ministre Roland, dont elle conservait le portrait sur sa commode.
Ces propos et ce fait furent dénoncés au Comité de surveillance de Paris, le 4 nivôse an II (24 décembre 1793), etsuivis d’apposition de scellés, d’interrogatoires, de confrontations de témoins, et enfin du transfert de l’accusée à la Conciergerie. Interrogée par Charles Harny, juge au tribunal révolutionnaire, le 18 nivôse (7 janvier), l'infortunée Marie-Anne : « détenue dans le cachot n°7, sur de la paille », fit connaître qu’elle était la victime du nommé Philippe Decaen et du sieur Boulanger, de Vaugirard, qui : « se sont servis de cinq ou six mots pour échaffauder leur dénonciation ». Plus de 5o carriers de l’endroit, avec le citoyen Jacquet, protestèrent contre les calomnies de Decaen, mais toutes ces protestations s’évanouirent devant le réquisitoire de Fouquier-Tinville, prononcé le 28 ventôse an II (18 mars 1794). Accusée d’avoir tenu des propos tendant à l’avilissement de la représentation nationale, et provoquant à l’assassinat des représentants du peuple, Marie- Anne fut condamnée à la peine de mort et exécutée b
Et n’est-il pas curieux, en vérité, de songer que cette femme était celle-là même qui avait, à un mois de là, joué un rôle important dans une cérémonie républicaine et patriotique célébrée à Vaugirard !
Nous devons dire que le Conseil général de la localité fit tout son possible pour sauver cette infortunée victime de la plus odieuse des tyrannies, celle de la délation. Dans une lettre
1. Répertoire général des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la Révolution, par A. Tuetey, t. IX, nos 891 à 89g; et Archives Nationales. W 338, n° 61 1 (voir aussi : Histoire du Tribunal Révolutionnaire, par Wallon, t. II, p. 520 et t. VI, p. 341.
courageuse, écrite en son nom, le 2 pluviôse an II (21 janvier 1794), par Bellavoinc, greffier de la Municipalité, on lit ceci :
Le Conseil général ne connaît aucun fait qui ait pû donner lieu à la dénonciation dont il est question, et il est malheureusement instruit que des individus oisifs et incapables de tout bien ne s’occupent que de dénonciations à tort et à travers, sans aucune certitude même des faits qu’ils osent avancer.
Vaugirard, d’ailleurs, était à cette époque en pleine Terreur. Nous voyons dans une autre lettre de Bellavoinc au citoyen Latude,du 2 pluviôse an II, que Fondary, l’un des principaux habitants de la localité, était aussi sous les verrous en même temps que la citoyenne Berteaux, et c’est en leur faveur que le brave greffier essayait d’intervenir :
Encore une infortunée qui est à la Conciergerie avec Fondary, et pour laquelle il faut t’intéresser...
Le dossier contient plusieurs lettres de la pauvre femme, lettres d’angoisses et de désespoir, implorant le secours de la municipalité de Vaugirard et de tous ceux qui la connaissaient b
Un peu plus tard, en prairial an III, et à l’occasion de la recherche des individus ayant participé aux massacres de septembre, un nommé Decaen fut arrêté « comme auteur de la mort de la citoyenne Berteaux ». C’était, en effet, son dénonciateur1 2.
Voici, d’autre part, la relation de la cérémonie à laquelle Marie- Anne prêta son concours, et qu’elle termina par un acte de bienfaisance en adoptant un orphelin.
Le 28 brumaire an II (18 novembre 1793), le greffier Bellavoine offrait, de la part du Conseil municipal, à la citoyenne