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CHAPITRE IX

Le retour de Velazquez auprès de ses parents et de ses amis fut pour eux un motif de surprise non moins que de joie. Le bruit de sa mort l'avait précédé à Madrid, et il trouva sa famille livrée à la douleur. Il revenait en assez bonne santé, quoique ayant éprouvé de bien rudes fatigues. Mais la renommée, si elle avait été mensongère, s'était cependant montrée prophétique ; l'œuvre de Velasquez en ce monde était accomplie, et le destin ne permit point que l'inimitable pinceau de l'artiste reproduisît les fêtes somptueuses dont l'île des Faisans avait été le théâtre.

Velazquez continua cependant de remplir ses fonctions officielles. Ce fut probablement à cette époque qu'il signala à l'attention du roi des modèles en plâtre que l'habile sculpteur Morelli, élève d'Algardi, avait envoyés de Valence ; cet artiste fut, par suite de la recommandation de Velazquez, appelé à Madrid et employé au palais.

Le 31 juillet, jour de la fête de saint Ignace de Loyola, Velazquez, ayant été, depuis le matin de bonne heure, de service auprès du roi, se sentit souffrant et atteint d'un accès de fièvre ; se retirant dans son appartement, il se

coucha sur le lit d'où il ne devait plus se relever. Les symptômes de sa maladie, des convulsions spasmodiques de l'estomac et de la région du cœur, accompagnées d'une soif ardente, alarmèrent vivement son médecin, Vicencio Moles, qui s'empressa d'appeler deux docteurs de la cour, Al va et Ghavarri. Ces doctes personnages découvrirent le nom de la maladie, qu'ils appelèrent une fièvre tierce syncopale *. Mais ils furent moins heureux lorsqu'il fut question d'appliquer un remède. Nulle amélioration ne se montrant dans l'état du malade, le roi lui envoya, comme guide spirituel, don Alfonso Perez de Guzman, patriarche des Indes, qui, bien peu de jours auparavant, avait figuré, avec l'artiste mourant, dans les solennités sur les bords de la Bidassoa.

Velazquezvit alors que son heure était venue. Il signa son testament, et désigna comme ses seuls exécuteurs testamentaires sa femme, dona Juana Pacheco, et son ami don Gaspar de Fuensalida , garde des Archives royales ; après avoir reçu les derniers sacrements de l'Église, il expira, à deux heures du soir, le vendredi 6 août 1660, dans la soixante et unième année de son âge.

Le cadavre, revêtu du grand costume des chevaliers de Saint-Jacques, fut, pendant deux jours, exposé dans une chambre convertie en chapelle ardente. Le dimanche 8, il fut placé dans un cercueil couvert de velours noir et garni d'ornements dorés ; la croix de l'ordre, les clefs de chambellan et d'aposentador mayor furent déposées sur ce cercueil, et, dans la nuit, les restes de l'ar-

1 Terciana sincopal minuta sulil, dit Palomino, t. 111, p. 523.

tiste furent déposés avec pompe dans l'église de sa paroisse , San-Juan. Ils furent placés sous la principale chapelle, et dans un monument provisoire, autour duquel brûlaient douze cierges mis dans des chandeliers d'argent ; les chantres de la chapelle royale exécutèrent l'office funèbre, en présence d'une nombreuse réunion de chevaliers et de nobles. Le cercueil fut eusuite descendu dans un caveau au-dessous de la chapelle de famille des Fuensalida. Si jamais un monument fut élevé à Velazquez, il fut détruit par les Français, qui, en 1811, démolirent l'église San-Juan, édifice insignifiant, mais digne de respect, à cause des cendres que renfermait son enceinte.

Un bas-relief où l'artiste est représenté recevant des mains de Philippe IV les insignes de l'ordre de Saint- Jacques a été récemment placé sur le piédestal de la statue équestre de ce monarque, en face du palais. C'est le seul tribut public que Madrid ait encore payé au prince des peintres espagnols. Son épitaphe, qui exprime en assez mauvais latin des sentiments touchants, fut écrite par son disciple Juan de Alfaro; Palomino nous l'a conservée.

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