‹ VauvenarguesChapitre 12 sur 37 · Conseils à un jeune homme, j · texte numérisé non relu

Conseils à un jeune homme, j

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quand on était à portée de connaître son caractère, alors il fallait adorer la beauté de son naturel. »

Vauvenargues aimait surtout de Seytres parce qu'il se reconnaissait en lui : « Seytres était né ardent, nous dit-il encore; son imagination le portait au delii des amusements de son âge et n'était jamais satisfaite; tantôt on remarquait en lui quelque chose de dégagé et comme au-dessus du plaisir, dans les chaînes du plaisir même; tantôt il semblait qu'épuisée, desséchée par son propre feu, son âme abattue languissait de cette langueur passionnée qui consume un esprit trop vif; et ceux qui confondent les traits et la ressemblance des choses le trouvaient alors indolent. Mais sa paresse n'avait rien de faible ni de lent; on y aurait remarqué [)lutôt quelque chose de vif et de lier. » Et, ainsi (ju'il arrive lorsqu'on aime, il s'était fait de son ami une image idéale qui se confondait avec son propre idéal : « Tu ne m'as connu qu'un moment; et lorsque nous nous sommes connus, j'avais rendu mille fois en secret un hommage mystérieux à tes vertus.... Hélas, je croyais posséder l'objet d'une si touchante illusion et je lai perdu pour toujours. » Malgré quehpies parties déclamatoires, ce discours funèbre fait honneur à celui qui s'y est éj)anché. Quand Voltaire en prit connaissance deux ans plus tard, il ne s'y tronipa point : « Voilà, dit-il, la première oraison funèbre (|ue le cœur ait dictée; toutes

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les autres sont l'ouvrage de la vanité. » C'était bien, en effet, dans la sincérité de sa douleur que Vauvenargues l'avait composée, et il aurait pu y mettre la belle épigraphe qu'on voit en tête d'un acte de fondation pieuse du xi'^ siècle : « Pro remedio animse mese. — Pour le soulagement de mon âme. j)

Quant à sa pensée, jamais Vauvenargues ne l'avait sentie plus active t[ue jiendant ces deux années de campagne : elle s'était étendue et fortifiée au contact des faits et dans la variété des situations. Le soir, au bivouac ou sous la tente, il avait trouvé le moyen de noter les idées qui lui étalent venues pendant le jour; il avait profité des repos du cantonnement ou de ses loisirs à Prague pour les ordonner et les développer; et il avait ainsi rapporté dans ses bagages un Discours sur la gloire, un Discours sur les plaisirs, les Conseils à un Jeune Iiomuie (tous ces écrits avaient été composés pour de Seytresj, un Parallèle entre Corneille et Racine, un Fragment sur les orateurs et une Méditation sur la foi.

Mais, comme il n'est pas d'cxenq)le (jue l'expérience n'entraîne avec soi quelque désillusion, quand Vauvenargues revint en France, au mois de décembre 1743, un grand changement s'était produit dans les idées qu'il s'était formées jusqu'alors sur le but et la direction de sa vie.

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