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Réflexions sur <lii'ers sujets

DERNIEBES ANNEES. 75

lesquelles on s'impose dans l'ordre positif et on triomphe des obstacles? J'imagine, au contraire, que ses scrupules, sa conscience, sa parfaite sincérité l'eussent mal servi dans son temps. Trop de délicatesse a toujours nui à l'action, et de quelque ardeur qu'on soit animé, on est mal armé pour agir sur un siècle de scepticisme et de frivolité quand on apporte au combat une âme trop pure et trop lière. Comment l'épreuve de la réalité lui eût -elle rendu son rêve ?

C'est dans ces conditions, c'est dans cet état d'esprit que Yauvenargues arriva à Paris vers le milieu du mois de mai 1745. L'exiguïté de ses ressources l'obligeant à l'existence la plus humble, il s'installa dans une modeste maison meublée, l'hôtel de Tours, rue du Paon '.

Il vécut là, fort retiré. On ne le vit ni au café Procope, proche de la Comédie, ni au café Pradot, au quai de l'Ecole, oii les gens de lettres s'assemblaient. L'esprit qui régnait dans ces réunions suffisait à l'en écarter. On ne le rencontra pas non plus dans le monde, dont il se tint toujoui's éloigné , autant i)ar nécessité cpie par goût. Seuls quelques amis, Voltaire, d'Argental, Marmontel, le critique Bauvin, venaient par instants lui tenir compagnie et goûter le charnic de son intimité.

1. Cette rue s'ouvrait alors près du couvent des Cordelicrs, sur rcniplaccnicnt actuel de l'Ecole de médecine.

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Dans sa retraite de l'hôtel de Tours, Vauvenargues réalisa, à défaut du confort matériel, la condition première du bien-être moral, la solitude et le recueillement : loin des bruits du dehors, il rentra dans son âme et se renferma dans sa pensée.

Ainsi, à trente ans, sans instruction sérieuse, avec peu de lecture, il allait se jeter dans la grande lutte qui s'ouvrait alors et qui devait remplir tout le siècle. Mais, à défaut de connaissances apprises et d'études préparatoires, il avait beaucoup vécu en lui-même et beaucoup réfléchi. Et puis, une flamme intérieure, cette fièvre d'action qui le consumait jusqu'au fond de son être, le forçait à agir dans le seul domaine qui lui restât ouvert, celui des idées.

Il se mit donc à l'œuvre, et, reprenant ses notes, développant ses observations, s'essajant à de plus vastes compositions, il publia, au mois de février 1746, sous le voile de l'anonyme, un volume in-12 de moins de 400 pages qui contenait une Introduction à la connaissance de l'esprit humain, des Réflexions sur divers sujets, des Conseils à un jeune homme, des Réflexions critiques sur divers poètes, deux Fragments sur les orateurs et sur La Bruyère, une Méditation sur la foi, enfin une suite importante de Paradoxes mêlés de Réflexions et de Maximes.

Nul succès n'accueillit ce volume à son apparition ; c'est à peine si la presse littéraire s'en occupa. Le

Mercure n'en parla point; le Journal de Trévoux le cita dans ses « nouvelles littéraires » ; le Journal des Savants, plus consciencieux, en donna un compte rendu succinct, un « extrait », comme on disait alors. Marmontel, qui venait de fonder avec Bauvin l'Observateur littéraire ' , fit au livre de son ami l'honneur d'une étude plus étendue, tout en réservant quelque place aux critiques : « Je ne dissimulerai pas, disait-il en terminant, qu'on a trouvé quelques pensées obscures, quelques autres communes et peu intéressantes, et moins de paradoxes que le titre ne semblait en promettre ; mais ceux mêmes qui font ces, critiques sont les premiers à rendre justice à cet ouvrage où ils ont remarqué beaucoup de profondeur et d'invention pour le fond des choses et beaucoup de simplicité dans la manière dont elles sont offertes. C'est là ce qui doit être admiré de nos jours, où tout n'est que superficie, et faire oublier des défauts dont les ouvrages les i)lus achevés ne sont pas exempts. »

Lorsque les Caractères de La Bruyère avaient j)aru, en 1688, ils n'avaient guère trouvé meilleur accueil dans la presse du temps. « L'ouvrage de M. de La Bruyère ne peut être appelé livre que parce qu'il a une couverture et qu'il est relié comme les autres livres. Ce n'est qu'un amas de pensées dét^^

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