PRINCE B A L T H A Z A K - C H A 11 L E S
(Musée du Prado )
Mages , les Pèlerins cVEmmaüs , etc. Aucune de ces scènes d’ascétisme et de sang où se complaît le génie noir de Ribera.
Entre temps la réputation de Velâzquez grandit. En 1622, cédant aux conseils de son beau-père, il se décide à partir pour la capitale avec son esclave Pareja et obtient d’un ami de Pacheco, l’aumônier du roi Fonseca, une lettre d’introduction pour le ministre Olivarès. Mais un déplacement de la cour obligeant les protecteurs de Velâzquez à remettre à plus tard sa présentation au palais, il retourne à Séville après avoir exécuté, s’il faut en croire ses biographes, ce vigoureux portrait de Gongora, le chef du cultisme, qu’on voit encore au musée du Prado, visité les curiosités de Madrid et fait à l’Escorial, Aranjuez et Tolède les pèlerinages traditionnels.
Son attente, d’ailleurs, est courte. Peu après son retour en Andalousie, il reçoit cinquante écus d’Olivarès qui l’encourage à revenir. Cette fois, Pacheco, sans doute pour veiller à ce que la modestie et la timidité de son gendre ne mettent pas obstacle à son succès, tient à être du voyage. Aussi, dès leur arrivée à Madrid, Velâzquez exécute-t-il un portrait de Fonseca que la famille royale déclare parfait et qui décide le roi, sur les conseils d’Olivarès, à attacher le jeune artiste à sa personne. Au milieu de l'année 1623, Velâzquez entre donc en qualité de valet de chambre, avec vingt ducats (55 francs) d’appointements mensuels, au service de Philippe IV qu’il ne quittera plus et dont il va illustrer le règne au point de l’excuser.
Les biographes et les critiques tentent parfois de définir les influences qu’a pu bien subir Velâzquez à cette époque de sa vie. Les uns parlent de Herrera, chez qui il ne resta que quelques mois; d’autres de Ribera, dont il n’avait pu voir une seule toile ; d’autres de Zurbaran son camarade et à peine son aîné (1). Influences ou parentés? Les artistes d’une même race obéissent à peu près tous aux mômes lois irrésistibles que le sang des ancêtres et la constitution du sol ont imposées à leur nature. Mais à partir du tronc commun les différences s’accentuent chez tous ceux qui portent en eux des éléments particuliers d’interprétation de la vie. Velâzquez, à ce moment-là, ne se montrait guère personnel que dans le choix de ses sujets et la franchise imperturbable qu’il apportait à les traiter. JM ais l’émancipation de sa technique ne pouvait précéder celle de son esprit. A vingt-quatre ans, il était presque en possession de ce que les peintres appellent le métier, de la faculté d’écrire une page sans faute, de rendre la matière et la couleur des choses dans leur réalité étroite et littérale. Il allait pendant quelques années produire des toiles si profondément éloignées des œuvres de sa maturité qu’elles semblent à peine émaner du môme homme. C'est ce qu’on a appelé sa première manière : c’est en réalité sa dernière et seule manière, car, à mesure qu’il avancera dans la vie, on le verra se préoccuper de plus en plus d’exprimer la nature, de moins en moins de la façon de l’exprimer.
(1) A. BE BeBîTETE, V*>laZQUe7:.
Cliché Morcno.