‹ VaugirardChapitre 74 sur 244 · Archives Nationales. Q · texte numérisé non relu

Archives Nationales. Q

Sous le règne de Louis-Philippe, le collège de M. Poiloup jouissait d’une réputation considérable et comptait, parmi ses élèves, les enfants des plus grandes familles de France1.

En 184801 1849, l’immense établissement était vendu aux Pères Jésuites qui y installèrent le collège de Ylmmaculée- Conception, dont le fonctionnement dura sans interruption et, il faut le dire, dans la plus grande notoriété, jusqu’à la loi du 7 juillet 1904 interdisant l’enseignement aux congrégations.

Depuis, et n’est-ce pas comme une amère et incohérente ironie, l’ancien établissement des Jésuites, mis en liquidation en vertu de la loi ci-dessus, était loué à titre précaire, par le liquidateur Ménage, à Mgr Amctte, Archevêque de Paris, pour l'installation du séminaire, expulsé lui-même de son logis !

Les Jésuites avaient apporté de nombreuses modifications à l’ancien collège Poiloup, tout en respectant, néanmoins, les vieux bâtiments. La grande salle fut inaugurée en 1866 et, en 1869, on construisit, à l’ouest, une aile immense en bordure de la rue Lacretelle. En 1870, l’aile orientale fut commencée et terminée seulement en 1872, en raison de la guerre et de la Commune. Un petit collège avait aussi été édifié sur la hauteur du parc, dans la profondeur des jardins. A cette époque, le passage souterrain reliait le grand collège à une annexe, dite la maison de Saint-Joseph, occupée par une petite division. On y comptait également, construites dans les jardins, deux autres annexes séparées, dites de Saint-Stanislas et de Saint-Louis.

Pendant le siège allemand, le collège de l’ Immaculée-Conception était transformé en caserne et logea 600 mobiles bre-

BARRIÈRE DE SÈVRES, de l’enceinte des Fermiers Généraux D’après l’aquarelle de Palaiseau, exécutée vers t8»9

tons; on y soigna aussi des blessés de l’armée du Rhin et du siège de Paris.

Sous la Commune, le 4 avril 1871, les scellés étaient apposés partout, et 1600 Vengeurs de Flourens s’y installaient, avec un administrateur délégué par le pouvoir central, et qui se nommait Victor Grélier. La fonction de ce dernier était de répartir dans les différentes ambulances de Paris l’immense mobilier du collège de Vaugirard, mobilier qui fut d’ailleurs en partie retrouvé, grâce à la comptabilité de ce fonctionnaire, insurrectionnel, mais méthodique et précis. Les dégâts causés par les deux sièges étaient promptement réparés, et la rentrée d’octobre 1871 pouvait se faire dans les conditions les plus normales1.

Dans son rapport du 2 3 octobre 1880, adressé au Conseil Municipal, sur les dépenses des cultes, M. Jules Roche, Conseiller Municipal, donnait les renseignements suivants sur la maison de Vaugirard appartenant à la Congrégation non autorisée des Jésuites : Noms des contribuables portés au rôle : Lelasseur, Société civile et Carrière. Situation des immeubles : rue de Vaugirard 364, 38o, 38 1 , 389, 391, et rue Desnouettcs 1, 3. Nature des immeubles : maisons, cours, jardins. Contenances : 5 hectares 56 ares 67 centiares. Revenu cadastral : 106.400 francs. Valeur locative : 159. 5oo francs. Valeur ‘vénale : 2. 858. 000 francs. Commerce et profession : chef d’institution. Patentes : 80 francs.

Sur une gravure au trait, 24 X 16, représentant l’établissement, on lit que la planche de cette épreuve a été placée dans la première pierre du bâtiment neuf construit en 1824 aux

1. Souvenirs de Vaugirard. Mon journal pendant le siège et pendant la Commune, 1870-1871, par le professeur Edouard Prampain de la O de Jésus, Paris.

irais de l’abbé Poiloup. La pièce porte : F. M. Lemaire, architecte; Dulompré, sculp.

Une lithographie 40X21, représente l'institution, avec ce texte: Souvenir de l’ancienne Institution de M. l’abbé Poiloup à Vaugirard. Imp. Lemcrcier, Paris.

11 existe aussi une autre lithographie, q3 x 3o, intitulée ; Ecole libre de l’Immaculée-Conception-Vaugirard. Bachelier, del. et lith.

Voici, enfin, un dessin de Darjou, gravé sur bois par Daudenarde, daté de septembre 1870, montrant les blessés delà bataille de Chàti lion ramenés à l’ambulance de la maison des Jésuites de Vaugirard.

Le collège de Laon avait aussi sa maison de campagne à Vaugirard. Thierry, en parlant des logis de plaisance que plusieurs séminaires de Paris possédaient dans cette localité : « où ils vont communément passer le temps des vacances » dit que : « celle de \a Communauté de Laon est la moins considérable1 ».

Le collège de Laon avait été fondé en 1 3 1 3 par Gui, chanoine de Laon et trésorier de la Sainte-Chapelle, et par Raoul de Presles. Il fut d'abord installé rue Saint-Hilaire et aussi rue du Clos-Bruneau, et était affecté à de pauvres écoliers des diocèses de Laon et de Soissons. En i323 le collège fut séparé en deux : celui de Laon, qui alla rue du Clos-Bruneau, et celui de Soissons ou de Presles, qui resta rue Saint-Hilaire. En i33q, le premier de ces deux établissements passa rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, dans une maison offerte

1. Guide des amateurs et étrangers voyageurs à Paris, par Thiêry, 1787, t. U, p. 63ô.

par Gérard de Montaigu, avocat général au Parlement. Au milieu du dix-huitième siècle, il se composait d'un principal, de douze boursiers théologiens, y compris les quatre chapelains, et de dix-sept boursiers humanistes et philosophes b

La maison de campagne de cette communauté, qu’elle tenait à loyer de Messieurs de Saint-Sulpice, se trouvait exactement située dans les terrains qui s’étendaient entre les rues de Vaugirard et Blomet, à l’endroit où se trouve aujourd’hui la rue Maublanc, qui fut ouverte dans ses jardins. Elle était donc contiguë à l’ancienne mairie de Vaugirard, entre la propriété du Petit Séminaire de Saint-Sulpice, plus tard domaine de M . Groult d’ Arcy, et la place de la Mairie, actuellement place de Vaugirard. Son entrée était dans la Grande Rue.

Le 26 juin 1790, sur le réquisitoire de la Commune de Vaugirard, un inventaire devait être dressé des effets mobiliers de la maison, devant Jacques-Etienne-Philippc Hourier, procureur de la Communauté de Laon. Celui-ci fit connaître que l’immeuble n’appartenait pas à son collège mais à Messieurs de Saint-Sulpice, propriétaires, et qu’il ne contenait que les meubles apportés au moment des vacances1 2.

Le 16 août 1792, les gardes nationaux de Vaugirard se présentèrent à la Communauté de Laon et y arrêtèrent les pères Psalmon, Hourier et Rousseau, religieux, ainsi que plusieurs élèves en soutane. On réunit ces personnes au cortège formé par des Robertinsqui subissaient le même sort, et l’on se dirigea vers la mairie de la localité. De cet endroit, et ainsi que nous l’avons dit plus haut, les prisonniers furent conduits à Paris, par la rue de Sèvres et jusqu’au couvent des Prémontrés de la Croix Rouge, siège de la section. Là,

1. Recherches sur Paris, par Jaillot, 1775, t. IV, 9, Place Maubert, p. 66.

Page 1