Archives Nationales. LL. 1049, f
2. Actes du Parlement de Paris , par Boutaric, t. Il, p. 28, n” 3270.
VAUG1RARD
Raoul de Clermont, deuxième du nom, seigneur de Néelle et de Brios, était fils de Simon de Clermont, sieur de Néelle et d’Albi, régent du Royaume pendant le voyage de saint Louis en Afrique, en 1270, et d’Alice de Montfort, dame de Houdan, fille d’Amauri, sixième comte de Montfort, connétable de France.
Raoul de Clermont, également connétable, qui portait un lanibel de 3 pendans d'argent , servit les rois Philippe le Hardi et Philippe le Bel. 11 obtint ce titre en 1287 et mit la Guyenne sous l’obéissance du Roi, en 1293, après avoir chassé le lieutenant du Roi d’Angleterre. Il accompagna Charles de France, comte de Valois, dans ses expéditions de Gascogne, en 1295, et passa en Flandre avec le Roi, en 1297. On le trouve à la fameuse journée de Courtrai, le 1 1 juillet i3o2. Marié en premières noces à Alix de Dreux, vicomtesse de Chàteaudun et dame de Montdoubleau, fille de Robert de Beu et de Clémence, vicomtesse de Chàteaudun ; il épousa, par second mariage, Isabelle de Hainaut, fille de Jean, deuxième du nom, comte de Hainaut et de Philippe de Luxembourg, de laquelle il n’eut pas d’enfants. Ceux que lui avait donnés sa première femme étaient: i° Alix de Néelle, mariée à Guillaume de Flandre et à Jean de Chàlons; 20 Isabeau, mariée à Hugues Larchevêque, seigneur de Montfort; 3° Béatrix, dite Jeanne de Clermont-Néelle, mariée à Aimar de Lezignem, dit de Valence, vice-roi d’Ecosse.
Tel était le grand seigneur qui venait, en 1292, prendre possession de la maison, domaine et justice de Vaugirard1.
En i3o8, on y trouve un autre connétable de France, Gaucher de Châtillon, dont l’habitation en ce lieu nous est révélée
1. Dictionnaire de la Noblesse, de La Chenaïe-Desbois et Badier, t. V, p. 923.
par un extrait du Registre criminel de Saint-Germain-des- Prés. Le h février de cette année, dit l’acte, Michel le Briocher était mis en prison pour avoir « navré » Guillaume Le Roei. Les biens du dit Michel « furent en la main du Connestable de France qui, lors tenoet la meson de Val Girart de Seint-Germain, en une meson, dont le cens est au prestre d’Issi, sur lequel Michel, et en laquele meson, le prestre d’Issi disoet qu'il avet justice sanc ».
La fin du document nous apprend que Michel fut reconnu innocent du fait et délivré, et aussi que ses biens lui furent rendus après plaidoirie du Prévôt de Saint-Germain devant le Prévôt de Paris1.
Au milieu du quinzième siècle, ce domaine de plaisance avait pris assez de développement, et aussi, sans doute, assez de confort, pour être qualifié du nom d hôtel dans une pièce du temps. Un vidimus d’un acte du 2 mai iq5q, signé Pasquier et Pinot, notaires, porte, en effet, que Pierre Guiart, laboureur à Saint-Germain-des-Prés, et Jehanne, sa femme, de lui autorisée, ont vendu et baillé à rentes de 3 livres par an à eux payables chacun an au jour de Saint-Martin d’hiver, par Jehan Jamoy, laboureur à Vaugirard, preneur et reteneur, une maison, cour, jardin, puits, eau, étables, granges, lieux et appartenances, sis en la ville de Vaugirard, tenant d’une part à Jehan Manessied et d’autre part aux hoirs de feu de Dreux, et par derrière au chemin qui tient à l’hôtel des religieux, abbé et couvent de Saint-Germain-des-Prés, en la censive et seigneurie des dits religieux, et chargés envers eux de 3 sols et 1 1 deniers parisis2.
1. Histoire des Justices des anciennes églises et communautés monastiques de Paris, par L. Tanon, p. 441.
2. Archives Nationales. LL. 1049 et io5o, et t. Il, f" 154 v*.
Au commencement du seizième siècle, l’hôtel des moines de Saint-Germain-des-Prés, et surtout ses dépendances, sont tombés, ainsi que nous l’avons dit, entre les mains de simples laboureurs, qui l’exploitent comme domaine agricole.
Voici, en effet, un acte reçu par Garnetier et Luilier, notaires à Paris, du 23 août i5o2, par lequel Guille Le Blanc, le jeune, laboureur, demeurant à Vaugirard, a reconnu avoir pris et retenu pour neuf années, à titre de ferme et loyer d'argent, du Révérend Père en Dieu, Monseigneur l’Evêque et Comte de Chàlons, pair de France, abbé commandataire de l’église et abbaye de Saint-Germain-des-Prés-les-Paris, bailleur au dit titre, son hôtel, cour, jardin, clos, garenne et colombier, étant au dit clos de Vaugirard, ensemble toutes les terres en dépendant et appartenant au dit bailleur, à cause « de sa crosse et table abbatiale de la dite abbaye », pour en jouir, par le dit preneur, le dit temps durant. Cette location faite moyennant le prix de vingt livres tournois payables chaque année aux quatre termes accoutumés >.
En i5oc), le domaine, qualifié : hôlel seigneurial, est encore une fois cédé à vie, à charge seulement de l’entretien, et sous la condition que le seigneur bailleur ira autant de fois qu’il voudra, et aussi que le preneur devra laisser faire les vendanges. Toutes ces prescriptions sont contenues dans un acte reçu par Groron et Blondeau, notaires, le 22 décembre i5oq, par lequel il appert que Me Guille Rogier, Procureur général du Roi, a confessé avoir pris à bail à vie, avec sa femme, Jacquette Fuzeau, pour eux et leurs survivants, du Révérend père en Dieu, Monseigneur Guille, évêque de Lodève, abbé commandataire de l’abbaye de Saint-Germain-