Archives Nationales. S. 35i3a
leur secours, n'ayant pu retirer l’hyver dernier que soixante livres de mes paroissiens pour les besoins de mes pauvres qui se sont trouvés au nombre de près de 400, obligé de faire venir de Paris toutes les subsistances, et les payant plus chèrement, j’ai cru pouvoir exposer sous les yeux des augustes protecteurs de la Nation et de ses pasteurs, mes justes allarmes, l’état fidèle de la paroisse de Vaugirard, qui ne ressemble à aucune autre, et qui mérite d’être mise dans la classe des plus malheureuses. Le revenu de ma cure, si j’étois dans le cas de recevoir le casuel tel qu’il m'appartient, pourroit aller à huit mille cinq cents livres, le casuel pouvant aller à quatre cents livres. Voilà le revenu.
Venons aux charges. Ma paroisse auroit dû me donner un second et même un troisième vicaire, attendu la grande population qui est de plus de cinq mille habitants, hommes, femmes et enfants. Cependant pour ne pas l’écraser, j’ai pris le parti d’avoir un second vicaire à ma charge, je le loge et je le nourris, et il me revient à huit cents livres.
L’École des filles n'avoit que soixante livres de fondées. J’ai cru devoir les abandonner à l’ancienne maîtresse qui est hors de service. Je lui donne de plus cinquante écus pour la soutenir dans sa vieillesse, je m’y suis engagé par billet. J’ai fait venir une sœur à qui je donne également de ma poche trois cents livres toujours payées d’avance sans compter son mobilier et sa nourriture pendant tout l’hyver qui m’ont coûté plus de huit cents livres.
Le peu d’aisance de ma famille m’a porté à me charger de l’éducation d’un neveu qui me coûte cinq cents livres par année.
Les pauvres de Vaugirard n’ont que trois cents livres de rentes, et quatre cents livres des aumônes que le Roi veut bien m’accorder, voilà toute ma ressource, pour une si grande quantité. Si l’hyver dernier je n’avois trouvé des ressources dans mes amis, si je ne m’étois obéré pour mes pauvres, si je n’étois entré moi-même dans les plus petits détails, jusqu'à leur faire et distribuer moimême de la soupe, du bois, du riz, des matelats, de la tourbe, des mottes, des Jabots, etc., comment eut-il été possible d’y suffire si je n’avois eu un peu d’aisance ? comment aurois-je pu employer des ouvriers, soit à la terre, soit aux glaces ? comment aurois-je pu entretenir, soigner les enfants dans mes écoles, en habiller un grand nombre à mes dépens ? Je ne parle pas d’une fondation pieuse de Mme la marquise de Vezannes pour habiller quatre pauvres filles à leur première communion, et quand je vous dirai que j’ai fait les avances de cette fondation, que les autres objets m’ont coûté plus de mille écus, je ne crains point que l’on m’accuse d'exagérer. Ajoutez à cela que, sur la masse totale du revenu de ma cure, j’éprouve une non-valeur de quinze cents livres de rentes,
que me reste-t-il pour vivre ?
Le revenu total est de 8.5oo livres.
Les charges cy-dessus sont de 6.55o livres.
Reste donc 1.950 livres.
Voilà, nos Seigneurs, dans la plus exacte vérité l’état où je me trouve. Nou-
vellcment installé dans ma cure, j’ai été obligé de me meubler, j’ai donc contracté des dettes pour y parvenir et je ne vois pas comment je pourroi me liquider. La plus grande frugalité fait l’ornement de ma table, j’ai fait bien des avances pour mon église ; j’ai souvent été dans le cas, pour remettre la paix dans des familles de payer les frais qu’ils étoient dans l’impossibilité de payer. Je suis dans la position la plus critique ; si votre justice ne vient à mon secours je n’ai d’autre ressource que de vous offrir la démission de ma cure qui me devient à charge, de vendre tous mes effets pour payer les obligations que j’ai contractées, contraint, comme vous le voyez, par les circonstances. Agé de trente-deux ans, je n’ai qu’un avenir triste à envisager, si vous ne daignez y mettre ordre, c’est avec confiance que j’ose vous demander qu’en contribuant à payer la dette de l’État je puisse trouver de quoi payer la mienne. Je m’estime trop heureux de pouvoir me rendre utile, mais vous seuls pouvez m’en fournir les moyens, ce n’est donc pas trop demander que de désirer d’être traité comme les curés de Paris, et mes vicaires, comme les vicaires de Paris. Vaugirard touche Paris de si près qu’il semble n’en être séparé en rien. Et d’ailleurs quelle que sage que soit votre administration pour les pauvres, les pauvres honteux n’auront jamais confiance qu'en leurs pasteurs.
Je termine en offrant au ciel les vœux les plus ardents pour vos personnes, Nos Seigneurs, et pour le bien que vous avez le courage d’entreprendre. C’est dans ces sentiments que j’ai l’honneur d’être très respectueusement, Nos Seigneurs, votre très humble et très obéissant serviteur. Signé : de Préneuf, curé. Vaugirard, le 18 novembre 1789 *.
Protestation à l'Assemblée Nationale, des habitants de Vaugirard, contre l'élection de la première Municipalité, le 7 février i'jgo, et demandant une nouvelle convocation. i3 février 77 go.
A Messieurs de l’Assemblée Nationalle (i3 février 1790).
Messieurs, Les Soussignés, habitans de la paroisse de Vaugirard, soutiennent que la nomination qui a été faite pour une nouvelle Municipalité le dimanche 7 février 1790 n’a pas été faite conformément aux décrets de l’Assemblée Nationale :
i° En ce que les trois scrutateurs n’ont pas prêté serment, que ce n’est pas eux qui ont écrit les listes pour ceux qui ne scavoient pas écrire, que tout le