‹ VaugirardChapitre 217 sur 244 · Archives Nationales. D IV, 4, n · texte numérisé non relu

Archives Nationales. D IV, 4, n

Adresse à l'Assemblée Nationale, par les habitants de Vaugirard, protestant contre un projet de réunion de la paroisse de Vaugirard à celled'Issy. 27 juin 17 go.

A Messieurs les Députés de l’Assemblée Nationale.

Messieurs. Pendant que toute la France s'empresse à vous témoigner son admiration, sa reconnaissance, pendant que les nations étrangères vous rendent de toute part les hommages dus à la sagesse la plus éclairée, les habitans de Vaugirard lès Paris se croiraient coupables de la plus noire ingratitude, se regarderaient comme indignes dubeau nom de Français, s’ils ne venoient aussi grossir la foule de ceux qui se disputent à l’envi le droit et le plaisir de vous offrir leur adhésion aux décrets sanctionnés et acceptés par le Roy, et le désir ardent qu’ils ont de voir achevé le monument immortel de la Constitution française à laquelle vous travaillez avec un zèle infatigable.

Mais au milieu de la joie dont ils sont pénétrés en vous adressant leurs félicitations, un trouble secret les agite, une rumeur publique annonce partout un nouveau plan de division de paroisses et dans ce plan on leur a fait entrevoir que le bien public exigeoit la réunion de Vaugirard à celle d’issy, sous prétexte que Vaugirard n’est qu’un démembrement de la paraisse d’issy, mais il est facile de détruire ce prétexte et de prouver que si une paroisse doit être conservée, celle de Vaugirard est dans ce cas plus que beaucoup d’autres, et peut seule faire une commune de six à sept mille habitants.

En 1343 les habitants de Vaugirard se plaignirent à Foulque, Evêque de Paris, qu’étant de la paroisse d’issy et ayant droit de recevoir des secours spirituels du Curé d’issy, ils en étoient privés et négligés par les curés de cette paroisse. Simon deBussy, premier Président du Parlement de Paris, fondateur, par safamille, d’une chapelle qui existoit à Vaugirard, obtint des deux puissances l’érection de cette chapelle en paroisse et la dota de ses propres fonds à la charge que Vaugirard payerait une rente de quinze livres soit au curé, soit à la fabrique d’issy. Cette plainte des habitants fait le seul titre de la paroisse d’issy. Cependant Vaugirard n’étoit qu’un petit village et il fallut mettre ses habitants dans le cas de recevoir les secours spirituels que la distance ou les mauvais chemins ou peut-être la négligence des curés d’issy ne leur permettoient pas de recevoir.

Aujourd’hui Vaugirard est accru à un tel point qu’il est beaucoup plus considérable que !ssy. Il y a dans Vaugirard trois à quatre mille âmes qui peuvent suffir pour une paroisse composée du curé et de deux vicaires et la distance de l’église semblerait en exiger un troisième.

Par vos décrets, Messieurs, vous avez statué que la Municipalité de Paris ne

s'étendra pas hors de ses boulevards, que tout ce qui est hors des murs est dès maintenant sujet aux mêmes impositions que la banlieue dont il fera désormais partie, et par une suite nécessaire et par le vœu des habitants des paroisses de S‘ Sulpice, de S1 Étienne du Mont, du Gros Caillou et qui demeurent dans Vaugirard, les citoyens qui sont hors des murs seront vraisemblablement agrégés à la paroisse de Vaugirard et feront encore une très grande augmentation qui, pour l’instant, ira au moins à quinze cents âmes.

Usera donc dans l’ordre de ne point réunir Vaugirard à Issy, mais de conserver Vaugirard et même d’y établir incessamment un troisième vicaire. L’étendue du diamètre que Vaugirard va avoir sera plus que suffisante puisque à partir de la barrière de la Patache sur le bord de l’eau jusqu’à la limite de Vaugirard diamétralement opposée il y aura certainement une heure et demie.

L’on pourroit tracer un quarré dans lequel se trouveroit tout le territoire de Vaugirard. L’exemption des droits d’entrée pour les habitants qui sont hors des barrières va attirer d’avance une très grande quantité de maisons qui vont s’établir entre les dernières maisons de Vaugirard et les barrières ; et avant peu de temps Vaugirard va suivre sa destinée qui est d’augmenter chaque année, et l’on peut assurer que depuis vingt ans il est augmenté de plus de moitié.

Il est donc probable que le bien public n’exige pas la réunion de Vaugirard à la paroisse d’Issy. Au contraire, l’église de la paroisse étant déjà éloignée du centre de l’habitation des citoyens ils se trouvent par rapport à leur état dans la nécessité d’aller entendre la rnesse les dimanches et fêtes dans les différentes églises des couvents qui se trouvent dans les environs à Paris.

Nous osons donc espérer, Messieurs, que vous voudrez bien calmer nos allarmes et prendre notre demande en considération et décider que Vaugirard, quoiqu’il ne soit pas à la distance de trois quarts de lieu des murs de la capitale, sera toujours paroisse et ne sera réunie à aucune autre, comme elle ne demande la réunion d’aucune autre.

Nous croyons même entrer dans les vues sages de l’Assemblée Nationale en lui proposant un plan qui assurera à la Nation une jouissance et à de vertueux religieux une existence honnête et gracieuse. Les Théatins n'ont en France qu’une maison située à Paris; ils sont en très petit nombre, ils ont une maison de campagne à Vaugirard, dont ils ont fait la déclaration; il seroit possible de les y réunir moyennant quelques réparations, la maison seroit capable de les contenir. Comme il y a parmi eux plusieurs âgés ou infirmes, il y auroit un bon air, un jardin pour s’y promener et ceux d’entre eux qui voudroient encore consacrer leurs travaux à la religion trouveroient de quoi exercer leur zèle, et se rendre utiles à la paroisse qui les désire et qui ose demander à l’Assemblée Nationale d’accueillir le plan qu’elle a l’honneur de lui proposer.

La Municipalité et toute la commune de Vaugirard saisissent avec empressement cette occasion pour assurer l’Assemblée Nationale de leur profond respect, de leur parfaite reconnaissance et de leur entier dévouement à tout ce qu’il lui plaira d’ordonner.

Vaugirard, en l’assemblée des habitants, le vingt sept juin mil sept cent quatre vingt dix.

Signé : Gervoise, maire ; Grognet père, officier ; Maréchal, of. mal. ; Desmerveilles, officier mal. ; Chrétien, of. mal. ; de Préneuf, curé, Procureur de la Commune • Maillet, ancien sindic ; Jourdainne, of. mal. ; Leclerc ; Hamel, Sehier ; Grognet, fils ; Dubut ; Cuinet ; Lacroix ; Heunicle ; Bajouret : Pelletier ; Mongeat ; Tonglet ; Reboule ; Dejouy ; Roullet ; Herisent ; Ducorps ; Houdart ; Rolet ; Terroir ; Boucherat ; Lemoine ; Mauroy ; Gosselin; André, le jeune ; D. Cabaillot; Dumouline ; Bayare ; Chagnard ; Rachette, André, l’aîné ; Herbin, Onyet ; Gohier ; Pain ; Legris ; Duverger ; Grognet ; Doré ; Delpire ; Folata ; Estempe ; de la Salle ; Dunepart ; Boulay ; D’Auvergne ; Bachelier ; Chalup ; Laurent, chirurgien de la garde nationale ; Gauda ; Ballavoine, greffier-secrétaire.

Le peu de tems n’a pas permis de faire signer un plus grand nombre.

Timbre en cire rouge, de forme ovale, ponant en exergue : Municipalité de Vaugirard-lès-Paris.La loi et le Roi, au centre : Deux fleurs de lis une en haut et une en bas *.

PIÈCE JUSTIFICATIVE n» n

Incorporation à la municipalité de Vaugirard des territoires parisiens situés en dehos du mur de l'enceinte des Fermiers Généraux. Procèsverbal des Commissaires du Roi, du mois de septembre 1790.

L’an mil sept cent quatre vingt dix, le lundi treizième jour de septembre, nous, Jacques-Denis Antoine, architecte du Roi, de l’Académie Royale d’Architecture, Jean-Baptiste-Jacques Le Chevalier de Beaurain, géographe du Roy, et Jean-André Ancest, administrateur pour le Roi de l’ancien enclos des quinze-vingts, Commissaires nommés par sa Majesté, suivant les lettres adressées à chacun de nous, l’une parM. Guignard, Ministre et secrétaire d’Etat, le dix aoust dernier, l’autre par M. le Contrôleur Général des Finances, le douze du même mois, pour, sur le décret de l’Assemblée nationale relatif à l’organisation de la municipalité de Paris, qui a décidé que les propriétés particulières situées hors l’enceinte des nouveaux murs et qui entroient dans l’ancienne consistance du territoire de cette ville, seroient réparties entre les différentes municipalités qui partagent le territoire de la banlieue, vérifier sur les lieux et reconnoître les convenances et les localités d’après lesquelle chaque propriété devra appartenir au territoire de ces différentes municipalités, sommes, conjointement avec M. delà Rue, contrôleur

Page 1