Archives Nationales. Q
nimes de Nigeon; Charles-Joseph Hano, ancien fournisseur de la marine et grand messager juré de l'Université de Paris; Claude Lecouturier, écuyer, sieur du Mesnil, ancien garde du Corps du Roi; Louis-Auguste Fournier de la Chataigneray, écuyer de main de Madame la Dauphine; Messire Jacques-François Chevalier, chevalier seigneur de Vaudétard et d’Issy en partie; Armand-Mathurin, marquis de Vassé, vidame du Mans, gouverneur de Rennes, maréchal de camp des armées du Roi; Nicolas Beaujon, conseiller d’Etat, receveur général des Finances de la Rochelle, banquier de la Cour; Charles-René Coignet, notaire royal, etc.
Le dernier de ces censitaires était, dit ce document, E lie- Catherine Fréron, « membre de plusieurs académies littéraires du royaume et des pays étrangers, demeurant à Fantaisie, plaine de Montrouge, paroisse Saint-Etienne-du-Mont ». Le célèbre critique était débiteur de la seigneurie de Grenelle comme propriétaire d’une pièce de terre labourable contenant un arpent, située au terroir de Grenelle, lieu dit la Folie, joignant au sieur Rocher, au sieur Hamel, au grand chemin de Paris à Sèvres, et au chemin de l’Ecole Militaire à Issy, ladite pièce chargée de 8 deniers de cens et de 4 gerbes de dîme par arpent.
La Folie, dont il est ici question, devait être une propriété de quelque importance puisqu’elle est représentée sous la forme d’une vaste maison, et dénommée de ce nom, dans le Plan des environs de Paris, de N. de Fer, 1717. Elle est située en bordure de la route de Sèvres, non loin du chemin Blomet, à l’entrée du village de Vaugirard l.
Fréron naquit à Quimper le 20 janvier 1718, bien que son
1. Ce plan est à la Bibliothèque historique de la ville de Paris. La Folie est aussi représentée dans l’ouvrage de N. de Fer, 1716, sur l’estampe du dôme des Invalides.
acte porte la date du 24. La Gazette de France , du 18 mars 1776, enregistra sa mort, survenue le 10 de ce mois, dans sa maison près de Montrouge h 11 avait étudié dans la maison des Jésuites de cette localité, et professé ensuite au collège Louisle-Grand. Sa maison de campagne, dont la dite liste nous donne le nom, était située à Montrouge, dans la grande rue à gauche, non loin de la maison du Noviciat1 2.
Les Observations critiques qu’il composa, dans Y Année littéraire, sur Voltaire et les Encyclopédistes, lui attirèrent la haine de l’auteur de Candide , qui l’assaillit de ses traits d’esprit. Une épigramme est surtout restée célèbre, dans laquelle il le baptisa du prénom de Jean , par ridicule, et aussi pour les besoins de sa versification, dont le sujet, on le sait, était renouvelé de la poésie grecque :
L’autre jour, au fond d’un vallon,
Un serpent piqua Jean Fréron :
Que pensez-vous qu’il arriva ?
Ce fut le serpent qui creva3.
Dans cette déclaration des vassaux de la seigneurie de Grenelle, l'indication de la Maison Blanche, ou du Chemin de la Maison Blanche , revient souvent comme limite de certains héritages, encore que le domaine ne soit pas lui-même énoncé. 11 nous parait intéressant d’en dire ici quelques mots.
Il s’agit d’un enclos avec maison, situé au bord delà Seine,
1. Notice sur Fréron et sa famille , par J. Tré\édy, à Saint-Brieuc, 1889, in-8, 3 o pages.
2. Histoire des environs du Nouveau Paris, par Emile de La Bedollière, p. 23o.
3. Sur un plan du canton de chasse du prince de Condé, manuscrit, conservé à la Bibliothèque historique de la Ville, sans date, mais exécuté vers la fin du dix-huitiéme siècle, est indiquée la mention suivante : « Le moulin et la maison de Fréron ». Ces bâtiments se trouvent approximativement dans le triangle formé par la rue de Vanves et l’avenue du Maine, sur la commune de Montrouge, vraisemblablement vers la rue actuelle du Château. Si c’était là le logis de Fréron, il n’y aurait pas alors de concordance avec la situation indiquée par M. de la Bedollière.
sur le côté gauche du chemin, dit de Vaugirard à la Maison Blanche, en tournant le dos au fleuve. Ce chemin est devenu aujourd’hui la rue de Javel. Voici l’origine de cette propriété :
Par acte passé devant Bobusse, notaire au Châtelet, du 20 mai 1680, les religieux de Sainte-Geneviève donnent à bail à Gilles Bréant, maître pêcheur, et à Catherine Tellier, sa femme, demeurant au moulin de Javel, paroisse d’lssy,un demiarpent de terre labourable sis au Terroir de Grenelle, lieu dit la Fosse-Nibeuf, et dépendant de la ferme de Grenelle. La terre, à prendre dans une pièce de 9 arpents faisant face à la rivière, moyennant 12 deniers parisis de cens et 3o livres de rente foncière, à la charge, par le dit Bréant, d’y faire construire une maison.
Le 6 août 1 685, Gilles Bréant et sa femme rachètent une partie de la rente foncière. Ils habitent alors la maison édifiée par eux, et à laquelle avait été donné le nom de Maison Blanche.
La bâtisse passa vraisemblablement ensuite aux enfants des époux Bréant. Quoi qu’il en soit, par acte passé devant du Port, le i5 janvier 1739, François Chavanne, maître pêcheur, et Marguerite Bréant, sa femme, demeurant dans cette maison, en vendent les cinq sixièmes à François Mérard, marchand mercier, demeurant à Paris, rue Aubry-le-Boucher, au prix de 5. 000 livres, qu’ils délèguent par le même acte à Jean Jambon, maître maçon, demeurant à Paris, rue de Grenelle, au profit duquel Mérard avait fait l’acquisition.
A la suite d’un long procès, et faute d’avoir tenu leurs engagements.lesacquéreurs furent dessaisis des cinq sixièmes de la propriété, qui revinrent aux religieux de Sainte-Geneviève, ainsi que l’autre sixième pour lequel le propriétaire ne se présenta pas. Le domaine fut alors vendu à l’Ecole Militaire, qui en demanda la démolition : « Cette maison, située sur le bord
YAUGIRARD
de la rivière, s’écroulant de toutes parts et pouvant nuire à la sûreté publique et servir de retraite à des vagabonds et gens sans aveu. »
Un état des réparations à y faire, daté du 5 août 1754, nous donne le détail de l’immeuble et indique qu’il se compose d’un rez-de-chaussée, d’un premier, d’un deuxième étage et d’un comble.
En voici une description plus exacte, datée également du 5 août 1754 :
La maison est située au milieu d’un terrain vague, entre Grenelle et Javel, à i5 ou 20 toises de la rivière, en face du village d’Auteuil. Le terrain contient un demi-arpent ou environ, entouré d’un petit fossé par un de ses côtés et par un de ses bouts, de l’autre il est fermé par une cloison de planches, le quatrième côté tient au chemin de la berge. Devant la maison sont trois sycomores, un orme et un noyer d’environ 35 à 40 ans. D’autres arbres sont du côté opposé; l’emplacement ne comporte aucune culture b
En 1773, en dépit de la demande de démolition formulée en 1754, la Maison Blanche est encore debout. Par un acte du 5 avril 1773, Jean-Germain Brulay, avocat en Parlement, Prévôt royal, juge civil, criminel et de police de la seigneurie de Grenelle, déclare, au nom de l’Ecole Royale Militaire, seule propriétaire de la totalité de la Maison Blanche, et après lecture du rapport de sieur Couppart de la Touche, expert, que le dit immeuble, tombant de vétusté et pouvant nuire à la sûreté publique, sera démoli suivant le dit rapport.
Disons en passant que cette pièce porte un intéressant cachet, ou sceau plaqué , frappé sur une feuille de papier découpé.