‹ VauvenarguesChapitre 23 sur 37 · Discours préliminaire · texte numérisé non relu

Discours préliminaire

■i. Plan d'un lii'rc de pliilosopliie.

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concilier et de comprendre. » Sujet immense, qui, il défaut du génie d'un Pascal, eût exigé la vaste et puissante intelligence d'un Leibniz, la forte dialectique et la belle méthode d'un Locke.

Yauvenargues, d'ailleurs, ne se faisait pas illusion sur la grandeur et la difliculté d'une pareille entreprise : « Une longue vie suffirait à peine à l'exécution d'un tel dessein ». Mais c'est précisément la vie qui lui a manqué d'abord, et il est mort sans avoir éprouvé si l'œuvre qu'il méditait était à la mesure de ses forces. En attendant, les matériaux qu'il avait réunis par l'expérience ou par l'observation gisent là, épars, incomplets, à peine ébauchés, semblables à des ruines : Pendent interrupta.

Les autres morceaux, plus développés, plus achevés, qui sont sortis de sa plume, tels que le Discours sur la gloire, les Conseils à un jeune homme et le Discours sur les plaisirs, ne sont pour ainsi dire que des écrits de circonstance, destinés non pas au public, mais à un lecteur déterminé (de Seytres), et appropriés à l'état particulier de son âme. Loin d'y voir des traités didactiques, je les comparerais plutôt à ces exhortations familières, k ces belles consultations morales qu'un Cicéron, un Sénèque adressait à ses amis, et qui, dans un petit nombre de pages, sous une forme simple et libre, exposaient quelque haute vérité philosophique.

L ŒLVRK DE VAUVKXARGUES. 113

Dans le reste de son œuvre, Vauvenargues n'a guère fait que généraliser ses impressions intimes. Ses Maximes, qui en sont la partie la plus achevée, ne sont, sous une forme impersonnelle, que l'histoire de son cœur, le journal secret de son état intérieur. L'épigraphe qui se lit en tête des Pensées de Marc-Aurèle, Ta £t; ly/jTov, leur conviendrait parfaitement. En réunissant sous le même titre ces deux manuels de la vie morale, on ne marquerait pas seulement le caractère subjectif c[ui leur est commun : on les associerait dans une égale estime; car ils renferment la révélation tout entière de deux âmes exquises et supérieures. Malgré la différence des temps et des idées, un même souffle les traverse, parfois un même sentiment les anime, comme si l'homme laissait quelque chose de sa pensée dans les pays où il a aimé, rêvé, souffert, et que Vauvenargues, faisant campagne aux mêmes lieux où seize siècles auparavant le divin empereur guerroyait contre les tribus germaniques, y avait recueilli le plus pur parfum de sa grande âme et s'en était insjjiré.

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