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Si nous rapprochons ces deux indications nous voyons qu’il ne peut s’agir que de la maison des seigneurs-patrons, dont il a été question dans notre chapitre de l’Eglise Saint- Lambert, et qui se trouvait dans la grande rue de Vaugirard, à gauche en sortant de Paris, près de la maison des Trente- Trois, et ayant ses jardins vers la rue des Tournelles, actuellement partie de la rue Olivier de Serre.

Et Thiéry corrobore encore cette identification, en disant également que la maison de campagne des Trente-Trois était située au-dessus de l’hospice de santé. Il existe, d’ailleurs, un autre renseignement permettant d’établir, ou à peu près, cette concordance :

Nous avons dit, en effet, que la maison des seigneurs-patrons avait été réunie à ses jardins et clos par Mathias Maréchal, en 1627, à l’aide d’une galerie souterraine passant sous la rue des Tournelles. Or, le Journal de l'abbé Mulot, que nous mentionnons plus loin, dit que la maison principale de l’hospice de santé est séparée de ses vastes jardins par une grande voûte. Que pourrait être cette voûte, sinon la galerie de Mathias Maréchal ?

Il nous paraît donc vraisemblablement démontré que l’hospice fondé par Le Noir était bien situé, là où nous le plaçons d’après les déductions tirées des auteurs cités, c’est-à-dire dans la grande rue de Vaugirard, entre les rues actuelles Dombasle et de l’Abbé-Groult. Et si nous voulions préciser, nous dirions que le percementde la rue Victor-Duruv, en 1902, a dû être tracé sur ses anciennes dépendances.

L’abbé Mulot, prieur de l’Abbaye de Saint-Victor, visita cet établissement le i5 janvier 1782. On en trouve, dans son Journal, publié par M. Maurice Tourneux, une description spirituelle et primesautière. Parlant des malheureuses mères de

famille hospitalisées, atteintes, elles et leurs enfants, du terrible mal, il dit avec amertume :

Les femmes qui y étoient aujourd’hui, étoient, pour la plupart, de ces femmes d’artisans qui ont gagné cette horrible maladie avec leurs maris. Ces hommes infidèles vont boire à nos guinguettes avec la lie des filles publiques et, tout souillés de ce commerce infâme, vont souiller la couche conjugale et donner à leur épouse fidèle et à leurs enfants une maladie horrible, triste fruit de leur libertinage.

Un établissement de ce genre, ajoute-t-il, vaut le gain d’une bataille, et honore grandement son fondateur, qui répare ainsi en partie l’un des maux les plus cruels que la volupté cause à l’humanité !

Le visiteur, sous la conduite de M. Agnon, directeur, examine la maison du haut en bas, s’extasie sur la bonne tenue, la propreté, la nourriture et la bonne mine des malades. Pénétrant dans les dépendances, il y tient ce petit colloque avec son cicérone :

Je vis dans le second jardin une salle d’arbres très agréable et un autre endroit où un vieux buis entretient une éternelle verdure. Je fis remarquer à M. Agnon que l’allée étoit agréable.

« Elle ne subsistera pas » m’a-t-il répondu ; moi de lui demander pourquoi ? « Eh! Monsieur, reprit-il, dans un hôpital, tout doit être pour l’utile et rien pour l’agréable ». A ces mots bien simples, je fus tenté de sauter au col de ce directeur vraiment ami des pauvres qu’il gouverne, mais le respect m’arrêta L

Cette conception des hôpitaux est encore de mode aujourd’hui. Nous n’en voulons pour preuve que la Salpêtrière, dans laquelle on a détruit d’immenses et admirables jardins pour y élever des bâtisses qui auraient pu être édifiées ailleurs.

En 1783, Mercier, l’auteur si curieux et si vivant du Tableau de Paris , consacre aussi un long article à l’établissement de

r. Journal intime de l'abbé Mulot, 1777-1782, publié par M. Maurice Tourneux dans les Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris et de Vile de France, t. XXIX, 1902, p. 70.

Vaugirard, et sur les espérances que fait naître la nouveauté du traitement tendant à soigner la mère vénérienne, en même temps que l’enfant vénérien.

Que l’adulte, dit-il, porte la peine de son libertinage ou de son imprudence, on le plaint : cependant il connaissoit le péril; la raison et la morale ne l’ont point arrêté sur le bord du précipice. Mais voir des enfants nouveau-nés attaqués du virus vénérien, et ce fléau rongeur attaché à leur débile enfance ! qui ne verseroit des larmes de compassion, et quel spectacle au monde commande plus puissamment la miséricorde et la pitié 1 ?

On peut juger de l'importance de l’établissement, et de la notoriété dont il jouissait à la lin du dix-huitième siècle, par la description qu’en donne le guide de Thiéry, en 1787, qui ne lui consacre pas moins de quatre pages.

On y lit que cette maison, qui prit bientôt le nom d 'hôpital de Vaugirard , ou d'hospice de Santé , se composait d’une vaste cour donnant sur la rue, et au fond de laquelle se dressait le principal corps de logis. A droite étaient des bâtiments de moindre importance, tandis qu’à gauche se trouvaient la chapelle, la laiterie, la basse-cour, les écuries, les remises, le bûcher et les locaux habités par le personnel. Un grand jardin et un immense enclos ou verger, existaient derrière le bâtiment principal et servaient de promenade pour les hospitalisés. Ils fournissaient, en même temps, les légumes destinés à la nourriture des pensionnaires et du personnel 2.

Le premier chirurgien avait été Sagnier, nommé par M. Le Noir. A sa mort, il fut remplacé par Colon qui était « gagnantmaîtrise » à la maison de Bicêtre. La soeur Joséphine y était ofiieière en 1785 et y possédait une certaine notoriété 3.

1. Tableau de Paris , par Mercier. Amsterdam, 1783, t. VIII, p. 280.

2. Guide des Amateurs et des Étrangers voyageurs à Paris, par Thiéry, 1787, t. 11, p. 638.

3. Archives de l'Assistance Publique. Registres du Bureau des Enfants Trouvés.

En 1787, la maison était sous la direction de M. Colombier, chevalier de l'ordre du Roi, docteur Régent de la Faculté de Paris, censeur Royal et Inspecteur général des hospices civils et des maisons de force du Royaume. L’économe était M. Leleu h

Dans une note très étendue concernant cet établissement, rédigée en mai 1790, et que M. Alexandre Tuetey attribue au médecin Doublet, se trouve l’organisation complète de la maison. On y lit que le plus grand nombre des enfants à traiter venant de l’hôpital des Enfants-Trouvés, celui-ci avait été uni à la maison de Vaugirard en vertu des lettres-patentes du mois de mai 1781 .

Du Ier août 1780, date de l’ouverture, jusqu’au Ier février 1790, 1.959 enfants y furent soignés et sur ce nombre, 3yi seulement sortirent guéris et sevrés, alors que 1 .619 étaient morts, et que 69 restaient dans l’établissement. Cette effroyable mortalité, disait le rédacteur de la note, avait surtout sévi pendant les premières années de la création ; à la fin de cette période, la proportion s’était améliorée et l’on regardait comme certaine la conservation des deux septièmes des enfants reçus.

Pendant cette période, l’hospice de santé avait coûté environ 5oo.ooo livres, somme considérable pour l’époque, et qui amène sous la plume du soi-disant médecin Doublet des conclusions pleines d’amertume et de découragement :

Près de 5oo.ooo livres dépensées en huit ans, n’ont sauvé que 371 enfants, et de ce nombre, la moitié, les deux tiers peut-être, n’atteindront jamais l’âge où la la société pourrait espérer d’eux quelque service. C’est donc sur un tiers, c’est sur ce faible résidu que se trouve concentrée toute la dépense. Que dis-je ? pour le conserver il aura fallu doubler encore cette dépense, et alors quels hommes la

1. Guide des Amateurs et des Étrangers voyageurs à Paris, par Thiéry, 1787, t. II, p. 640.

société aura-t-elle acquis à grands frais ? on en peut juger par la race immorale et abâtardie qui sort des hôpitaux 1 ».

A la note de mai 1790, de laquelle nous venons de parler, est joint un questionnaire intéressant, portant la même date, adressé à l’hospice de Vaugirard par le département des hôpitaux, et dont les réponses apportent un appoint important à l’histoire de la maison. On y lit que cet établissement avait été monté comme un hospice réglé, dès le commencement de 1781, sous la direction de M. Colombier, médecin, et de M. Faguer, chirurgien, dans la maison seigneuriale de Vaugirard louée à cet effet par le gouvernement. Les enfants vénériens de l’hospice des Enfants-Trouvés y étaient envoyés avec un certificat des officiers de santé de cette maison. Ceux du bas peuple, affectés des mêmes symptômes, pouvaient également être admis lorsqu’on les présentait avec un certificat attestant la pauvreté des père et mère, et leur extrait baptistaire.

L’hôpital avait un chapelain chargé de dire la messe fêtes et dimanches, et touchant des honoraires annuels de i5o livres. Les baptêmes et les autres sacrements étaient administrés parle curé de Vaugirard, à qui on donnait 120 livres par an pour les enterrements. L’économe était chargé de ladirection de la police et de la comptabilité de la maison.

Du Ier août iyÔoau ier octobre 1781, l’établissement fut placé sous la direction de la police et du gouvernement; mais, à ce moment, il passa sous l’administration de l’hôpital des Enfants-Trouvés auquel le roi avait accordé, pour ce surcroît, les biens de l’hôpital Saint-Jacques. Le receveur des

1. Archives Nationales. F15 1861. (M. Alexandre Tuetey a reproduit cette note in extenso dans l'Assistance Publique à Paris pendant ta Révolution. Paris, lmp. N*u, 1895, t. I, p. 33q.

Enfants-Trouvés, fournissait donc tous les trois mois à l’économat de l'hospice de Vaugirard, les sommes dont il avait besoin pour le fonctionnement de la maison. Le même receveur payait également certaines dépenses aux fournisseurs ou entrepreneurs, tandis que certains objets de consommation, tels que pain, viande, bois, chandelle, charbon, légumes secs, sels, salines, fromages, riz, pruneaux, drogues de pharmacie, étaient tirés des magasins de l'hôpital général. L’économe rendait compte tous les trois mois à MM. les administrateurs, des deniers qu'il avait reçus b

L’établissement fut supprimé à la suite de la création et de l’ouverture, au mois de mars 1792, de l'hôpital des vénériens de Paris, installé dans l’ancien couvent des Capucins du faubourg Saint-Jacques. Ce fut l’hôpital du Midi, et c’est aujourd’hui l'hôpital Ricord, boulevard de Port-Royal n° 111. On n’y reçut les enfants vénériens que jusqu’en i8362.

1. Archives Nationales. F15 1861. Et: l'Assistance Publique à Paris pendant la Révolution, par A. Tuetey, i8g5, t. I, p. 342.

2. L'Hôpital du Midi et ses origines, parle docteur Pignot, i 885, p. 107.

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