‹ VauvenarguesChapitre 25 sur 37 · ORIGINES MORALES · texte numérisé non relu

ORIGINES MORALES

})Our tous les maîtres français de l'époque classique, qu'il faut rechercher ses plus lointaines origines intellectuelles; c'est plus près de lui, dans un horizon moins éloigné, au xvii" siècle.

Quand Vauvenargues vient au monde, en 17iô, Louis XI\' est à l'agonie et tous les grands hommes du siècle ont déjà disparu de la scène où ils faisaient si noble figure. Les quinze dernières années du règne ont vu mourir successivement Racine, Bossuet, Bourdaloue, Fléchier, Boileau, Fénelon, Malebranche. Mais ces grands esprits et ceux qui les ont précédés au tombeau, Pascal, Molière, La Rochefoucauld, Corneille, La Fontaine et La Bruyère, ont fondé la plus forte tradition littéraire qui ait jamais existé. C'est dans cette illustre maîtrise que Vauvenargues a choisi ses ancêtres , et c'est à Pascal, à Bossuet et à Fénelon qu'il s'est plus étroitement rattaché.

Pour Pascal, j'ai montré plus haut le rôle qui lui revient dans le dévelop[)emcnt intellectuel et moral de Vauvenargues, dans sa conception de l'homme et de la vie, dans l'exercice même de sa sensibilité. Non pas que Vauvenargues puisse jamais être dit le disciple de Pascal; car l'influence qu'il a subie s'est traduite plus souvent par une réaction que par une action conforme; mais l'œuvre du moraliste de Port-Royal a été le stimulant le plus énergique et le plus fécond de sa pensée. La dette de recon-

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naissance qu'il contractait ainsi envers ce noble espint, Vauvenargues l'a généreusement acquittée. Dans un magnifique langage il a restitué à Pascal la place éminente dont Voltaire et les écrivains de son temps l'avaient écarté. Il a réclamé leur admiration pour les grandes et pathétiques images dont l'auteur des Pensées a semé son œuvre, pour « cette brièveté pleine de lumière, qui n'appartient qu'à lui », pour « cette vigueur de génie par laquelle on rapproche les objets et on résume un discours », enfin pour les puissantes qualités de dialectique qui faisaient de Pascal « l'homme de la terre qui savait mettre la vérité dans le plus beau jour et raisonner avec le plus de force ' ». A Bossuet , Vauvenargues doit fort peu pour le fond de la pensée et beaucoup pour l'expression. La « divine éloquence » des Oraisons funèbres le tminsportait. Ces grandes compositions étaient pour lui le modèle même de l'art d'écrire ; car (c'est

1. Dans son ardciir contre Pascal, Voltaire, le comparant à Vauvenargues, a pu dire de celui-ci : « C'était \\\\ génie peut-être aussi rare que Pascal même ; aimant comme lui la vérité, la cherchant avec autant de bonne foi, aussi éloquent que lui, mais d'une éloquence aussi insinuante que celle de Pascal était ardente et impérieuse. Je crois que les pensées de ce jeune militaire philosophe seraient aussi utiles à un homme du monde fait pour la société, que celles du héros de Port-Royal peuvent l'être à un solitaire qui ne cherche que de nouvelles raisons de haïr et de mépriser le genre humain. » (Note aux Rcflcrtons sur dirers sujets.)

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