‹ VaugirardChapitre 49 sur 244 · Archives Nationales. S. i · texte numérisé non relu

Archives Nationales. S. i

3. Ce document a été publié par M. Fernand Bournon dans ses additions à l’abbé Lebeuf, d’après le fonds de l’Election de Paris. Archives Nationales. Q3 206.

D’après ce projet, il était question de supprimer la paroisse Saint-Lambert, ou plutôt de la réunir à celle d’Issy, dont elle n’était, on le sait, qu’un démembrement. Les habitants de Vaugirard, est-il besoin de le dire, voyant dans ce plan une diminution morale de leur prestige, protestèrent avec énergie auprès de l’Assemblée Nationale, qui était, à l’époque, la ressource suprême de tous les citoyens lésés ou croyant l’être. Leur pétition, datéedu 2yjuin 1790, que l’on trouvera à nos pièces justificatives, remontait aux sources mêmes de l’histoire de la localité, et rappelait l’abandon dans lequel, au quatorzième siècle, le curé d’Issy laissait les infortunés habitants de Valboitron dépourvus, ou à peu près, de secours religieux. Elle faisait valoir, en outre, que Vaugirard, à la suite de l’incorporation des territoires situés hors les murs de la nouvelle enceinte de Paris, allait prendre un développement tellement considérable qu’il nécessiterait, et bien au delà, le maintien de sa paroisse actuelle.

Il est juste d’ajouter que nous n’avons pas trouvé la discussion de ce projet par l’Assemblée Nationale. Il ne fut donc rien changé à l’organisation religieuse de cette commune, à laquelle paraissaient encore tant tenir les habitants L

Nous placerons ici les quelques lignes qui suivent, concernant l’église Saint-Jean-Baptiste de Grenelle, qui faillit devenir l’église paroissiale de Vaugirard.

Dans sa séance du 11 mai 1825, le Conseil Municipal de Vaugirard reconnaissait l’insuffisance de l’église Saint-Lambert, située à l’extrémité de la commune, qui ne pouvait contenir que la dixième partie environ des habitants. Le nombre de ceux-ci, en effet, augmentait de jour en jour et devait

s’accroître encore davantage en raison de la construction de plus de quarante maisons déjà édifiées dans la plaine de Grenelle. L’assemblée décidait donc qu’il y avait lieu de construire une nouvelle église et un presbytère ; « situés tant à la proximité des habitants qu’au centre de l’ancien et du nouveau village de Vaugirard ».

Cette délibération fut le point de départ de l’édification de l’église Saint-Jean-Baptiste de Grenelle.

Il nes’agissait pas, bien entendu, de construire une seconde église pour Vaugirard, mais plus simplement de doter la commune d’un monument plus grand que celui qu’elle possédait, en le rapprochant de la nouvelle agglomération qui se formait à ce moment.

Elle fut édifiée en 1827, trois ans avant la séparation intervenue entre Grenelle et Vaugirard, et devint l’église paroissiale de la nouvelle commune de Grenelle.

Nous n’en parlerons pas autrement dans ce volume, réservant sa description pour la monographie de cette localité.

A l’histoire de l’église Saint-Lambert se rattache tout naturellement l’institution de ses seigneurs-patrons.

Le droit de patronage venait de la reconnaissance que l’on était obligé d’avoir pour ceux qui bâtissaient ou dotaient des églises. L’ancien patron conservait ce titre alors que les bâtiments étaient entièrement détruits, mais il le perdait si l’église avait été reconstruite sans sa participation.

Le patronage passait de degré en degré à ceux qui restaient de la famille; même la ligne étant finie, les héritiers du dernier y succédaient. Le droit de patron ne pouvait être particulièrement ni séparément vendu, cédé, transporté, aliéné par personne laïque à autre laïque, qu’avec la terre et seigneurie, ou maison d'où il dépendait, ou avec l’hoirie univer-

selle du patron; mais il n’était pas indispensable que le patron possédât dans la paroisse fonds, rentes, fief, justice ni domicile.

Au patron appartenaient de préférence à tous autres seigneurs, soit hauts, moyens et bas justiciers, ou seigneur de fief, tous droits dépendants du patronage, savoir ; la nomination et présentation au bénéfice, le droit au banc et sépulture dans le chœur, le pas dans les processions et assemblées de l’église sur tous autres laïques, l’honneur de l’offrande, de l'eau bénite, du pain bénit, de l’encens, et la recommandation aux prières publiques. Le patron avait la surintendance à la conservation des biens de l’église. Un auteur du dix-huitième siècle a ainsi défini l’attribution du patronat ;

Le droit de patronage appartient aussi bien aux femelles qu’aux mâles; ce n’est point la faveur du sexe qui a donné lieu au droit de patronage, mais plutôt l’utilité de l’église qui n’a aucune acception des personnes lorsqu’on veut lui faire du bien *.

L’abbé Lebeuf explique ainsi la création des seigneurspatrons de Vaugirard. Parlant des services rendus parSimon de Bucy et sa femme pour la création de la paroisse de Vaugirard et de son église, il dit :

Parce moyen, lui et Nicole, son épouse, furent reconnus fondateurs et patrons de la Paroisse: en sorte que depuis ce tems-là ses successeurs ont été regardés comme Seigneurs de l’endroit où l’Église est bâtie, et ils présentent même à la Cure2.

Voici, d’après le même auteur, et aussi d’après M. le curé Gaudreau, quels furent, depuis sa fondation, les titulaires de

1. Traité du droit de patronage et des droits honorifiques des seigneurs des Eglises, par M. Maréchal, avocat en Parlement, et par M. Simon, 1714. A Paris, chez Claude Robastel, 2 vol. in-12 (t. I, pp. 1 à 263).

2. Histoire de la Ville et du diocèse de Paris , par l’abbé Lebeuf. Ed. Féchoz, t. 1, p. 484.

cette seigneurie particulière, que le premier des deux appelle aussi la seigneurie du clocher , expression qui symbolise si exactement la chose.

Ce fut d’abord messire Simon de Bucy, créateur de la paroisse et constructeur, ou à peu près, de l’église. Après lui, la seigneurie entra et resta pendant les quatorzième et quinzième siècles dans la famille des Chartier d’Alainville, dont l’un de ses membres, Jean Chartier, avait épousé la fille de Simon de Bucy. Par succession elle appartint un jour au célèbre Alain Chartier, celui-là même dont le beau langage avait si souvent ému la douce Marguerite d’Ecosse, épouse du Dauphin de France, plus tard Louis XI.

Au commencement du seizième siècle, la seigneurie est possédée par Guillaume Condurier, chanoine de Paris, pour revenir, au milieu, à la famille Chartier qui la transmet, par alliance, à celle de Montholon, illustre maison de robe qui compte deux gardes des sceaux.

Une fille des Montholon épousa un Lecoigneux au commencement du dix-septième siècle, et lui apporta le patronat de Vaugirard, qui revintensuite àMathias Mareschal, sieur de Vaudemars, époux de Marie Lecoigneux. C’est à l’ouvrage de ce dernier que nous avons emprunté les détails relatifs au patronat.

Jusqu’à la fin du dix-septième siècle, la seigneurie du clocher appartint à la famille Mareschal. Par suite du mariage, en 1690, de Françoise Mareschal, sœur de Denis-Jérôme Mareschal, avec Louis Angran, conseiller du Roi, la dite seigneurie entra dans cette famille où elle resta jusqu'à la Révolution, qui la supprima comme privilège, et guillotina le dernier seigneur, Denis-François Angran d’Alleray, Procureur général, Lieutenant civil de la Prévôté et Vicomté de Paris.

Simon de Bucy possédait à Vaugirard des terres et sa mai-

son seigneuriale. Elles furent confisquées par le roi d’Angleterre pour être attribuées, du moins momentanément, à un personnage qui l’avait servi pendant la conquête :

Du compte des confiscations de Paris, depuis le vingtième décembre 1433 jusqu'à la Saint-Jean 1427 : Héritages qui furent à Mrc Simon de Bucy, chevalier, scis à Vaugirard, donnés à Mathieu Hola, l’un de ceux qui firent l’entrée en cette ville aux gens de Mgr de Bourgogne, et depuis rendus au dit de Bucy *.

En 1 635, cette maisonet ses dépendances étaienten la possession du seigneur-patron d’alors, Mathias Mareschal, seigneur de Sandricourt, qui confessait les détenir en toute propriété, dans une reconnaissance du i5 décembre de cette année, que l’on trouvera à nos pièces justificatives. Il indique que le logis est bien celui que l’on appelle la maison patronale, consistant dans un grand et ancien corps d’hôtel, cours devant et derrière, jardin, colombiers, et voûte pour passer du dit jardin dans le clos. Ce dernier contenait aussi un petit corps d’hôtel et une : « chapelle entaillée sous le roc ». Mathias Mareschal donna aussi, dans sa reconnaissance, la liste des anciens propriétaires de cette maison, qui ne sont autres que les seigneurspatrons que nous avons dénombrés plus haut 2.

L’abbé Gaudreau corrobore ces indications en rappelant que, le iôjuin 1627, Mathias Mareschal obtenait l’autorisation d’ouvrir un passage souterrain sous la rue des Tournelles, actuellement partie de la rue Olivier-de-Serres.près delà maison des Trente-Trois , pour faire communiquer son jardin avec le clos. Il signale, dans ce dernier, l’existence d’une chapelle gothique qui n’était pas encore détruite en 1842 et avait été conservée comme maison d’habitation3.

1. Histoire des antiquité 4 de la Ville de Paris, par Sauval (Comptes et ordinaires de la Prévôté de Paris), t. III, p. 327.

3. Histoire de Vaugirard , par l’abbé Gaudreau, 1842, p. 107.

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On peut déduire de ces renseignements topographiques, que la maison des seigneurs-patrons était située dansla grande rue de Vaugirard, à gauche en sortant de Paris, et mitoyenne à celle du séminaire des Trente-Trois placée en face de la vieille église Saint-Lambert1.

Le 2 janvier 1 636, le même Mathias Mareschal déclarait à l’abbé deSaint-Germain-des-Présqu’il avait droit de gord et de pêche en la rivière de Seine, près l’ile de Bucy, vis-à-vis le village d’Issy. Par contre, il devait payer de ce chef 5 sols de rente au monastère, et 2 sols de cens et 20 sols de rente à l’abbé pour un moulin qu'il avait établi sur bateaux et pilotis, en face d’Auteuil 2.

Le samedi 20 avril i6y5, dame Clémence Briçonnet, veuve de feu Messire Mathias Mareschal, vivant, conseiller du Roi en sa Cour des aides à Paris, et seigneur-patron de l’église de Vaugirard, dépose une plainte à la Prévôté, disant que, depuis un certain temps, en sa maison de Vaugirard, elle a été victime de plusieurs vols 3.

Nous ne croyons pas sans intérêt de consacrer quelques lignes au dernier seigneur patron de Vaugirard.

Denis-François Angran d’Alleray, chevalier, comte de Maillis, seigneur de Bazoches, Condé, Sainte-Libière et autres lieux, seigneur-patron de Vaugirard-lès-Paris, conseiller du Roi en ses conseils et honoraire en sa Cour de Parlement, ancien Procureur général de Sa Majesté en son Grand Conseil, Lieutenant civil au Châtelet de Paris et conseiller d’Etat, était l'un des membres les plus distingués et considérés de l’ancienne magistrature. On lui attribuait une fortune considé-

1. Voir ce que nous en disons plus loin, à propos de l’hospice fondé par M. Le Noir pour les enfants vénériens.

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