Archives Nationales. Z
rable. Dans les Almanachs Royaux , il est indiqué comme étant Lieutenant civil depuis le 29 décembre 1774, et comme habitant rue des Blancs-Manteaux, cul-de-sac Pecquet.
Au moment de la Révolution, il joua un rôle important lors de la réunion des assemblées de la noblesse aux États Généraux, et protesta notamment, en tant que Lieutenant civil, contre l’abdication que le Prévôt de Paris avait faite, en avril 1789, du droit de sa place en acceptant la présidence rendue élective de l’assemblée électorale du premier département de la noblesse L
Arrêté pendant la Terreur, son acte d’accusation était dressé le 8 floréal an II (27 avril 1794) par Fouquier-Tinville :
Denis-François Angran d’AUeray, âgé de 78 ans, né à Paris, y demeurant, culde-sac Pecquet, cy-devant lieutenant civil, était prévenu d’intelligence et correspondance avec les ennemis de la République et de propos tendant à l’avilissement et à la dissolution delà Convention Nationaleet au rétablissement de la Royauté.
On relève dans cette pièce que l’accusé, par une lettre écrite et signée de lui, datée du i3 mars 1792, avait fait passer à M. de la Luzerne, son gendre, émigré, 18.000 livres pour lui permettre de vivre, lui et sa famille, à raison de 2.000 livres par mois, jusqu'au mois d’octobre suivant.
Dans la même lettre, le ci-devant Lieutenant civil indiquait au mari de sa fille et au père de ses petits-enfants, le moyen d’éviter le séquestre de ses biens d’émigré. Ces faits, dans l’acte d’accusation, étaient qualifiés :
D'intelligences avec les ennemis de la République tendantà leur fournir des secours en hommes et en argent, pour favoriser l’invasion du territoire français par les despotes coalisés, et favoriser le succès de leurs armes contre la France.
1. Les Elections et les cahiers de Paris en 178g, par L. Chassin, t. II, p. 173.
L'interrogatoire eut lieu le même jour, 8 floréal, et dura l'espace de quelques minutes :
Demande. — S’il n’a pas entretenu de correspondance avec les ennemis de la République.
Réponse. — Jamais, mais qu’il a entretenu une correspondance de lettres avec ses filles qui ne sont point en France, que l’une étoit en Angleterre et l’autre à Bruxelles.
Demande. — S’il a fait choix d’un conseil.
Réponse. — Non. Et lui avons nommé d’office le citoyen Chauveau.
Lecture faite du présent interrogatoire, y a persisté et a signé avec nous :Angran Alleray, Dalsen, R. Josse.
Le jugement fut rendu le 9 floréal an II, c’est-à-dire le lendemain, non pas pour Angran d’Alleray seul, mais pour une fournée de trente-deux personnes accusées des mêmes faits, et qui furent toutes condamnées à mort:
Vu la déclaration du jury faite individuellement à haute et intelligible voix à l’audience publique du tribunal, portant qu’il a existé contre la Liberté et la souveraineté du peuple des conjurations et complots par suite desquels des secours en hommes et en argent ont été fournis aux ennemis et des correspondances entretenues avec eux pour favoriser leurs projets hostiles contre la France, des manoeuvres ont été pratiquées pour opprimer le peuple, exciter la guerre civile, dissoudre la représentation nationale et rétablir le despotisme pour... Le tribunal, après avoir entendu l'accusateur public sur l’application de la loy, condamne les dits... à la peine de mort, conformément à l’article 4 du titre Ier de la 2e partie du code pénal dont il a été fait lecture...
Ordonne qu’à la diligence de l’accusateur public le présent jugement sera exé cuté dans les vingt-quatre heures, sur la place de la Révolution de cette ville, imprimé, publié, et affiché dans toute l’étendue de la République. Fait et prononcé le 9 Florial l’an deuxième de la République, à l’audience publique du tribunal à laquelle siégeaient les citoyens René-François Dumas, Président ; Gabriel Deliège et Antoine-Marie Maire, juges, qui ont signé le présent jugement avec le commis-greffier. Signé : Dumas, Deliège, Maire, Ducret, commis-greffier l.
On n’examine pas sans frémir ces quatre signatures, fignolées, pleines, assurées, sereines, si l’on peut dire, qui venaient d’envoyer à la guillotine trente-deux personnes.