CHAPITRE XV
MAIRES ET ADJOINTS. — MAISONS COMMUNES. — LA JUSTICE DE PAIX. — LE VILLAGE DU BEAU-GRENELLE. — SÉPARATION DE GRENELLE DE LA COMMUNE DE VAUGIRARD. — LE HAMEAU DE PLAISANCE. — LA COMMUNE D’ALGER. — LES CHIFFRES DE LA POPULATION DE VAUGIRARD. — LES BUDGETS. — LA GARDE NATIONALE.
Les deux derniers chapitres de cet ouvrage seront particulièrement consacrés à la vie de Vaugirard et aux manifestations administratives qui précédèrent et suivirent la Révolution, jusqu’à l’annexion à Paris. Nous y grouperons tous les éléments d'ordre général pouvant être considérés comme des contributions intéressantes à l'histoire de cette commune, laissant de côté les multiples petits faits, édilitaires ou autres, qui n’y ajouteraient rien et risqueraient de faire éclater notre cadre.
Il a été dit, dans un précédent chapitre, que la première municipalité avait été élue au mois de février 1790, et nous en avons donné la constitution. La nomenclature de tous les maires de Vaugirard, depuis cette date jusqu’à l’annexion de 1859, est la suivante :
1790 : Nicolas Gervoise. 1792 : Nicolas Lemire. 1793 : René
Damiens. 1800: Nicolas Gervoise. 1800: Jean-Baptiste Dunepart. 1814 : Bancarel. 1814 : Dunepart fils (Jacques-Marin). 1819 : Gallet. 1820 : Fondary. i83o : Dubut. i83o : Gautier. i83i : Bellamy, adjoint, par intérim. 1 83 1 : Pernot. 1840 : Ganda, adjoint, par intérim. 1840: Brûlé. 1848 à i85ç: Thibouméry.
Parmi les adjoints, on peut citer : 1811 : Desrues. 1814 : Trianon et Fondary. 1821 : Barré, Gauthier et Mignet. i83o : Bellamy et Marais. 1 83 1 : Ganda et Hérard. 1834 : Jourdain. i83y : Beaumont et Lafaurie. 1840: Postansque. 1848 à 1859: Ganda, Beaumont et Frémont.
A propos de la mort du maire Jean-Baptiste Dunepart, survenue le 20 juillet 1814, son fils étant curé de Saint-Lambert, les habitants de Vaugirard adressèrent une supplique au sous-préfet de Sceaux, le mettant en garde contre une candidature dont ils ne voulaient à aucun prix. Nous reproduisons cette pièce, curieuse à plus d'un titre, et qui montre bien l’état d’esprit de la population de cette localité au commencement de la Restauration :
Monsieur, nous venons d’avoir le malheur de perdre notre maire : notre profonde affliction ne nous avait pas encore permis de penser à celui qui pourrait le remplacer, que déjà nous apprenons que l’intrigue fait mouvoir ses ressorts; un bruit général se répand qu’un individu qui n’a jamais habité la commune, qui ne connaît aucun de nous, que nous ne connaissons que sous le rapport du mariage qu’il a contracté, que la famille dans laquelle il est entré ne jouit pas de la considération publique et qu’elle est en procès avec plusieurs habitants frustrés de leur fortune par suite d’une faillite qui a tous les caractères d’une faillite frauduleuse, la confiance des prêteurs ayant été trompée par les apparences d’une propriété mobilière, leur gage naturel, qui leur a été soustrait.
Cette faillite était publiquement et fortement prolongée par un homme occupant une place éminente sous le gouvernement de Bonaparte et que c’est en se perpétuant dans l’usage de ces protections mendiées qu’il pourrait parvenir à être notre maire. Cette annonce excite et répand dans tous les esprits une inquiétude et une fermentation générale. Nous vous supplions, au nom de la tranquil-
lité de la commune, au nom du bonheur de ses habitans de rejeter tous ces hommes qui ne demandent ces fonctions que pour satisfaire leur vanité, leur ostentation, leur amour du pouvoir, et non pour contribuer au bien-être des habitans. Nous avons toujours vu dans notre maire un père, un protecteur, un conciliateur, nous désirons éprouver les mêmes sentiments pour son successeur, et les intrigans, les hommes hauts et fiers inspirent tout le contraire ; tous ceux qui sollicitent ou font solliciter (il y en a plusieurs) doivent être rangés dans la même classe. Nous désirons dans notre maire une émanation de cette bonté paternelle que nous voyons avec tant d’attendrissement dans notre bon Roi Louis XVIII, bonté dont les accents se font entendre si délicieusement par l’organe de tous les fonctionnaires qui l’aident dans le gouvernement de son peuple. Nous demandons pour maire un honnête homme, qui ait longtemps habité parmi nous, qui connaisse les habitans, surtout qu'il ait notre confiance, car les lois, les ordres du gouvernement se font exécuter plutôt par persuasion que par la force.
La Commune de Vaugirard n’est pas comme bien d’autres où la tranquillité et l’humeur paisible des habitans rend facile l’exercice de la police, dont les maires sont chargés dans les communes rurales, que la quantité de marchands de vin qui la composent et forment son commerce demande un homme estimé dont la présence seule commande l’ordre.
Nous ne nous permettons d'indiquer personne, mais nous vous supplions de faire prendre des renseignements : ils vous feront connaître ceux qui doivent être à la tête d’une commune aussi populeuse et qui mérite sous tous les rapports l’attention, la bienveillance dont vous l’avez toujours entourée.
Nous avons l’honneur, etc. Suivent de nombreuses signatures *.
Jacques-Marin Dunepart fils remplaça son père en 1814, au lieu de M. Bancarel, non acceptant. 11 fut loin de le remplacer dans l’estime de ses administrés, puisque, dès 1818 et 1819, il était l’objet de plaintes de la part d’un certain nombre d’habitants signalant des fautes graves commises par lui pendant sa magistrature: il fut révoqué en 1819. Bien entendu, ce fait eut pour résultat de diviser en deux camps la population de Vaugirard, les partisans de l’ex-maire et ses ennemis. Immédiatement, les premiers se réunirent, arrêtèrent les termes d’une adresse, la firent imprimer et l’envoyèrent à la Chambre des Députés :
Les habitants de la commune de Vaugirard ont appris avec autant d’étonnement que d’affliction la révocation du maire qui les administre depuis plusieurs années. Magistrat de leur choix, ils ont dû partager l’affront qui lui est fait1...
Non moins immédiatement et du tac au tac, ou si l’on veut du berger à la bergère, les adversaires répondirent à la pétition imprimée par une autre pétition imprimée, adressée également à la Chambre, et intitulée : Précis sur l'action en calomnie intentée par le sieur Dunepart, ancien maire de Vaugirard , contre divers habitants , notables de la même commune , qui ont provoqué sa destitution , 9 février 1820, signé : CM. GM. 8 p. in-4.
La pièce débute ainsi :
Un homme, un seul homme, le sieur Dunepart, maire destitué de la commune de Vaugirard, par suite des preuves que l’Administration a pris toutes les précautions d’acquérir de ses malversations, abus de confiance etc., etc., au lieu de chercher à cacher sa disgrâce loin du théâtre de ses désordres, a choisi cette commune même pour venger son affront, en voulant animer les citoyens les uns contre les autres2...
Sur les divers membres de la municipalité jouissant d’une notoriété locale, nous trouvons les renseignements suivants :
Fondaryfîls, nommé adjoint le 27 avril 1814, naquit à Vaugirard le 2 mai 1779. Il y était cultivateur et marchand de vin, père de quatre enfants, et possédait 5. 000 francs de revenus.
Payen, membre de l’Institut, fondateur des célèbres établissements de produits chimiques, fut nommé conseiller municipal de Vaugirard, le i5 mai i83i.
Nicolas-Joseph Groult d’Arcy, avait aussi été nommé, en la même qualité, par ordonnance du roi du 26 avril 1826, et installé par le maire Antoine-Louis Fondary.
1. Quatre pages in-q avec 200 signatures. Archives de la Seine. Carton de Vaugirard, K (suite).
Léonard VTiolet, le créateur de Grenelle, faisait partie de la même promotion que l’abbé Groult ci-dessus, et pour le même conseil municipal.
Le dernier maire, Thiboumery (Jean-Blaise-Auguste), était né à Toulouse le i5 janvier 1799. Fils d’un avoué, il fut élève en pharmacie en 1812 et dirigea, en i83o, la fabrique de sulfate de quinine de Clichy-la-Garenne appartenant à Pelletier, membre de l’Institut. En i836, il fonde à Vaugirard une fabrique de produits chimiques et y fait fortune. Il est élu membre du Conseil municipal et, en 1847, capitaine de la Garde nationale. En 1848, il est nommé maire de Vaugirard, par décret du 7 février et se distingue par son dévouement pendant le choléra de 1849. « Lors de l’acte énergique du 2 décembre 1 85 1 », il maintient l’ordre dans sa commune, à la tête de la Garde nationale et reçoit la croix et une épée d’honneur que lui offrent les officiers de son bataillon. Membre du Conseil municipal de Paris et du Conseil général de la Seine en 1859, il mourut à l’âge de 80 ans, rue Desnouettes, n°6, le 28janvier 1879, et fut inhumé au cimetière de Vaugirard h
Nous n’avons rencontré que fort peu de renseignements concernant les anciens locaux occupés par la mairie de Vaugirard. Il a été dit plus haut, cependant, que la maison de campagne des Petits-Augustins servait, en 1790, de lieu de réunion à la municipalité, et que la grande salle du séminaire des Trente-Trois, situé dans la grande rue, vis-à-vis la place de l’ancienne église Saint-Lambert, avait été choisie, en 1791, pour les séances du conseil général de la commune. Il résulted’une note envoyée par M. Maublanc fils, en 1875, aux
1. Notice biographique de M. Thiboumery, 1861. Extraite du XIII» volume de la Biogr., des hommes marquants, par Lacaine.
VAUG1RARD
frères Lazare, qu’il aurait recueilli le souvenir, auprès de vieux habitants, de l’existence d’une mairie située, en i8i5, au coin de la Grande Rue et de la rue du Parc, aujourd’hui rue du Général-Beuret, et qu’à cette date un poste de soldats étrangers y tenait garnison h
Quoi qu’il en soit, le conseil municipal, dans sa séance du j 2 mai 1820, vote les fonds nécessaires pour la confection d’un tableau en bois portant l’inscription de la mairie, à appliquer sur l’immeuble; et aussi la pose d’une tablette et de deux consoles en chêne pour supporter le buste « de sa majesté2 ».
A cette époque, la maison commune est prise en location, et le budget de 1822 mentionne le loyer au prix annuel de 100 francs. Dans le budget de 1824, on trouve ce loyer porté à 3oo francs, sans indication, soit d’un agrandissement de locaux, soit d’un changement d’immeuble, soit d’une surenchère du propriétaire3.
En 182g et en i83o, la somme est portée à 320 francs et le Conseil engage le maire à s’occuper d’un projet de bail afin d’éviter ces augmentations successives4.
Ce futdans cette mairie, qu’en juillet i83o, Mgr de Rohan, archevêque de Besançon, fuyant Paris avec de l’argent et des ornements religieux, fut amené après son arrestation dans la plaine de Grenelle. M. Payen, ingénieur-chimiste, usinier à Vaugirard, et plus tard membre de l’Institut, fit de grands efforts pour le délivrer, le ramena chez lui et facilita son départ, habillé en paysan 5.
1. Archives de la Seine. Collection Lazare, t. V, XV* arr., f° 1212.
2. Archives de la Seine. Registre n° 1 des délibérations du Conseil Municipal de Vaugirard.