Archives de la Seine. Domaine. Carton 173, dossier
L'idée de construire une église nouvelle à Vaugirard était depuis longtemps l’un des plus vifs désirs des habitants. Il ne put, néanmoins, et pour des raisons budgétaires, en être question avant la mort de l’abbé Groult d’Arcy, conseiller municipal de la commune, qui, dans son testament, avait pris les disposi tions nécessaires et financières pour cette édification .
Dans la séance du Conseil Municipal du 3 novembre i8q3, le maire, M. Brûlé, annonçait la mort de l’abbé à l’assemblée, survenue le 18 août précédent, à Vichy, où il était allé prendre les eaux, et donnait en même temps connaissance de divers legs faits par le défunt à la commune.
A propos de la nouvelle église, pour laquelle M. Groult avait pris d’importantes dispositions, la déclaration suivante était adoptée :
Le Conseil, considérant que l’église actuelle, qui n’était dans l’origine qu’une chapelle, ne peut être agrandie à cause du mauvais état de sa construction, et de sa position déjà trop en saillie sur deux voies publiques.
Considérant que malgré les trois tribunes pratiquées par les soins de la fabrique, cette église est loin de répondre aux besoins de la population.
Considérant que les jours de fête l’affluence est tellement grande, que les plus petites places sont envahies; que les cérémonies du culte ne peuvent s’observer avec la dignité convenable; que l'ordre est troublé; que la santé des assistants est compromise, et que des accidents ont souvent lieu à cause de l’extrême élévation de la température.
Considérant enfin que depuis longtemps l’administration se préoccupe des moyens de construire une nouvelle église, et qu’il est urgent de se mettre en mesure de profiter de l’offre qui est faite d’un premier secours pour arriver à l’accomplissement d’une œuvre si importante et si désirée par toute la population.
Le Conseil, par acclamation, est d’avis d’accepter de M. Groult, l’un des anciens membres, d’honorable mémoire, le legs qu’il fait, soit d’une portion de terrain dans sa propriété pour la construction d’une église, soit d’une somme de neuf mille francs, pour aider à en construire une dans une autre localité.
Et vu la condition imposée de commencer la construction dans l’année qu suivra immédiatement le décès du testateur, lequel décès a eu lieu le 18 aoû dernier, le Conseil prie M. le Maire de faire toutes les démarches, toutes les diligences possibles auprès de l’exécuteur testamentaire ef du légataire principal à
l’effet d'obtenir la délivrance du legs, et, préférablement aux 9.000 francs, le terrain là où il a été demandé par l’administration attendu la difficulté et peut-être l’impossibilité de trouver un autre emplacement dans le court délai prescrit par le testateur. Le Conseil prie également M. le Maire de s’occuper et de lui proposer des voies et moyens de parvenir à la construction de la dite église, comme aussi de solliciter des secours auprès de l’administration supérieure1.
La propriété de l’abbé Groult, de laquelle il concédait une partie pour construire l’église, était indiquée, en 1841, sous l’adresse : Route Royale n° 189. Il y avait même reçu, le 16 août de cette année, une injonction itérative du Sous-Préfet, d’avoir, dans les trois jours, à démolir le mur qui menaçait de s’écrouler sur la voie publique2.
C’est dans le codicille ci-après, daté du 10 septembre 1839, que l’on trouve les dispositions testamentaires concernant la nouvelle église :
J'ai légué par un de mes codicilles précédents à Mgr Bonamic, archevêque de Calcédoine (in partibus) ma propriété de Vaugirard, entr’autres conditions je lui ai imposé celle de donner un tiers d’arpent de mon terrain dans la partie de ce terrain qu’il désignerait lui-même, pour y bâtir une église, dans le cas où on se déciderait à en bâtir une. Par le présent codicille je lui donne après ma mort, la faculté de ne point donner le tiers d’arpent de terrain dont il est question, mais à la condition de donner en place une somme de 9.000 francs une fois payée, pour contribuer à la construction d’une église, si on se décide à en bâtir une. Je laisse à son choix de donner le tiers d’arpent de terrain ou la somme de neuf mille francs, pourvu toutefois que la construction de cette église commence dans l’année qui suivra immédiatement mon décès. Mais dans l’un et l’autre cas je veux être compté parmi les fondateurs et bienfaiteurs de la susdite église, puisque j’impose à mon susdit légataire la charge de fournir la mesure de terrain ci-dessus ou la somme ci-dessus 3.
Dans la séance du 16 mai 1846, le Conseil Municipal de
1. Archives de la Seine. Carton de Vaugirard. DG. Nota : Le légataire principal de M. Groult était Mgr Pierre-Dominique Bonamie, archevêque de Calcédoine (in partibus), supérieur de Picpus, demeurant à Paris, i5, rue Picpus. Et son exécuteur testamentaiie, M. Leboucher, propriétaire à Angers, demeurant à Paris.
3. Archives de la Seine. Registre n° 2 des délibérations du Conseil Municipal de Vaugirard.
Vaugirard adoptait le devis présenté par M. Naissant, architecte, et fixait les dispositions générales du monument :
L’an 1846, le 16 mai, le Conseil municipal de Vaugirard, régulièrement convoqué, s’est réuni dans la salle principale de la mairie, pour les travaux de la session de mai. Étaient présents : MM. Ganda, Beaumont, Leroy, Fauveau, Fenoux, Degouy, Perrot, Raby, Liard, Lafaurie, Marguerie, Laroze, Mène, Jourdain, Valette, Gautier, Joyeux, Piatier et Brûlé, maire, président.
M. le Maire met sous les yeux du Conseil, les plans, coupes, élévations et devis de l'église à construire. Puis il donne lecture du rapport dressé à ce sujet par M. Naissant, architecte.
On voit que le plan, emprunté aux dispositions générales des églises du moyen âge, permettra aux fidèles et aux processions de faire le tour du choeur.
A droite et à gauche seront deux chapelles formant les bras, et qui seront consacrées à des saints sous l’invocation desquels sera placée l’église.
Au fond sera la chapelle de la Vierge.
A l’entrée seront les chapelles des Fonts et des Trépassés.
La façade, tournée vers la rue de Vaugirard, comprend le clocher, dont l’élévation est de 3o mètres sous la croix, hauteur qu’il sera facile d’augmenter, si on le juge convenable.
Enfin la contenance totale de l’église est calculée pour recevoir de 14 à i.5oo personnes.
Il résulte du devis que la dépense est évaluée à une somme totale de 324.264 fr. 43 divisée comme suit : terrassements : 1.374 fr. 40; maçonnerie, 249.282 fr. 70; charpenterie, 18.211 fr. 82; couverture, 9J60 fr. 55; menuiserie, 9.737 fr. ; serrurerie, 13.848 fr. 5o; sculpture, 2.33 1 fr.; peinture et vitrerie, 3.504 fr- 20 î pavage, 1.173 fr. 10; honoraires et direction, 15.441 fr. 16. Total : 324.264 fr. 43.
Après examen, le Conseil approuve les plans et le devis de l’église projetée.
Fait et clos en mairie, les jour, mois et an susdits.
Et MM. les membres présents ont signé *.
Il ne restait plus, pour la municipalité de Vaugirard, qu’à trouver dans ses ressources cette somme importante de 324.000 francs. Le tableau des voies et moyens fut dressé lans la séance du 8 août 1846 et établi de la façon suivante : Legs de M. l'abbé Groult, 10.000 francs; don de la fabrique, 10.000 francs; dons particuliers, 10.000 francs; préèvement de 6.000 francs sur les fonds libres pendant six ans :
36.000 francs; prélèvement de 12.000 francs sur l’octroi des viandes pendant six ans : 72.000 francs; vingt centimes additionnels pendant six ans, sur les quatre natures de contributions: 120.000 fr. ; revente des matériaux de l’église ancienne à démolir, 12.000 fr.; secours de l’Etat, 54.000 fr. ; total général : 324.000 francs1.
Il nous faut dire que, dans la séance du 5 septembre 1846, et après certaines objections du Sous-Préfet, plusieurs modifications furent apportées à ce tableau des voies et moyens, mais sans changement sur le total général.
La contribution volontaire des habitants produisit une somme de io.36o francs. Nous relevons les noms suivants sur la liste lue par le maire dans la séance du Conseil Municipal du 3 novembre 1846 :
Poiloup, chef d’institution, 6000 francs; Brûlé, maire,
1.000 francs; vicomte Pernetty, pair de France, 100 francs; Vve Couchet, propriétaire, 5oo francs; Ganda, adjoint, i5ofr. ; Beaumont, adjoint, 5oo francs; Hersen, curé, 1. 000 francs; Gleizel, propriétaire, 100 francs; Blériot père et fils, 160 francs; VveFontange, 100 francs; Brispot, premier vicaire, 100 francs; Vve Bellamy, 200 francs ; Pargueil, deuxième vicaire, 100 fr. ; Seguin, propriétaire, 100 francs; Charpentier, i5o francs; Bergeron, propriétaire, 100 francs; Vergniaud, directeur de la Compagnie des Eaux, 5o francs ; plus quelques sommes de 5, 10, 20 et 5o francs2.
L’un des premiers actes de la municipalité, après la proclamation de la République de 1848, fut la mise en train immédiate de la nouvelle église. Il s’agissait, en effet, de concilier ces deux choses : donner du travail aux ouvriers qui en man-
quaient, et construire un monument réclamé par la population. Dans sa séance du 17 avril 1848, le citoyen maire Thiboumery, assisté du citoyen délégué à la sous- préfecture de Sceaux, proposa au Conseil d’accepter les 340 mètres de terrain ollerts par les citoyens Fenoux et Guillot, pour compléter la superficie nécessaire, et de voter les travaux jusqu’à due concurrence des secours promis. Ces motions furent adoptées et aussi celle tendant à surseoir, en raison des événements politiques du moment, à percevoir la surimposition autorisée sur les droits d’octroi et les viandes de boucherie et de charcuterie l.
Préalablement, un arrêté du 18 mars 1848, signé de Ledru- Rollin et de Jules Favre, avait accordé les crédits nécessaires pour commencer les travaux. Ceux-ci furent adjugés, le 23 juin de la même année, à i\l. Houel, avec M. Naissant comme architecte2.
Au cours de l'année i852, des travaux supplémentaire étaient votés par le Conseil Municipal pour obtenir une plus solide construction des voûtes, pour surélévation des deux chapelles situées aux extrémités du transept, et pour que la façade de l’édifice fût plus en harmonie avec le style intérieur. Ces modifications, demandées par le Conseil des Bâtiments civils et s’élevant à la somme de i22.56o francs, furent adoptées dans la séance du 12 mai i8523.
D’après les décomptes définitifs arrêtés par M. Naissant, architecte, le total de la dépense pour les travaux de construction s’éleva à 525.208 fr. 61.
i Archives de la Seine. Registre n” 3 des délibérations du Conseil Municipal de Vaugirard.
2. Le Nouveau Paris, par Emile de Labedollière, 1860, p. 232.
3. Archives de la Seine. Registre n° 4 des délibérations du Conseil Municipal de Vaugirard.
Nous avons relaté plus haut la mort de M. l’abbé Groult d'Arcy, survenue en 1843. Temporairement, du moins le Conseil Municipal le croyait-il, il avait été inhumé dans le cimetière paroissial de la rue Lecourbe. En 1864, lorsque la nouvelle église fut à peu près terminée, la municipalité songea à y déposer les restes mortels de celui qui avait contribué à sa construction.
Dans la séance du 16 mai nous trouvons une intervention du maire Thiboumery concernant cet objet :
M. le maire dit qu’il lui paraît inutile de rappeler au Conseil les titres de M. l’abbé Groult à cette distinction honorifique. Personne n’ignore que M. l’abbé Groult, décédé le 18 août 1843, avait par une clause de son testament daté du i5 novembre 1 838, légué à la commune un tiers d’arpent à prendre dans sa propriété pour servir à la construction d’une nouvelle église, ou une somme de 9.000 fr. ; de plus 10.000 fr. pour bâtir une maison d’école tenue par des religieuses pour l’instruction des jeunes filles pauvres et 700 fr. de rentes perpétuelles pour l’entretien de ladite école. M. l’abbé Groult est incontestablement un des bienfaiteurs de la commune, le Conseil l’a reconnu plus d’une fois déjà et notamment lorsqu’il a été encore question de sa sépulture l’année dernière, séance du i5 novembre dernier, dans laquelle il s’exprimait ainsi :
« En ce qui touche cette sépulture, le Conseil et l’Administration déplorent ce provisoire regrettable et sont d’accord pour le faire cesser aussitôt qu’ils en jugeront le moment opportun. »
La délibération suivante fut adoptée :
Le Conseil, sur la proposition de M. le maire, et à l’unanimité, est d’avis que l’autorité supérieure veuille bien donner l’autorisation nécessaire pour que les restes mortels de M. l’abbé Groult d'Arcy soient déposés dans un des caveaux de la nouvelle église *.
L’abbé Groult ne devait pas avoir les honneurs réclamés pour lui par ses anciens collègues du Conseil Municipal : le ministre refusa tout net, s’abritant derrière la loi du 2 3 prai-
1. Archives delà Seine. Carton de Vaugirard M2-M4, et registre n” 4 des délibérations du Conseil Municipal de Vaugirard.
VAUGIRARD i39
rial au XII interdisant d’inhumer dans les édifices où les fidèles se réunissent pour l’exercice du culte1.
La remise de la nouvelle église de Vaugirard eut lieu en 1 853; mais étant alors dépourvue d’ornementations et du mobilier necessaire, il ne put alors être procédé à son inauguration. Cette cérémonie se célébra le 19 juin 1 856 et donna lieu à des fêtes importantes. Des décorations de mâts et de banderoles avaient été installées dans la rue y conduisant. Un nombreux clergé était venu de Paris et des localités voisines. L’Archevêque de Paris, Mgr Sibour, était entouré de ses prêtres, et le Préfet de la Seine Haussmann faisait partie du cortège. A l’issue de la cérémonie un grand banquet, offert par le Conseil Municipal dans l’école voisine, avait réuni l’Archevêque, le Préfet et les personnages de marque2.
Pour la tenue de ces agapes, le Maire avait reçu du Conseil Municipal une somme de 2.000 fr. et 1.000 fr. de la fabrique3.
Il est intéressant de rappeler que le décret du 28 juillet 1866 déclara d’utilité publique l'agrandissement de l’église Saint- Lambert, et le dégagement de ses abords, par l’acquisition des immeubles situés rue Blomet nos 117 a 1 25, et partie de l’immeuble n° 127, estimés à la somme de i5o.ooo. Mais il ne s’agissait plus alors delà pauvre municipalité de Vaugirard, qui avait cédé la place à l’opulente ville de Paris4.
Pendant la Commune de 1871, le 26 avril, une grande réunion féministe se tint dans l’église Saint-Lambert, sous le nom de réunion du Club des femmes palrioles. La séance
2. Vaugirard en i85g, par Jules de Lamarque. Paris, Lallemand et Lépine, i85g,
3. Archives de la Seini. Registre n° 4 des délibérations du Conseil Municipal de Vaugirard.