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Réflexions sur clifcrs sujets

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froides notions, et les plus grandioses spectacles du monde n'avaient pu troubler son impassible raison : la moindre découverte de l'ordre moral pénétrait Yauvenargues d'une émotion grave et profonde. Enfin, toute la vie de Fontenelle a justifié le mot que lui disait un jour Mme de Tencin en lui mettant la main sur la poitrine : « Ce n'est pas un cœur que vous avez là, c'est de la cervelle, comme dans la tête » ; Yauvenargues n'a vécu et pensé que par le cœur.

Cette énergique réaction contre les tendances de Fontenelle et de son école constitue un des plus sérieux titres littéraires de Vauvenargue;;. II a, de toutes ses forces, contribué au relèvement de l'esprit français, au réveil du goût, à la réparation de la langue ; il a été l'ouvrier de la première heure dans la grande œuvre que le génie de ^ oltaire, de Montesquieu et de Buffon a si glorieusement couronnée.

Si, en se plaçant à un point de vue moins élevé, plus rapproché des faits, on recherche maintenant quelles idées nouvelles Yauvenargues a jetées dans le courant de son siècle, on voit que, sur bien des points, et non des moins importants, il s'est révélé précurseur. Ce serait certes une grande gloire pour lui, s'il ne fallait singulièrement réduire les honneurs qu'on prodigue aujourd'hui à ce titre II ne suffit pas, en effet, d'être le premier à apercevoir

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une vérité nouvelle ou plutôt une face nouvelle de la vérité. Il faut encore (et c'est ici qu'un don particulier, très rare, est nécessaire), il faut savoir la revêtir de la forme la plus expressive, la plus synthétique, et en apercevoir les plus lointaines conséquences. On est surpris parfois de reconnaître que des idées ont traîné })ar le monde avant qu'un penseur de génie les ramassât, les inventât à nouveau, j)Our ainsi dire, par le seul fait de leô avoir dégrossies, mises sous leur aspect le plus séduisant et dans leur plus vive lumière. En telle matière donc, l'antériorité de la découverte n'est pr.s le princijial mérite et ne justifie pas les plus grands privilèges.

Vauvcnargues a tiré de son propre fonds quelques idées ([ui devaient faire fortune dans son temps; il en a rencontré d'autres sur son chemin qu'il a relevées , dont il a même commencé le travail, mais dont il n'a ])as su tailler toutes les facettes et qui restent à l'état inachevé dans son œuvre.

Je rangrerai dans cette dernière catégorie ses vues sur la politique. Elles sont éparses dans ses divers écrits, dans ses Maximes surtout, le temps lui ayant manqué pour les coordonner et les dévclop|)er. C'eiit été, j'imagine, un chapitre du grand ouvrage qu'il projetait sur la Connaissance de l'esprit Itiunaiii dont nous n'avons (|ue V Introduction;

car, par les notions générales qu'elle comporte et par les problèmes moraux qu'elle soulève, la science de gouverner les hommes lui paraissait éminemment philosophique.

Ses idées à cet égard traduisent toutes le besoin dune grande réforme politique et sociale, réforme à opérer par le haut, par cette nol)lesse dont il admet et glorifie le princijie, mais dont il condamne l'insuffisance, l'égoîsme, la mollesse et la frivolité. Il sentait que l'état de choses dans lequel il vivait était irrémédiablement atteint et n'avait plus la force de subsister; il apercevait les causes de cette décadence de l'Etat; mais il n'osait les nommer : « Quand les maladies, écrivait-il, sont au point qu'on est oblige de s'en taire et de les cacher au malade, alors il y a peu d'espérance, et le mal doit être bien grand ».

Ces considérations n'étaient pas absolument nouvelles. Dès le début du siècle, du vivant même de Louis XIV, beaucoup de bons esprits, très sensibles aux défauts et aux excès d'un si long: rèsrne, se préoccupaient sérieusement d'établir dans l'État une règle moins despotique et de supprimer les abus. Fcnelon, A'auban, Boulainvilliers, l'abbé de Saint-Pierre, Saint-Simon — })our ne citer que les princijjaux noms, — estimaient et professaient «pi'une grande réforme était nécessaire au bien public. ]\liraljcau, le confident de Vauvenargues,

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