Idem
5. Archives de la Seine. Collection Lazare, t. V, XV0 arr., f° 1212 (note Maublanc fils).
Voici une lettre, non datée, mais écrite vraisemblablement le 3o juillet i83o, qui relate cet incident :
Ville de Vaugirard. Le Maire à Monsieur le Général commandant la place de
Paris.
Mon Général,
Hier a été arrêtée une voiture dans laquelle se trouvait M. le Cardinal de Rohan ; mon adjoint faisait le service ; il a fait un procès-verbal des objets trouvés dans la voiture ; ils sont déposés à la mairie. A l’instant une charette pleine de caisses et objets venant du séminaire St-Sulpicc vient d’être arrêtée ; on verbalise.
Je ne sais comment garder et faire garder des objets aussi précieux ; de grâce, mon Général, des ordres, et veuillez ordonner à un détachement delà garde nationale de Paris, porteur de vos ordres, de venir nous enlever ces objets pour les conduire où vous jugerez convenable.
Je suis, avec respect, le maire de Vaugirard. Signé :Dubut.
Mon général, un journal de ce soir dit que nous n’avons pas fait notre devoir hier. Veuillez nousjustifier *.
Cependant les locaux de la mairie sont par trop insuffisants, et il n’est plus possible de prolonger la situation. Le 20 octobre i83o, un arrêté du sous-préfet de Sceaux autorise le maire à réunir son conseil pour statuer sur un projet de location d’un nouvel immeuble, décider les travaux d’appropriation, et aviser au moyen de pourvoir à la dépense.
Pour le budget de 1 83 1 l’affaire était conclue, et un organisme municipal complet créé sous cette rubrique :
Location de la maison commune, y compris les bureaux de la mairie, le corps de garde de la garde nationale, l’école de garçons et les dépendances, le tout réuni dans un même local... i.ioo francs.
Au Conseil municipal, le maire donnait en même temps lecture d’un projet de bail pour 9 années, à partir du icr janvier 1 83 1 , qui était adopté à l’unanimité, sous la réserve qu’à son
1. Bibliothèque historique de la Ville de Paris. Manuscrit, d’après Odillon-Barrot. N. A. 1 53, f° i5i.
expiration la commune ne serait pas tenue de remettre les locaux en état '.
Le même Conseil, dans sa séance du i3 novembre i83o, avait voté une somme de 879 francs pour les travaux d’ameublement 1 2.
Nous ne saurions dire si la maison commune louée32ofrancs en i83o, était le même bâtiment, mais augmenté de locaux, que celui loué 1 . 100 francs à partir du ier janvier 1 83 1 ? 11 est certain, dans tous les cas, que ce dernier demeura la mairie de Vaugirard, depuis cette époque jusqu’à l’annexion de i85ç. Celle-ci était donc située dans la grande rue de Vaugirard, à droite en sortant de Paris, à l’angle Sud de la place de la Mairie, aujourd’hui place de Vaugirard. C'était une simple maison basse, d’un seul rez-de-chaussée élevé sur un soussol, avec un perron de quelques marches.
Quatre années plus tard, la commune décidait de faire l’achat de l’immeuble et d’un terrain voisin destiné aux écoles. La délibération du Conseil municipal du 18 mars 1 835 portait, en effet :
i° Acquisition d'un terrain de la contenance de sept quartiers d’arpent, à vendre par les créanciers Voisin, et attenant au local de la mairie, au prix de i5. 000 francs ; 2°acquisition des bâtiments et dépendances, appartenant àM.Perrée, et occupés par la mairie et l’enseignement mutuel, au prix de 28.000 francs.
Le Conseil décidait, en outre, que le tout ne devrait pas dépasser q5.ooo francs : « clefs en mains ».
Dans la séance du 22 avril suivant, cette décision était ratifiée avec le considérant ci-après :
Que ces deux propriétés offrent l’avantage de pouvoir réunir sur le même point, au centre de la commune, la mairie, le corps de garde, l’École commu-
1. Archives de la Seine. Registre n” i des délibérations du Conseil Municipal de Vaugirard.
2. Archives delà Seine. Carton de Vaugirard, L (suite), M. I.
nalc, un marché, et une place d’armes spacieuse pour les réunions du bataillon; qu’en outre, elles dégagent la commune d’un bail par lequel elle est liée ; que leur acquisition est donc avantageuse sous tous les rapports à la commune l.
L’opération fut réalisée de point en point, en dépit d’une protestation signée de 120 propriétaires qui déclaraient l’affaire désastreuse en raison du mauvais état des bâtiments acquis. La création définitive de la place de la Mairie date de cette époque, et l’on trouve dans les registres l’exécution des travaux de terrassement, la plantation « de 3oo pieds d’arbres entourés d’épines pour les protéger », ainsi que l’établissement au pourtour de barrières en charpente destinées à empêcher l’encombrement 2.
Mais voici que, déjà, en 1840, le modeste bâtiment ne semble plus répondre à l’ambition des édiles, qui trouvent l’extérieur trop modeste et l’intérieur trop banal pour l’importance de la commune. M. Molinos, architecte-voyer de l’arrondissement de Sceaux, est convié de dresser un projet d’agrandissement et d’embellissement, pour l’exécution duquel, dans la séance du 5 novembre, un crédit de 5.3 07 fr. 67 est voté. Entre temps, des plans pour la construction d’une nouvelle maison commune étaient soumis au Conseil municipal, sans espoir de réalisation à la vérité, puisque le maire déclarait qu’il ne serait pas possible d’y songer avant dix ou douze ans 3.
Ce fut à la suite de ces embellissements que le maire, M. Brûlé, désirant apporter lui aussi sa quote-part dans la décoration artistique du monument, fit cadeau d’une glace et d’un cartel qu’il eut soin de placer dans son cabinet’1.
1. Archives de la Seine. Registre n“ i des délibérations du Conseil Municipal de Vaugirard.
2. Archives de la Seine. Carton de Vaugirard, L (suite), M. I.
4. Archives de la Seine. Registre n° 2 des délibérations du Conseil Municipal de Vaugirard.
L’ambition du maire ne devait pas s’arrêter là. Humilié de constater que Tunique garçon de bureau de la mairie: « était simplement habillé d’une veste et coiffé d’un bonnet de police », il fît voter par son conseil qu’à l’avenir il serait vêtu : « à l’instar des garçons de bureau des mairies de Paris1 ».
M. Brillé, on le voit, ne reculait devant aucun sacrifice et brûlait les étapes qui séparaient Vaugirard de la grande ville.
Dans la séance du 24 juillet 1841, il fut décidé qu’une annexe de la mairie serait édifiée en face, de l’autre côté de la place, et toujours en bordure de la Grande-Rue. Le projet, dressé par M. Molinos, comportait un bâtiment destiné à la justice de paix, à une école, aux réunions du Conseil municipal, aux élections et aux tenues du Conseil de discipline de la garde nationale. Pour couvrir les frais de cette construction, le Conseil votait une imposition de 5 centimes additionnels devant produire en quatre ans la somme de 16.000 francs, qui, ajoutée à une économie budgétaire annuelle de 3. 000 francs pendant la même période, et à une indemnité départementale de 12.000 francs, produisit un total de 40.000 francs. Ce bâtiment, mis en adjudication en 1842, n’était pas encore terminé en 1845, à la grande impatience des habitants, pour lesquels il constituait le premier édifice municipal construit dans le pays2. Il fut démoli vers 1895 à peu près en même temps que l’ancienne mairie.
Le musée Carnavalet possède une photographie 29 x 21, faite en 1895, représentant l’ancienne justice de paix de Vaugirard, place de la Mairie et rue de Vaugirard, en face de la
1. Archives de la Seini. Registre n° 2 des délibérations du Conseil Municipal de Vaugirard.
2. Archives de la Seine. Registre n° 2 des délibérations du Conseil Municipal de Vaugirard.
VAUGIRARD 4o3
maison commune. Une autre photographie montre ce bâtiment à une plus grande échelle.
Nous reproduisons dans ce volume une photographie de la mairie, exécutée au moment de sa démolition.
Puisque nous parlons de la justice de paix, disons qu’une délibération du u mai 1 83 1 , prise par le Conseil municipal, demandait la création d’une de ces juridictions pour les communes de Vaugirard, Grenelle, Issy, Vanves et Montrouge. Après un refus du Conseil d’arrondissement de Sceaux, et en attendant la décision du Conseil Général de la Seine, M° Légat, avocat à la Cour, revenait à la charge en i83qet indiquait Vaugirard comme étant le point géographique le meilleur pour l’établissement de cette justice h
En 1 836, la question n’était pas tranchée puisque le juge de paix du canton de Sceaux tenait toujours deux audiences par semaine dans la salle de la mairie de Vaugirard1 2.
Au mois de mai 1847, un habitant notoire, dont nous avons déjà cité le nom, M. Maublanc, prenait l’initiative de l’embellissement de la place de la Mairie. Une pétition autographiée fut lancée dans le public et débutait ainsi :
La place de la Mairie, la plus importante du pays, centre des réunions et des revues, est dans un état déplorable ; quatre constructions s’élèvent à ses angles et leur seul point de rapport est d'être parfaitement irrégulières entre elles, par l’étendue, la forme et la hauteur...
La place en question avait alors 90 mètres de longueur sur 40 de largeur, soit une superficie de 3. 600 mètres ; les quatre bâtiments étaient la mairie, la justice de paix, l’école de filles
1. Mémoire à l'appui delà demande des Conseillers municipaux de Vaugirard, Issy, Vanves et Grenelle, tendante à la création d’une justice de paix à Vaugirard. Signé : par M’ Légat, avocat à la Cour royale de Paris (lmp. J. Delacour à Meudon et
Vaugirard, rue de l’École, n° 52), in-4, 12 p. Bibl. Nat. L7K 10104.
et la salle d’asile. Le projet de M. Maublanc, qui réduisait les quatre bâtiments à trois, et augmentait de beaucoup la superficie déjà existante, fut repoussé par le Conseil municipal de Vaugirard comme susceptible d’entraîner des dépenses trop considérables pour la commune1.
Au moment de l’annexion, les bâtiments de la maison commune, depuis longtemps insuffisants au service administratif, allaient être remplacés par une mairie nouvelle, plus en rapport avec les besoins de la population. Les plans et études étaient déjà soumis à l’autorité supérieure2.
Le musée Carnavalet possède deux photographies différentes de l’ancienne mairie, 29 X 21, exécutées en 1896, un peu avant sa démolition. C’était une longue maison basse d’un rezde-chaussée, dont une partie était élevée sur une terrasse à laquelle on accédait par un perron. Elle était éclairée par cinq fenêtres donnant sur la place, avec une porte au milieu, en face du perron. Une grille de fer régnait autour, abritant quelques arbustes.
La mairie de Vaugirard eut beaucoup à souffrir du siège allemand de 1870. Les obus y pénétraient d’une façon souvent imprévue et obligèrent les officiers de l’État civil à instrumenter ailleurs. C’est ainsi que l’on mariait dans la crypte de l’église Saint-Lambert et qu’il s’y célébra, amère ironie, des mariages civils.
La création du village de Beau-Grenelle, c’est-à-dire la mise en valeur des immenses terrains de la plaine de Grenelle, en 1823, fut le point de départ de la commune de ce nom. Deux grands propriétaires, MM. Violet et Letellier, en-
1. Archives de la Seine. Carton de Vaugirard. L (suite), M. I.
2. Aperçu rétrospectif sur l'administration communale de Vaugirard, années 18J8 à i858, présenté par M. le Maire de Vaugirard au Conseil municipal. Vaugirard, Alfred Choisnet, rue de l’Eglise, n° 6, i85g, in-40, 34 pages, p. i3.
treprirent de percer des rues dans ces vastes jardinages, d’y former des lots, et d’y édifier des maisons ouvrières et bourgeoises. C’était, en somme, la création de toute pièce d’un quartier neuf entre la Seine, la rue Croix-Nivert et la rue de Lourmel. Très hardis, pour des bourgeois de la Restauration, les deux initiateurs virent grand, réalisèrent leur vue, et parvinrent à bâcler une ville nouvelle en un tour de main, c’est-àdire en quelques années. Ils la dotèrent d’une église, d’un théâtre, d’un pont et d’un port.
Le vieux Vaugirard, ou, si l’on préfère, le groupement ancien formant la commune de Vaugirard proprement dite, prit ombrage d’un pareil développement, et voilà la zizanie, sinon la guerre, installée au foyer communal comme un ver rongeur dans une noisette. Un dénouement était inévitable. Il se produisit en i83o, sous la forme d’une séparation. La jeune et ambitieuse agglomération du Beau-Grenelfe , toute fière d’un adjectif qualificatif dont l’étymologie n’avait d’autre source qu’une pointe d’orgueil, voulut, à son tour, être émancipée et demanda son érection en commune distincte. Le décret suivant, du 22 octobre i83o, lui donna satisfaction :
Louis-Philippe, Roi des Français, à tous présents et à venir, salut.
Sur le rapport de notre Ministre Secrétaire d’État au Département de l’Intérieur.
Le Comité de l’Intérieur, du Conseil d’État, entendu ;
Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
Article Ier. — Le village de Grenelle et les terrains qui en dépendent sont distraits de la commune de Vaugirard, arrondissement de Sceaux, département de la Seine, pour faire une commune séparée.
Article 2. — La limite entre la nouvelle commune et celle de Vaugirard suivra la direction indiquée au plan ci-annexé par le liséré rouge et par les lettres A, B, C, D, E, F, G, H, J, K., L, M, N, O.
Article 3. — Les dispositions qui précèdent auront lieu sans préjudice des droits d’usage ou autres qui seraient réciproquement acquis.
Article 4. — Notre Ministre, Secrétaire d’État au Département de l’Intérieur est chargé de l’exécution de la présente ordonnance.
Fait à Paris, le 22 octobre i83o.
Signé : Louis-Philippe.
Par le Roi, le Ministre, Secrétaire d’État au Département de l’Imérieuc.
Signé : Guizot *.
Les territoires détachés de Vaugirard et devant former la commune nouvelle étaient circonscrits par les voies ci-après, auxquelles nous donnons leurs noms actuels :
i° Le boulevard de Grenelle, de la Seine à la place Cambronne.
20 Une ligne fictive, brisée, allant de la place Cambronne à la rue Mademoiselle, et régnant entre les rues Croix-Nivert et Cambronne.
3° La rue Mademoiselle, de la rue Quinault à la rue Croix- Nivert.
40 La rue Croix-Nivert, de la rue Mademoiselle à la rue de Javel.
5° La rue de Javel, de la rue Croix-Nivert à la rue de Lourmel.
6° La rue de Lourmel, de la rue de Javel à un point de la rue de Lourmel situé à égale distance de la rue des Cévennes et de l’avenue Félix-Faure.
70 Une ligne fictive partant du point ci-dessus pour aboutir à la rue Gutemberg et coupant en deux le cimetière de Grenelle.
8° La rue Cauchy, de la rue Gutemberg à la Seine.
90 Les berges de la Seine, de la rue Cauchy au boulevard de Grenelle.
Nous ne pousserons pas plus loin l’historique de cette sé-
1. Archives de la Seine. Collection Lazare, t. V, XVe arr., f® 1178.
VAUG1RARD
paration, pas plus que celui de l’église, du théâtre, du pont et du port de Beau-Grenelle , bien qu’ils furent commencés au temps où la commune de Vaugirard jouissait encore de son intégrité première. Nous pensons qu’il est plus logique de réserver l’étude de ces divers points pour la monographie de la commune de Grenelle, dont ils feront désormais partie, de i83o à i85q.
L’une des conséquences de ce nouvel état de choses avait été le remaniement des limites de l’octroi de Vaugirard. Dans le règlement du 7 août 1 833, il était stipulé que ces limites devraient être à l’avenir déterminées par trente poteaux portant l’inscription : Octroi de Vaugirard. Il en fut placé immédiatement aux endroits suivants :
Au Moulin Janséniste, à l’entrée de la rue de Vanves ; au chemin des Bœufs, à l’endroit qui sépare les trois cantons; au Moulin de Vaugirard, au coin des Péricheux ; à l’entrée de la rue des Tournelles, au coin du clos derrière le belvédère de M. Rivière ; à l’entrée de la rue de Sèvres, au coin du chemin des Vaches conduisant au chemin de Javelle, près M. Bouteillier; rue Notre-Dame à l’extrémité vers Issy, près du hameau du Brave Homme ; route d’Issy, au point de séparation des deux communes; rue de Javelle, maison Dagincourt ; au coin des rues Mademoiselle et Croix-Nivert ; rue du Transit ; barrière de Vaugirard ; barrière des Fourneaux; barrière de la Chaussée du Maine; rue du Moulin de Vaugirard ; barrière de Sèvres ; barrière de l’École au chemin Châtelain l.
En 1848, Vaugirard faillit également perdre la portion de son territoire connue sous le nom de hameau ou quartier de Plaisance. Cette portion serait à peu près délimitée de nos jours par les rues Castagnary, Falguière, boulevard de Vaugirard, avenue du Maine et rue de Vanves.
Les trois Conseillers municipaux de Vaugirard qui représentaient particulièrement ce quartier étaient à la tête du mouvement dès 1844 ou 1845 : M. Degouy, rue de Vanves,
1, Archives de la Seine. Carton de Vaugirard. L (suite), M. 1.
n° 2 ; M. Fenoux, possesseur de plusieurs maisons, habitant rue Groult-Darcy, n° 24, dans la propriété de l’abbé Groult qu’il avait acquise ; et M. Doré, rue du Moulin-de- Beurre, qui fut obligé de quitter le Conseil municipal à la suite d’une faillite arrivée en 1 845 1 -
Ce fut M. Fenoux qui prit l’initiative, par une pétition adressée au Préfet de la Seine en octobre 1848. A cette époque, la population du hameau de Plaisance s’élevait à 3.746 habitants. Ceux-ci se plaignaient de n’ètre point protégés par la muninicipalité de Vaugirard, de n’être éclairés que par cinq réverbères et seulement pendant trois mois de l’année, de n’avoir point de fontaines, et de ne pouvoir arriver à faire paver la rue de Constantine. La pétition de M. Fenoux fut communiquée au maire de Vaugirard qui, dans une lettre du 20 octobre, fit connaître que le Conseil municipal, consulté sur cette question, acceptait la séparation à une grande majorité.
Le Préfet de la Seine d’alors, M. Berger, émit un avis tout à fait défavorable, dans une lettre que nous reproduisons ci-après, et qu’il est intéressant de verser au dossier de l’histoire de Vaugirard :
Paris, le 22 juin 1849. Monsieur le Sous-Préfet de Sceaux, par lettre du 18 avril dernier relative à la demande formée par un sieur Fenoux, au nom du hameau de Plaisance, afin d’obtenir l’érection de cette localité en commune distincte de Vaugirard, vous exprimez l’opinion que cette séparation ne saurait avoir lieu sans un grand dommage pour les deux fractions de la commune aujourd’hui réunies.
J’adopte entièrement cette manière de voir ; aucun motif, même seulement spécieux, ne milite en faveur de ce projet, auquel s’opposent au contraire les raisons les plus grandes et les plus décisives.
Le hameau de Plaisance ne possède sur son territoire aucun édifice communal; tout devrait y être créé. Indépendamment de ces dépenses de premier établissement nécessairement très considérables, la nouvelle commune devrait encore
pourvoir seule aux frais d’une administration particulière, payer des traitements et des salaires de toute sorte. Les ressources de la nouvelle commune seraient bien loin de pouvoir faire face à des charges aussi lourdes. La population de Plaisance, en effet, est généralement pauvre et participe à l’emploi des ressources que possède Vaugirard, quand elle-même ne contribue que pour une faible part à la création des revenus.
Quant à la section de Vaugirard, il y a lieu de penser que si elle a donné les mains à la séparation projetée, ce n’a pu être que dans le but de s’exonérer des charges qu’elle supporte au profit de la section de Plaisance. Or, consentir à cette mesure, ce serait assurer la ruine de celle-ci au profit de la première, quand toutes les parties de la commune doivent se prêter un mutuel appui et concourir à maintenir l’unité qui seule protège équitablement tous les intérêts. D’ailleurs, la commune de Vaugirard a entrepris, dans un intérêt commun, des travaux de toute nature dont le prix est encore dû en partie et, si je suis bien informé, elle est sur le point de contracter un emprunt pour en assurer le paiement. Une ventilation des dettes de la commune entre les deux fractions qui veulent se séparer serait actuellement fort difficile, pour ne pas dire impossible.
Le seul argument qui ait été invoqué est celui de l’éloignement des deux sections de la commune. Mais est-ce sérieusement qu’on a pu avancer un pareil motif qui se présenterait pour toutes les communes qui ont quelqu’étendue, c’est-à-dire quelqu’importance. Cette objection isolée tendrait à démontrer l’absence de toute raison plausible.
Enfin, je rappellerai, ainsi que je l’ai déjà dit à propos d’une demande analogue formée à Ivry, que l’administration est appelée à s’occuper d’un travail de révision des délimitations de l’ensemble des territoires qui composent le département, et ce serait encore une raison pour que je m’abstinsse quant à présent de donner suite à un projet qui pourrait ne pas se trouver d’accord avec les résolutions ultérieures de l’Administration supérieure. J’ai l’espoir que les observations qui précèdent détermineront les deux sections qui composent la commune de Vaugirard, à renoncer à leur projet de séparation ; cette séparation ne pourrait avoir pour toutes les parties que des conséquences fâcheuses, dont, ainsi que vous le faites observer, elles ne paraissent pas s’être suffisamment rendu compte.
Recevez, etc. Le Représentant du Peuple, Préfet, signé : Berger1.
Disons, pour terminer, que le Ministre de l’Intérieur, par sa décision du 22 août 1849, refusa de donner suite à la demande de séparation du hameau de Plaisance de la commune de Vaugirard2.
2. Il existe, sur cette affaire, une circulaire imprimée, intitulée : Aux habitants du quartier de Plaisance. Paris, Paul Dupont, s. d., in-4, 3 p. Bibliothèque Nationale. L K. 7 10. 108.
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La conquête de l’Algérie eut aussi, d’autre part, une répercussion sur ce nouveau quartier de Plaisance, à certaines rues duquel furent attribués les noms de Constantine, Médéha, Mazagran. Le Plan pittoresque de Paris, de A. Vuillemin, datant de 1842, donne d’ailleurs à celte région le nom de Commune d'Alger. Il en fut de même de la campagne d’Italie, en 1869, à l’occasion de laquelle on éleva l’obélisque de Villafranca , près d’une rue dénommée du Pont-de-Turbigo.
Le Musée Carnavalet possède un : « plan du nouveau village de la Chaussée du Maine », 42 X 25, montrant le lotissement des terrains. On y trouve aussi une intéressante photographie, 21 x 16, indiquant l’obélisque ci-dessus, avec des inscriptions et des couronnes, en bordure de la tranchée du chemin de fer, au pont de la rue Turbigo, au jourd’hui Rrancion. Le même musée renferme également un dessin sur bois, 20 X 16, de l’obélisque en question, qui est un croquis d’après nature par Villot.
En 1840, la ligne du chemin de fer de Paris à Versailles, aujourd’hui ligne de l’Ouest rive gauche, vint pour ainsi dire séparer le quartier de Plaisance du reste de Vaugirard. La voie entrait dans la commune à la pointe de la rue de Vanves et en sortait, par une ligne droite, à la barrière du Maine, ne traversant guère, dans tout son parcours, que des jardinages et des carrières.
Il nous faut citer, sans pouvoir l’identifier, un dessin lavé à l’encre de Chine, i8x u,par A. Flamen (dix-septième siècle) intitulé : « Veuë du dedans de la Basse-cour de Playsance » et représentant une maison seigneuriale et ferme1.
Nous avons essayé de réunir quelques renseignements concernant le nombre des habitants de Vaugirard à travers les