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UN CARROSSE

Fac-similé d’un dessin de Velâzquez. (Institut de Gijon.)

graphes ? Mais pourquoi, comme l’ont fait Rubens, Van Dyck et presque tous les peintres espagnols, ses contemporains, Velâzquez n’aurait-il pas grave' lui-même ?

Or il a gravé : c’est là précisément ce que nous allons prouver. Pour plus d’évidence, et parce que, ici, des reproductions valent mieux que toutes les descriptions, nous mettons sous les yeux de nos lecteurs les photogravures absolument parfaites de fidélité de ces deux petits chefsd’œuvre. Puissent ces fac-similés aider les curieux à retrouver quelque

épreuve ignorée ; la trouvaille serait d’importance.

Occupons-nous d’abord de l’eau-forte.

C’est le Cabinet des Estampes de Berlin qui est en possession de l’épreuve reproduite. Est-elle unique ? C’est ce que nous nous garderons bien d’affirmer; en tout cas, elle doit être fort rare. Cette épreuve fut acquise à Madrid par M. le baron de Werther; elle provenait de la collection de Cean Bermudez. Au bas de la gravure, comme il le fit avant sa mort pour classer les dessins et les estampes de sa collection, le savant critique d’art espagnol avait pris le soin d’écrire la note suivante : « Este retrato del Conde Duque de Olivarès, grabado por Velâzquez, es cl misrno de que hablo en mi Diccionario de los professores de las bellas-artes en Espana,e t à la suite il data: Madrid, 22 sept., en iSi3, et signa en toutes lettres : Cean Bermude\.

Ainsi cette épreuve est donc bien la même qui avait servi à Cean Bermudez quand il rédigeait sa biographie de Velâzquez pour son Dictionnaire historique des plus illustres artistes espagnols, et lorsqu’il écrivait les lignes suivantes : « Rien n’est plus rare que l’eauforte du portrait du comte-duc d’Olivarès que Velâzquez a gravée. Cette eau-forte est reprise au burin dans les cheveux, les moustaches et la

LE COMTE-DUC d’oLIVARES.

Gravure à l'eau-forte par Velâzquez.

(Cabinet des Estampes de Berlin.)

royale, avec des touches très délicates de pointillé dans les chairs ; elle a trois pouces de large »

PORTRAIT DU COMTE- DUC d’OLIVARES.

Fac-similé d'un essai de gravure au burin, attribuée à Velâzquez. (Collection de la Bibliothèque nationale de Madrid.)

Or la compétence, l’autorité de Gean Bermudez en matière d’icono-

i. « No es menos raro el retrato del conde duqtie de Olivares que grabô al agua fuerte, el quai esta tocado con buril en el pelo, en los bigotes y perilla, con puntos muy delicados en la carne, y tiene très pulgadas de largo ». (Cean Bermudez, Diccion., t. V, p. 177.)

LES ARTISTES CÉLÈBRES

graphie espagnole n’étant pas de celles qu’on discute, nous nous permettrons de regarder comme choses établies et démontrées, d’abord, que Velâzquez a gravé à l’eau-forte et, subsidiairement, qu’il s’est servi du burin et même du pointillé pour retoucher et terminer sa planche.

Venons-en maintenant à la seconde pièce, la gravure au burin du même portrait du comte-duc d’Olivarès, gravure que nous croyons pouvoir également attribuer à Velâzquez.

L’épreuve dont nous donnons la reproduction faisait partie de la précieuse collection de portraits formée à Madrid par notre savant ami, feu don Valentin Carderera1. Cette épreuve, cédée à l’État en même temps que sa collection, se trouve aujourd’hui à la Bibliothèque nationale de Madrid, où elle est classée sous cette rubrique : Grabadores espaholes. — De Velâzquez : en opinion de algunos, el precioso retrato del conde duque de Olivares 2. » Le catalogue fait donc des réserves quant à l’attribution de cette pièce, et, tout en l’imitant, nous allons cependant essayer d’établir que cette gravure au burin est bien, tout comme l’eau-forte, l’œuvre personnelle du maître.

Si nous comparons, dans la gravure au burin, le dessin de la tête d’Olivarès avec l’eau-forte, nous restons frappé de l’analogie, de l’identité dans la construction, dans la distribution des masses, dans toutes les grandes lignes, qu’offrent entre elles les deux estampes : là-dessus, croyons-nous, il ne saurait y avoir doute ; les deux portraits procèdent d’un seul et même dessin original à peine modifié en quelques parties, mais cela par suite et en raison même de la diversité des procédés employés dans les deux gravures.

Maintenant, Velâzquez savait-il manier le burin? Pour répondre à cette question, il nous suffit, ce semble, de renvoyer au passage textuellement cité plus haut de Cean Bermudez. Or, puisque l’artiste avait lui-même repris au burin diverses parties de son eau-forte, nous ne voyons pas pourquoi il n’aurait pas gravé entièrement le second portrait. Cette hypothèse nous semble même d’autant plus admissible qu’au-

1. Cette épreuve porte dans sa marge les mots : el conde duque, écrits de la main même de Velâzquez; telle était du moins l’opinion de M. Carderera.

2. Noticia del plan general de clasification adoptado en la sala de estampas de la Biblioteca nacional y breve catalogo delà coleccion, por D. Isidoro Rosell y Torres. — Madrid, 1873.

tour de Velâzquez et, sous sa direction, travaillaient quelques graveurs au burin, entre autres Jean de Noort, qui grava divers portraits d’après les originaux du maître, et, notamment, le portrait du comte-duc d’Olivarès.

C’est peut-être ce de Noort ou van Noort, établi à Madrid durant de longues années, qui fut l’initiateur de Velâzquez dans ses essais de gravure ; mais, quel qu’ait été son guide, Velâzquez ne dut pousser ni bien longtemps ni bien avant cet apprentissage, si nous en jugeons par le portrait du comte-duc. De quelle inexpérience, de quelle maladresse, de quelle gaucherie l’apprenti graveur ne fait-il pas preuve dans cet essai, et comme cela sent peu l’homme de métier! Mais aussi, par contre, quel coloris, quelle intensité d’expression et de vie dans cette tête si brutalement, si crûment modelée; comme tout nous y révèle le peintre, et, disons toute notre pensée, la griffe de l’artiste de génie, la main de Velâzquez !

Pour compléter cette étude, il nous reste à dire quels furent les principaux élèves de Velâzquez et quels ouvrages les recommandent à notre

attention.

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