‹ VelazquezChapitre 3 sur 15 · JARDIN DE LA VILLA M EDI CI S A ROME · texte numérisé non relu

JARDIN DE LA VILLA M EDI CI S A ROME

(Musée du Prudo.)

ments artistiques, dans toutes les contrées du monde.

Quand une race est parvenue à ramasser ses énergies pour les projeter en actes au dehors, c’est qu’elle prend conscience des vérités définitives qu’elle détient en ellemême, par la seule raison qu’elle est. A ce moment de son histoire, elle ne pourra s’affirmer qu’en prenant possession de son équilibre sensuel, en mettant d’accord sa nature avec la nature prochaine. Tout grand artiste s’efforce vers le vrai, vers le contact étroit de la vérité qu’il constate avec la vérité qu’il porte. Jamais il n’y a, en aucune haute nature, une part louable d’invention. Un grand peintre ne peut mentir, et c’est à son degré de sincérité qu’on pourra mesurer son rang dans l’histoire du développement humain. Dans l’œuvre d’art, ce qu’on appelle X idéal , c’est le sentiment personnel de la réalité.

Il est vrai que les langages diffèrent suivant la race et le pays, mais ce sont les mêmes vérités que tous les langages affirment. Si le langage de l’Espagne est le plus bref, le moins orné, c’est que l'Espagne est le moins orné des pays. L’Espagne est nue, presque sans arbres, presque sans eau. L’homme qui l’habite est grave, il parle peu. Son être intérieur est nu comme les plateaux dégradés où il a bâti sa demeure, et l’austérité de son sol lui défend d’agir autrement qu’avec une implacable netteté.

Velâzquez était donc, à cette période du développement de la nationalité espagnole, la personnification nécessaire des énergies latentes qui devaient la manifester. Comme tous les hommes très grands en qui viennent se con-

îo VELAZQUEZ.

centrer, vers le sommet de sa croissance, les forces d’expansion de toute race humaine, forces éparses jusque-là dans sa durée et dans son étendue, Velâzquez est un phénomène ethnique nécessaire. Son être obéit à la loi qui pousse les peuples adultes à féconder la vie.

Mais il n’a découvert encore que des vérités littérales. Il s’attache exclusivement à rendre ce qui est, en dehors des conditions changeantes d’enveloppe atmosphérique et de distance. Il analyse. Il traite le détail avec une attention méticuleuse, il ne soupçonne pas encore les ensembles. C’est la première expérience du jeune savant qui se défend de l’hypothèse intuitive et soumet au contrôle de ses sens, en dehors de tout parti pris, le fragment de matière qui passe à portée de son œil. Les visages, les vêtements, les accessoires surtout sont d’une vérité prochaine incontestable, mais le milieu des formes de la vie, les éléments mouvants qui sont découverts les derniers parce qu’ils sont la raison même de tous les phénomènes appréciables, l’air, la lumière éparse, le jeune peintre ne les soupçonne pas. Sur des fonds opaques et noirs, dans l’artifice du clair-obscur des figures émergent, modelées avec force, des morceaux secs, sans vibration intime, sans saveur, des natures mortes qui rappellent en mieux, par leur exactitude minutieuse et par leur dureté, ces bodegons de Menendez, peintre d’ailleurs postérieur à Velâzquez, qu’on trouve en si grand nombre au musée de Madrid. Ces toiles affirment son caractère, mais elles ne laissent encore rien deviner de son esprit.

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