Archives Nationales. Z
tions employant un nombre important d’ouvriers et occupant de grands espaces libres plantés de verdure.
L’élevage des vaches laitières était, il faut le dire, depuis longtemps l’une des branches principales de l’industrie de cette localité. Déjà en 1791, dans la séance du Corps Municipal de Paris, du 21 février, on annonçait que depuis plusieurs semaines les nourrisseurs de Vaugirard avaient perdu un grand nombre de ces bestiaux par suite d’une sorte d’épizootie restée indéterminée. Ces animaux étaient même vendus aux « mercandiers », qui les débitaient sans vergogne, au grand dommage de la santé publique1.
En i8o5, le territoire de Vaugirard contenait 53e hectares pour un sol sablonneux et demandant beaucoup d’engrais. Les principales productions étaient le seigle et les légumes, dont on comptait, en l’an XII, quarante hectares'2.
On trouvera dans le rapport manuscrit du Directeur des Contributions du Département de la Seine, daté de 1810, que nous publions en annexes, de nombreux et curieux renseignements concernant les productions agricoles et autres de Vaugirard, à cette époque, et en général sur tous les revenus imposables de cette commune3.
La Direction des Contributions directes et du Cadastre du Département de la Seine, 27 quai de la Tournelle, possède un plan de Vaugirard daté du 6 frimaire an XIII (27 novembre 1804), manuscrit. On y voit, groupées sous des teintes diverses, les différentes natures de propriétés. Savoir: terres labourables (en jaune pâle). C’est toute la plaine de Grenelle,
1. Les Actes de la Commune de Paris pendant la Révolution , par Sigismond Lacroix, 2* série, t. II, p. 660.
2. Almanach du département de la Seine pour l’an XIII (i8o5), par Allard, p. 36i.
depuis la Seine jusqu’à la rue de Sèvres ; puis, la plaine de Vaugirard, de la rue de ce nom aux chemins des Perichaux, de Vanves et de la chaussée du Maine. Maisons (en carmin), en bordure des rues de Vaugirard, de Sèvres et Blomet. Jardins (en vert), entre les rues de Sèvres et de Vaugirard et débordant cette dernière rue, à gauche en sortant de Paris; et entre les barrières de l’Ecole et de Sèvres. Vignes (en rouge pale) : on ne voit plus de vignes qu’autourdu Moulin de Vaugirard, entre la grande rue de ce nom, le chemin des Périchaux et la commune d’Issy. Ce plan fut dressé par Belhomme, géomètre en chef.
Le même fonds possède encore un grand plan manuscrit, établi du temps de la magistrature de M. Dunepart, maire, et portant les noms de tous les propriétaires. On y trouve aussi un plan cadastral en 16 feuilles, avec une planche d’assemblage ; terminé en 1847, sous la préfecture de M. deRambuteau et pendant la mairie de M. Brûlé, et dressé par Dulcenay, géomètre : « employé de confiance ».
Mais voici encore une autre spécialité. En 1764 Vaugirard reçut quelque notoriété de la découverte que l’on y fit d’une source d’eau minérale, dans la propriété de M. Lemeunié. Elle possédait, naturellement, toutes les vertus, étant, disait un prospectus du temps, rafraîchissante, délayante, appéritive, laxative et même stomachique.
Un autre prospectus, rédigé pendant la Révolution, donnait encore les renseignements suivants :
Le propriétaire actuel de cette fontaine, beaucoup moins guidé par son intérêt personnel que par le désir de procurer à ses concitoyens un remède pour le soulagement de l’humanité, fait savoir qu’on distribuera de ces Eaux, pour ceux qui la voudront prendre sur les lieux, à Vaugirard, rue Blomet n° i5. L’entrée est du côté de la Plaine de Grenelle. Pour éviter toute méprise, il y a un tableau audessus de la porte qui est peint en rouge, et qui porte cette inscription : Fon-
BARRIÈRE DE LA CUNETTE, de l’enceinte des Fermiers Généraux D’après l’aquarelle de Palaiseau, exécutée vers 1819
taine des eaux minérales. La Fontaine se trouve dans le milieu environ du jardin ; on y descend par trente-six marches.
Le prix à Vaugirard, est de 6 sous la pinte, et de 8 sous à Paris, dans le seul et unique dépôt, rue de la Loi n° i 256, en face de la rue Vildot, s’adresser au portier. Toutes les bouteilles porteront l’inscription : Eaux minérales de Vaugirard, et seront ficellées et cachetées du cachet du propriétaire.
Nota. — Pour la commodité des personnes qui désireraient passer quelque tems à la campagne, soit pour y prendre les Eaux ; on prévient qu’il y a deux petites maisons qu’on louera, meublées ou non. On y louerait de même un seul appartement.
11 faut dire que la qualification de minérale appliquée aux eaux de Vaugirard, avait été donnée par le propriétaire, contre l’avis de la Faculté, intervenu le io avril 1765, par l’organe de deux savants: Hérissant et d’Arcet. D'après le jugement de ces honorables chimistes, l’eau en question n’était que de la simple eau, aussi simple que celle du puits voisin, dont peut-être elle dérivait. Bien entendu, M. Lemeunié protesta et produisit des certificats contraires émanant des princes de la science d’alors :
Maloet, Conseiller médecin ordinaire du Roi en sa Cour de Parlement, docteur-régent, ancien professeur à la Faculté de médecine de Paris, médecin de l’hôpital de la Charité ; Macquart, médecin de la Charité; Lorry; Des Essartz, docteur-régent de la Faculté de Paris; Borden, Richard, premier médecin des camps et armées du Roi, inspecteur général des hôpitaux militaires de France, qui, tous, déclarèrent les eaux excellentes h
Ne verrions-nous pas encore la même chose se produire aujourd’hui !
Dans une lettre de ratification appartenant aux Archives de la Seine, on voit que les héritiers Lemeunié vendent, le
1. Exposé des principes et vertus de l'eau d'une source découverte à Vaugirard dans le jardin de M. Le Meunnié. Paris 1769,111-4,8 p. et Mémoire sur les eaux minérales de Vaugirard. Paris, s. d. (Révolution). Bibl. hist. de la Ville de Paris, 901. 157.
4 août 1781, à Jean-François Lhuillier, peintre à Paris, rue des Brodeurs : « une maison sise à Vaugirard, plaine de Grenelle, dite la Maison des Pavillons , où sont les eaux minérales de Vaugirard ». L’immeuble se compose de deux pavillons et d’un bâtiment au fond du jardin; il est vendu au prix de 16. 538 livres1.
La demoiselle Jeanne-Thérèse Dupré, fille majeure, achetait ensuite la dite maison et sa source, de Jean-François Lhuillier, le 28 juin 1790, moyennant la somme de 1 1.400 livres. Dans la description des lieux on lit : « jardin ensuite de trois quarts d’arpent, dans lequel sont la source et la fontaine des eaux minérales, puits, mitoyenneté du puits de la maison voisine, boiseries et ustensiles attachés au service de la fontaine2».
11 y avait bien des puits auprès de cette source !
Nous terminerons ce petit hors-d’œuvre de l’histoire de Vaugirard, en signalant un article du Moniteur Universel , du 2 juillet 1791, consacrant quelques lignes de réclame à « ces seules véritables eaux minérales ». La maison, sans doute, faisait ses affaires, puisqu’elle avait installé deux dépôts de vente dans Paris, rue de Seine et rue Saint-Antoine, et un à Versailles, rue des Récollets. Le prix de la pinte, à Paris et à Versailles, était de 8 sous, et 6 sous prise à la source.
Après cet unique marchand d’eau, nous parlerons des nombreux marchands de vin de Vaugirard, dont les débits avaient été engendrés, il n’en faut pas douter, par les vignes qui mûrissaient dans sa plaine caillouteuse. Au dix-septième siècle, la réputation d’un pays de guinguettes est déjà établie pour Vaugirard, que la spirituelle satire des Caquets de V accouchée.