Archives Nationales. S
VAUG1RARD
11 nous faut dire que lesThéatins ne furent pas trop inquiétés, à Vaugirard, pendant la Révolution. On ne les comptait pas dans l’arrestation en masse qui avait été faite, le 16 août 1792, des religieux non assermentés des collèges de Laon et de la Communauté des Robertins ; ceux des Trente-Trois et du petit séminaire de Saint-Sulpice y ayant aussi échappé par leur absence. Les scellés ne furent pas non plus apposés dans leur maison comme ils l’avaient été dans celles des quatre congrégations précédentes, alors pourtant, que leurs propriétés, ainsi que nous venons de le dire, étaient vendues comme Biens Nationaux.
Les Petits-Augustins, plus connus sous le nom des Augustins de la Reine de Navarre ou de la Reine Marguerite, possédaient depuis le milieu du dix-septième siècle une maison de repos à Vaugirard.
Marguerite de Valois, première femme de Henri IV, voulant accomplir un vœu formé en Auvergne, lit venir de cette province quelques Augustins déchaussés, qu’elle logea dans son hôtel de la rue de Seine et du quai Malaquais. En 1606, elle achetait pour eux la maison et les jardins des Frères de la Charité, emplacement actuel de l'Ecole des Beaux-Arts, et leur assurait 6.000 livres de rente. Les Augustins d’Auvergne ne devaient jouir de sa faveur que jusqu’en i6i3, année pendant laquelle la reine les remplaça par des Augustins réformés de la province de Bourges. On appelait ces religieux les Petits-Augustins , par opposition aux Grands- Augustins, qui étaient du même ordre mais n’avaient pas embrassé la Réforme1.
1. Recherches sur Paris, par Jaillot, 1775, t. V, qu. Saint-Germain-des-Prés, p. 5.
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Nous avons le contrat d’acquisition, daté du 2 3 mai 1 653, de la maison de campagne des Petits-Augustins à Vaugirard, et nous pouvons, grâce à lui, en fixer à peu près l’emplacement. Elle était située dans la grande rue de Vaugirard, à droite en sortant de Paris, et proche l’ancienne Eglise Saint-Lambert. Sa façade tenait, par devant, à ladite grande rue et, par derrière, à la rue Blomet. L’acte dont il s’agit lui avoisine également un chemin de la Procession , qu’il ne faudra pas confondre avec la rue de la Procession actuelle située à gauche de la rue de Vaugirard. Il y avait vraisemblablement, en i653, un chemin de la Procession inconnu aujourd’hui, et qui était celui-là.
Voici un extrait du contrat donnant la description et l’origine de l’immeuble :
Devant Jacques Rallu et Étienne Paisant, notaires gardes nottes du Roi, Baptiste de Mongé, marchand bourgeois de Paris, et Marie Poulitte sa femme, demeurant rue de la Barillerie, paroisse Saint-Pierre-des-Arcis en la Cité, ont vendu aux Religieux, prieur et couvent des Augustins du faubourg Saint-Germain, représentés par frère Jean Mauroy, prieur, une maison située au village de Vaugirard, proche l'Église dudit lieu, contenant un corps de logis composé d’une grande cour dans laquelle il y a un puits, une petite salle, une étable à vaches à côté, trois chambres hautes, une cuisine dans laquelle il y a un four, une grange à côté de la maison sous laquelle il y a une cave, un grenier au-dessus desdites chambres, une petite écurie à chevaux et un toit à porcs à côté de ladite cour, un jardin derrière ledit logis et un clos attenant ledit jardin, le tout clos de murs, laquelle maison aboutit par derrière au chemin de Blomay, par devant sur la grande rue de Vaugirard ; plus cinq quartiers de terre labourable en deux pièces situées proche lesdits jardin et clos entre les deux pièces, l’une desdites pièces tenant d’une part au chemin de la Procession, d’autre à Messieurs de l’Abbaye Saint-Germain-des-Prés et au chemin de Blomay ; l’autre pièce tenant également aux Messieurs de Saint-Germain et au chemin de Blomay. La maison appartenait aux vendeurs comme héritiers de Philippe de Mongé, en son vivant tailleur et valet de chambre du Roi, et de Jeanne Du Breuil, leur père et mère, les quels l’avaient acquise de Philippe Boutin, MT Carrier, Philippe et Pierre Boutin et Jean de La Salle, par contrat devant Tulloux et Fivet, notaires au Châtelet, le 26 mars 1622, et le clos, de Alexandre Pannage, laboureur, et Marguerite de La Salle, sa femme, par contrat devant Dostriche
et Fivet, notaires, du 9 juillet 1639. Ladite maison dans la censive de l’Abbaye de Saint-Germain-des-Prés, à laquelle elle doit le cens, et encore chargée de 18 sols tournois de rentes envers l’Église de Vaugirard.
Ladite vente faite à la charge des dits cens et rentes et en outre moyennant la somme de trois mille livres '.
Dans une autre pièce du dossier, qui est une déclaration faite à l’abbaye de Saint-Germain, on voit que, pour agrandir leur domaine, les Augustins avaient acquis quatre toises de terre à Pierre Dorges et à Marguerite Bordier, sa femme, le i5 février i633, lesquelles ils incorporèrent à leur jardin. Ils achetèrent aussi, les 21 février et 17 août 1693, de Jean Potgay et de Marguerite Camus, sa femme, une autre maison :
Sise sur ladite grande rue de Vaugirard, au delà de celle ci-dessus recogneue, du costé de l’église paroichialle, ou estoit autrefois pour enseigne le chef de Sainl-Jean-Baptiste, consistant en un corps de logis, une boutique, salle, four, chambre haute et basse et grenier dessus, et grange, écuries, avec un petit jardin au bout et le long desdits bâtimens, une cour en laquelle on entre par une grande porte cochère *.
Dans la déclaration des biens faite à l’Assemblée du Clergé de France, en vertu delà délibération du 12 décembre 1726, on voit que le domaine des Petits-Augustins n’était pas en un parfait état d’entretien :
Village de Vaugirard. Une petite maison où les Religieux vont quelquefois se promener, avec un jardin, situés dans la paroisse et le village de Vaugirard. La maison et le jardin occupant environ trois arpens de terrain, produit : rien. Parce qu’une partie de ladite maison qui étoit cy devant louée à Bongort pour la somme de soixante-dix livres, tombant en ruine et le couvent n’étant pas en état de la faire rebâtir, on a été contraint de faire signifier au locataire qu’il eût à déguerpir, crainte d’accident.
Plus quatre arpens de terre labourable dépendant de ladite maison, affermés à Bongort, habitant de Vaugirard, par acte du tô avril 1721, un louage de 37 livres 10 sols par an1 2 3.