‹ VelazquezChapitre 4 sur 15 · P II I I I PP E 1 V · texte numérisé non relu

P II I I I PP E 1 V

(National Gallery, Londres.)

Velâzquez avait dix-neuf ans. Sa droite nature, dont un travail incessant et toujours direct fixait définitivement l’orientation, avait conquis son entourage, en particulier Pacheco qui écrit dans son Art delà peinture , livre dont les passages les plus intéressants sont ceux qu’il consacre a son élève : « Après cinq ans d’éducation et d’enseignement je lui donnai la main de ma fille, incité par ses vertus, sa retenue, ses belles qualités, et par les espérances que me faisaient concevoir son bon naturel et son grand talent. » De cette union, nous ne savons à peu près rien de très précis, sinon que deux filles, Francisca et Ignacia en naquirent en 1620 et 1621 et qu’elle fut vraisemblablement heureuse si l’on s’en réfère au témoignage de toute la vie du grand peintre, vie calme et digne, sans orage passionnel, tendue à l’invisible effort d’exprimer la réalité.

C’est à peu près vers l’époque de son mariage que Velâzquez entreprit cette série de tableaux religieux à laquelle il devait se consacrer presque uniquement jusqu'à la fin de son séjour en Andalousie. Subit-il à ce moment-là une crise de religiosité, ou obéit-il simplement au préjugé alors souverain qui fait des arts plastiques une représentation extérieure à l’individu et lui inflige, au détriment de sa sincérité native, la hiérarchie desséchante des sujets? Cette dernière hypothèse est la plus probable. Velâzquez, très jeune, très simple, dut, malgré sa santé morale, être amené par son mariage, par les luttes sentimentales de la vingtième année, par la force des défi-

ni lions esthétiques de la Renaissance italienne, à croire un moment qu i 1 y avait dans la vie des devoirs supérieurs au devoirde la respecter en soi-même. Quoiqu’il en soit, ces œuvres, les moins intéressantes de sa jeunesse, n’offrent aucun caractère religieux. Dans l’expression des visages, la mise en scène, la couleur, on ne peut trouver nulle trace d'idéalisation mystique. Il se sert de scs modèles habituels, il n’a d'autre souci que de les rendre aussi fidèlement que possible, et si les fonds sont plus noirs, plus esquivés encore que dans les scènes familières du meme temps, si la facture en est plus sèche, les tons plus cuits et l'ambiance plus étouffée, c’est que le peintre, toujours consciencieux d’ailleurs, copie évidemment sans joie ces compositions arrangées vers qui n’avait pu l'attirer aucune sollicitation.

Cette transposition brutale des mythes religieux dans la réalité la plus immédiate est commune à tous" les maîtres espagnols, dont on doit peut-être excepter Mûri llo et le Grec Theotocopuli. On la retrouve chez Ribera, chez Zurbaran, dans toutes ces sculptures sur bois recouvertes de peau humaine qui peuplent les églises d’Espagne. Et pourtant, bien que Velâzquez ne puisse voir les légendes héroïques du christianisme autrement qu’à travers les formes les plus prochaines de la vie, son paganisme est moins âpre peut-être que celui de scs contemporains. Si son expression est aussi dure que la leur, nous retrouvons dans le choix du sujet toute l’humanité de son esprit : c'est le Christ chez Marthe , Y Adoration des

Cliché Moreno.

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