‹ VelazquezChapitre 9 sur 15 · DUC D O CI VA DES · texte numérisé non relu

DUC D O CI VA DES

(Musée du Prado.)

guerriers vêtus de noir ou cuirassés en qui la sobre Espagne militaire revit mystérieusement. Après le portrait du Duc de Modène qui était passé par Madrid, c’est celui de Y Amiral Pareja , puis du Comte de Benavente , puis de X Homme inconnues la Galerie Wellington, enfin la puissante effigie équestre — j’allais écrire la statue — du ministre Olivarès auquel il a voulu donner, pour lui témoigner sa tendresse, une allure héroïque que ne justifie guère son histoire.

Quelques années plus tard, les circonstances allaient donner au peintre le moyen d’acquitter sa dette et de prouver d'une manière autrement difficile la droiture de son esprit. En 1643, le favori fut frappé de disgrâce et Velâzquez ne songea pas à dissimuler son chagrin. Malgré tout le danger qu’il y avait à le faire, il affirma son attachement au vaincu. Cette amitié, cette douleur de Velâzquez sont la seule gloire peut-être à laquelle puisse prétendre la mémoire du Comte-Duc.

Comment croire d’ailleurs qu'un artiste aussi véridique ait été capable d'une lâcheté, ce mensonge du caractère? Nous n’avons sur son existence que bien peu de détails pittoresques et c’est à peine s’il nous reste deux ou trois lettres de lui. Mais son œuvre est là pour nous dire ce qu’il dut être, très Espagnol par la gravité mélancolique relevée d’ironie discrète, mais aussi pleinement humain, bienveillant et compréhensif. Indolent aussi quelque peu, de cette indolence extérieure de l’artiste qui regarde, ne parie guère et paraît absent de la vie, parce qu’il cherche en lui ce qui fait la vie essentielle.

Nous avons de lui, par lui-même, un certain nombre de portraits, dont quelques-uns sont à vrai dire contestables. Presque toujours c’est une tête seulement, une admirable tête brune reposant sur la ligne blanche d’une collerette sans pli. D’autres fois c’est le buste d’un cavalier vêtu de noir, la même face ardente et calme, narquoise imperceptiblement, un individu supérieur fait de force élégante, de lumière profonde et de sérénité. Le premier de tous ces portraits est celui qu’il fit à Rome, le dernier celui des Menines. C’est bien le même être charmant que Lun et l’autre nous raconte. Mais le paisible entêtement, la naïveté fruste, la bonté un peu gauche que le premier traduit d’un pinceau sans caresses sont devenus, dans l’espace tremblant de lumière argentée où baigne le second, l’indulgence et la simplicité qui savent et cette suprême noblesse que donne seul le rayonnement intime de l’esprit.

U semble bien, du reste, que le départ d’Olivarès ait provoqué une certaine tension dans les rapports de Philippe IV et de Velâzquez. L’attitude courageuse du peintre ne cadrait guère avec les mœurs du temps, et les familiers de la monarchie espagnole l’avaient habituée à moins d’indépendance et de franchise. Quoi qu’il en soit, une contestation d’ordre artistique s’étant élevée peu après entre Velâzquez et le surintendant des travaux, marquis de Malpica, le roi qui d'habitude épousait volontiers les idées de son peintre, lui donna résolument tort.

Mais le siège de Lérida, qui survint en 1643, offrait bientôt au grand artiste l’occasion de prendre sur le roi

Cliché Moreno.

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