‹ VauvenarguesChapitre 24 sur 37 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ORIGI.NES MORALES ET LITTERAIRES DE VAUVEXARGUES. SA PART DA>S LŒUVRE DU XVIIl" SIECLE; VAUVEXARGUES PRÉCURSEUR DE ROUSSEAU. JUGEMENT SUR SON ŒUVRE ET SUR SA VIE.

Si la critique ne rend i)lus d'arrêts de principe, il lui reste quelque chose encore des droits de juS' tice distributive qu'elle exerçait souverainement autrefois. Si elle se refuse à prononcer sur le mérite abstrait des œuvres, elle peut connaître encore de leur valeur utile; elle peut déterminer ce dont elles ont enrichi la littérature du pays oii elles sont nées, et ce qui eût manqué à celte littérature si elles n'avaient point été produites. C'est une sorte de compte i)ar doit et avoir qu'il s'agit de dresser : le compte débiteur par rapport au passé, où figure le trésor d'idées et de sentiments, de formes littéraires, artistiques et morales que les civilisations amassent dans leur sein et que chaque génération de

116 VAUVENABGUES.

penseurs et de poètes trouve en naissant; le compte de crédit par rapport à l'avenir, où est inscrite la part, bien faible généralement, inaperçue ou exagérée le plus souvent par les contemporains, que chaque écrivain apporte à l'œuvre commune et lègue aux siècles suivants.

Pour ^'auvenargues, ce compte est assez facile à établir; car les influences qui ont/ façonné son esprit sont peu nombreuses et peu anciennes.

Dans le passé, Vauvenargues ne remonte guère plus haut que le siècle qui l'a précédé. L'antiquité lui est comme fermée. Il ne l'a entrevue, dans sa jeunesse, qu'à travers une traduction de la Vie des grands Jiomines de Plutarque, et nous savons par lui-même quelle vive impression il en a éprouvée. Plus tard, la lecture de quelques livres d'histoire, dans le goût, je pense, des Réflexions de Saint- Evremond sur les dii'ers génies du peuple romain, lui donna au moins l'intelligence et le sentiment général des choses de l'antiquité. INIais le commerce direct avec les anciens, que rien ne remplace, et ce qu'un tel commerce a d'excellent pour la culture et le déveloijpement de l'esprit lui ont toujours manqué. Par contre, sa pensée doit jjeutêtre à cette lacune d'instruction, à cette absence de religion littéraire une partie de sa légèreté d'allure et de son indépendance de mouvement. Ce n'est donc pas dans l'antiquité, ainsi qu'on doit le faire

Page 1