‹ VelazquezChapitre 6 sur 15 · F E RD INA N I) D A U T R 1 C II F · texte numérisé non relu

F E RD INA N I) D A U T R 1 C II F

(Musée d t Prado.)

En août 1623, Velâzquez achevait son premier portrait de Philippe IV qui déclarait, dans son enthousiasme, ne plus vouloir à l’avenir d’autre peintre que celui-là. Il n’en eut pas d’autre en effet; il fut aussi, de tous les rois, celui dont le visage nous est le plus connu, à tous les âges de sa vie. Il posa sans se lasser devant son peintre favori, en huste, en pied, dans l’intimité ou revêtu de ses armures, achevai, à la chasse, en prières. Son nom, son règne, son visage sont à tel point liés à l’œuvre, à la gloire de Velâzquez que le peintre et le roi paraissent dans l’histoire inséparables l’un de l’autre.

A dire vrai, l’exemple est rare d’un souverain devinant un artiste et l’attachant à sa personne avant que son génie ait été accepté de tous. Mais Philippe IV a-t-il vraiment pressenti Velâzquez ? Ne fut-il pas plutôt frappé, dans le premier portrait que fit de lui le jeune peintre, par cette ressemblance étroite qu’exigent et dont se contentent la grande majorité des hommes et que Velâzquez, avec sa franchise native et la justesse de son œil, devait si facilement obtenir?

Quoi qu’il en soit, Philippe IV est loin d’avoir été pour lui le protecteur désintéressé, l’admirateur conscient,

1 ami qu’on a prétendu. La vérité, c’est que l’artiste dut plus d’une fois regretter d’avoir frappé à la porte du roi.

Certes, Philippe IV aima son peintre et lui témoigna fréquemment l’estime qu’il avait pour lui, mais un peu comme on la témoigne à un valet. Réduit à ramasser les miettes de la table, rétribué avec des gages dérisoires que la plupart du temps on ne lui payait pas, Velâzquez passa sa vie au milieu des « hombres de placer », c’est-àdire des domestiques. Philippe IV ne savait pas, Philippe IV ne pouvait pas savoir la force qu’est un grand artiste et le respect que doit inspirer son travail. Au lieu d’assurer à son peintre une large vie matérielle et de le laisser libre de découvrir lui-même les sources de la sensation et les chemins de l’expression, il l’accabla de charges ridicules qui lui prenaient son temps et l'obligeaient aux besognes domestiques les plus ingrates et les plus étrangères à sa direction d’esprit. Celui de tous les peintres qui certainement posséda l’intelligence la plus libre, fut de tous les peintres aussi celui qu’on laissa le moins libre d’obéir à sa propre loi. Il n’exécuta guère que des commandes. Dans cette cour d’Espagne étroite, ennuyée, rigoriste, fermée à toutes les voix du dehors, sa sensibilité dut subir tous les froissements.

Mais il est toujours puéril d’essayer de refaire l’histoire et d’imaginer un Velâzquez abandonné à sa nature en face de la vie qu’il devait comprendre si bien. La marque du grand esprit, c’est de savoir réaliser sa solitude intérieure. Quels que fussent les éléments de son travail, Velâzquez était Velâzquez. Il ne pouvait pas ne pas extérioriser les puissances qui étaient en lui. Peut-être môme

Cilché Moreno.

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