‹ VaugirardChapitre 51 sur 244 · Archives Nationales. W ib · texte numérisé non relu

Archives Nationales. W ib

L’exécution eut lieu le même jour à 4 heures du soir *.

Un compagnon d’infortune d’Angran d’Alleray, enfermé avec lui aux Madelonnettes, lui a pieusement consacré une brochure intéressante. M.Delamalle, conseiller d’Etat, indique que le seigneur-patron de Vaugirard possédait, à cette époque, une fortune estimée à 80 ou 100.000 livres de rentes. Déjà incarcéré,il s’était mis dans la tête, malgré ses78ans,de solliciter la défense de Marie-Antoinette. Il avait même préparé son plaidoyer, lu par lui à ses codétenus : MM. de la Michodière, ancien prévôt des marchands ; de Nicolay, président de la Chambre des Comptes; de Crosnes, ex-lieutenant de police.

M. Delamalle prétend, en outre, que Fouquier-Tinville, qui avait été Procureur au Châtelet et conservait respect et admiration pour son ancien Lieutenant civil, aurait posé au condamné cette question pouvant le sauver, à la condition d’y répondre par la négative :

— Ignorais-tu la loi qui défendait d’envoyer de l’argent aux émigrés ?

Mais, ajoute l’auteur, Angran d’Alleray ne voulut pas faire fléchir sa conscience, et répondit que, s’il n’ignorait pas cette loi, il n’ignorait pas non plus celle qui lui commandait de faire vivre ses enfants'2.

1. Un auteur du temps, ou à peu près (1802), a raconté le jugement et la mort d’Angran d’Alleray, en lui attribuant des maximes pompeuses et philosophiques que le pauvre vieillard n’a peut-être jamais songé à débiter. 11 nous paraît inutile de les citer, nous contentant de nous servir, pour cette affaire, des pièces d’archives dont on vient de lire les extraits. Voici le titre de l’ouvrage en question : Procès fameux jugés depuis la Révolution, par N. L. M. Desessarts, Paris, chez l’auteur, rue et place du Théâtre-Français, an X (1802), t. IX, p. 125. — Voir aussi, pour Angran d’Alleray, V Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris, par H. Wallon, 1881, t. III, p. 35o.

2. Notice sur M. Angrand (sic) d'Alleray, lieutenant civil au Châtelet de Paris, mort, condamné révolutionnairement, le 28 avril 1794, par M. Delamalle, conseiller d’Etat. Paris, Renouard, 1826 (B. N. Lnsr 442).

Page 1