MARS
Musée de Madrid.)
LES ARTISTES CELEBRES
scènes intimes, familières, qui semblent groupées et comme arrangées par le hasard et paraissent avoir été saisies d’un seul élan, d’un même coup, avec leurs particularités, leur mouvement, leur imprévu pittoresque et la curieuse diversité de leurs accidents, voilà ce qu’en très succincte analyse nous montrent ces deux compositions où l’artiste ne s’avise guère de haute esthétique, de sens allégorique ou de profondeur. Conter le fait, tout uniment, suffit à sa poétique. Peu accessible aux abstractions, encore moins aux idées toutes transcrites en formules, il n’a souci que de la vérité formelle. D’idéal préconçu de la beauté, il n’en a point : toute vie humaine, pour humble et vulgaire qu’elle soit, l’intéresse, le captive et l’enchante. Il ne voit rien, il ne cherche rien en dehors ou audessus du réel, et c’est pourquoi, dans la Forge de Vulcain, ses personnages mythologiques paraissent plus humanisés que de raison et semblent rester au-dessous de leur rôle fabuleux. Comme chez les Vénitiens, le sujet pour Velâzquez n’est qu’un prétexte à rendre de belles idées plastiques et à les bien peindre, et pas plus qu’eux, il ne s’inquiète de couleur locale ou de fidélité historique ou chronologique. On a écrit de l’école espagnole qu’elle évitait soigneusement de peindre le nu; que, vouée exclusivement aux sujets religieux, sombres, dramatiques, farouches, elle s’interdisait, à l’égal d’une chose honteuse, la représentation des scènes mythologiques. Velâzquez, le plus grand et le plus espagnol de ses maîtres, n’a point connu de telles entraves. Chrétien sincère, certes il devait l'être; mais, à scruter son œuvre, à interroger sa poétique religieuse, il semble bien qu’il appartienne à cette classe de libres esprits qui ont plutôt de vagues sentiments que des convictions très arrêtées, encore moins la foi robuste des premiers âges. A sa façon de comprendre et d’interpréter les sujets sacrés, il est visible que les dogmes le laissent froid. S’il touche à la mythologie, au lieu d’aborder ces sortes de compositions, comme le font d’ordinaire les Italiens, avec un symbole tout fait, Velâzquez, peu soucieux du sens mythique ou allégorique de son thème, n’y voit qu’un simple fait, non encore embelli ou transformé par la tradition, et qu’il se contente d’exposer sans façon, mais non sans malice ou sans ironie. L’Olympe, en effet, le fait sourire. Velâzquez, au fond des récits mythologiques, ne perçoit ou ne veut voir qu’une action quelconque, le plus souvent terre à terre, dont son humeur andalouse saisit de préférence le côté ironique : le Baco et la Forge de Vulcain , Mercure et Argus et ses personnifications du dieu Mars,