‹ VauvenarguesChapitre 22 sur 37 · IbùL · texte numérisé non relu

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vrai dans chaque système, d'envisager tour à tour les différents aspects des choses, d'entrer dans toutes les opinions, d'en [)énétrer le principe et de chercher dans son esprit ou dans son cœur des vues pour les justilier. En tout cas, il fallait, à c{uelque prix que ce fût, prendre parti ; on était imprudent de s'attarder dans le doute, et coupable de s'y complaire; aussi estimait-il j)eu Montaigne dont le perpétuel scepticisme « choquait, disait-il, les âmes impérieuses et décisives «. Vauvenargues a-t-il réussi à combiner dans son œuvre toutes les idées que son expérience ou ses réflexions lui avaient suggérées? Non, certes, et les contradictions y sont nombreuses; mais le mérite est grand d'avoir tenté si passionnément de les concilier.

Telle est, dans ses traits princijjaux, la philosophie de Vauvenargues, si l'on peut donner le nom de philosophie à ces libres effusions d'une âme pure et passionnée; nul système ne condense ces |)ensées ni ne les enchaîne. On en fausserait l'esprit si l'on cherchait à les rajuster en un corps de doctrine ordonnée et méthodique.

\^' Introduction à la connaissance de Vesprit humain est restée inachevée. Les fragments qui la composent ne sont que les premières pierres du vaste édifice dont, au milieu même des agitations de la guerre, Vauvenargues avait ari-èté les grandes

L ŒUVnE DE VAUVEXAlîGUES. 111

lignes *. Il se proposait « de parcourir d'abord toutes les qualités de l'esprit et toutes les passions ^... », « de foi'mer ensuite un système général de toutes les vérités essentielles... », d'indiquer « l'origine des principales erreurs » et de mener

a aux grandes sources des opinions humaines n ^

a Je voudrais encore, disait-il, qu'on prouvât la réalité de la vertu et celle du vice, qu'on expliquât la religion et la morale, que l'on remontât aux principes de l'une et de l'autre, qu'on cherchât dans la connaissance de l'esprit humain la source des coutumes différentes, des mœurs qui nous semblent les plus barl)ares et des opinions qui nous surprennent le plus, alin qu'on ne s'étonnât plus de tant de choses qu'il serait si facile de

1. Un passage du Discours prcltntinairc nous apprend que les bases de ce travail étaient jetées dés l'année 1741, avant le départ de Yauvenargucs pour la campagne de Bohème. « Les passions inséparables de la jeunesse, des infirmités continuelles, la guerre survenue dans ces circonstances, ont interrompu celte étude. » Voltaire s'étonnait n)éme que Yauvenargucs eut été capable de penser et d'écrire dans de pareilles conditions : « Qu'un jeune capitaine au Régiment du Roi ait pu dans les tumultes orageux de la guerre, ne voyant, n'entendant que ses canuirades livrés aux devoirs pénibles de leur état ou aux emportements de leur âge, se former une raison si supérieure, un goût si fin et si juste, tant de recueillement au milieu de tant de dissipations, me cause une grande surprise. » (Note aux Réflexions sur divers sujets.)

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