Archives Nationales. S
du fait des édits et déclarations en vigueur, défendant aux gens de mainmorte de vendre ou aliéner leurs biens sans une permission expresse du roi1.
Pendant la Révolution, la cure de Vaugirard avait été occupée par des prêtres de nature plus ou moins combative : l’un d’eux eut même la mauvaise chance d’être guillotiné. 11 nous faut citer tout d’abord M. de Préneuf, dont l’existence fut particulièrement troublée.
L’abbé Gilbert-Jacques Martinant de Préneuf, né à Cusset, le 17 février 1757, ancien élève du collège de Fortet, avait été nommé en 1788 curé de Notre-Dame-de- Saint-Lambert. Quand arriva la Révolution, il prêta le serment constitutionnel exigé du clergé, fit partie de la première assemblée municipale et accepta le poste de procureur-syndic delà commune. A cette époque, la paroisse était dans un si grand dénuement, que son curé n’hésitait pas, les 18 novembre 1789 et 20 avril 1790, dans deux lettres fort éloquentes, de faire un appel de secours à l’Assemblée Nationale et en demandant, pour lui, le même traitement que les curés de Paris. Il y fait connaître que non seulement son casuel, mais toutes ses ressources particulières sont engloutis pour le soulagement de la misère de Vaugirard : il paie à ses frais un second vicaire ; abandonne à la maîtresse de l’école de filles, âgée et hors de service, le montant de la fondation ; paie une religieuse, la loge et la nourrit pour tenir la dite école; il est obligé, enfin, de se charger de l’éducation d’un neveu qui lui coûte 5oo livres par année. Et pourtant, ses dépenses personnelles sont presque nulles et « la plus grande frugalité fait l’ornement de sa table ».
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« Si votre justice, ajoutait-il dans sa lettre de 1789, ne vient à mon secours, je n’ai d’autres ressources que de vous offrir la démission de ma cure qui me devient à charge l. »
L’abbé Martinant de Préneuf conserva son poste de Procureur-syndic de la commune de Vaugirard jusqu’au 2 3 septembre 1791. Voyant, à cette époque, comment s’accentuaient les idées révolutionnaires, il fut pris d’un mouvementde recul et regretta les avances qu’il avait faites au régime nouveau. Dans une séance de l’assemblée municipale, il annonça publiquement qu’il annulait son serment et reprenait sa liberté d’action, demandant que sa décision fût enregistrée au livre des délibérations. En même temps, dans une longue lettre à ses paroissiens, il faisait connaître les raisons pour lesquelles il s’élevait maintenant contre le serment exigé des prêtres, encore qu’il s’inclinât devant la Constitution. Il se refusait aussi de reconnaître M. Gobel comme Evêque de Paris, et disait à ce sujet :
M. Gobel était appelé de Dieu pour être évêque de Lydda. Il a reconnu luimême, au mois de juin 1789, que l’Église seule avait le droit de destituer et d'instituer. L’Église n'a pas destitué le légitime pasteur de Paris, la chaire de saint Denis n’était pas vacante ; elle ne l’a pas institué lui-même ; le souverain pontife réprouve son institution.
Et il ajoutait :
Je termine cette déclaration, mes chers paroissiens, en vous assurant que j’aime ma patrie autant que celui qui l’aime le plus; je serai fidèle à la nation, à la loi, au roi, et je maintiendrai la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par le roi, ainsi que je viens de vous le déclarer, en exceptant expressément tout ce qui concerne le spirituel ; vous deviez attendre cette déclaration de votre pasteur.
1. Voir pièce justificative n» 8. (La lettre du 25 avril 1790 est aux Archives Nationales. DX1X, §2, 52, n° 109.)
Plus loin, faisant allusion à son départ forcé de la paroisse, il disait :
Maintenant je vous remets entre les mains de Dieu, je vous confie à sa grâce toute-puissante. Je vous avertis cependant que Dieu vous ordonne d’obéir aux puissances; respectez toujours ceux qu’il a préposés à votre tête ; obéissez-leur en vue de Dieu ; et pensez que ce seroit vous rendre coupable devant lui, que de ne pas leur obéir.
Mais il est aussi de mon devoir de vous avertir que vous ne pouvez reconnaître d’autre pasteur que moi, tant que Dieu ne m’aura pas appelé à lui, ou que je ne me serai pas démis légalement des fonctions que j’ai reçues de Dieu et de l'Église. Toutes fonctions qu’un autre remplira en ma place, seront frappées de stérilité, exceptés le Baptême et la Pénitence à l’heure de la mort1.
Remplacé à la cure de Vaugirard par un prêtre constitutionnel, Pierre Bernard, et ensuite, en 1793, par un autre prêtre du nom de Gilbert Bourdeaux, M. de Préneuf se réfugia à Paris, où il était bientôt arrêté et conduit aux Prémontrés. Mis en liberté peu après, il émigrait au mois de septembre 1792 et réussissait à gagner les Flandres.
Après la tourmente et dès l’année 1800 il songea à rentrer en France. Dans un acte notarié, destiné certainement à cet effet, passé devant Drugeon, les 12, i3, 14, i5 et 16 floréal an VIII (2 à 6 mai 1800), un grand nombre d’habitants de Vaugirard reconnurent que Martinant de Préneuf : « avait toujours exercé avec satisfaction les devoirs de son état »,et qu’il n’avait quitté la France que pour se dérober aux poursuites des terroristes2.
Dans le même fonds se trouve une procuration, dressée à Donaustaüf, le 18 mars 1800, devant le greffier de l’Evêque de Ratisbonne, par laquelle Martinant de Préneuf donne pouvoir
1. Lettre et déclaration de M. le curé de Vaugirard à ses paroissiens. A Paris imp. Crapart, place Saint-Michel, n° 129, 1791, in-8 3o pages. (Bibl. Nationale. Ld‘ 7558.)