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PORTRAIT DE PHILIPPE IV

( Musée de Madrid. )

que, par son exécution encore un peu mince et lisse, patiente et fondue, cette peinture se rattache évidemment aux méthodes relativement

LES ARTISTES CELEBRES

timides de 1625 et n’offre rien de la manière délibérée que Velâzquez inaugura précisément en i63o durant son séjour à Rome.

En 1627, Philippe IV, voulant perpétuer le souvenir de l’édit par lequel son père Philippe III avait ordonné l’expulsion en masse des derniers descendants des Maures, ouvrit entre les peintres de sa chambre une sorte de concours. Vicente Carducho, Eugenio Cajesi, Angelo Nardi et Velâzquez reçurent l’ordre de peindre, chacun de son côté, une composition destinée à glorifier un acte de fanatisme qui, d’après quelques historiens, avait privé d’un seul coup l’Espagne de plus de huit cent mille de ses sujets 1 .

Une charge d’huissier de la chambre royale devait être la récompense du vainqueur. Deux artistes, jouissant d’une grande autorité à la cour, fray Juan-Bautista Mayno et le marquis Crescenzi, le premier élève du Greco et peintre du roi, dont il avait été le maitre de dessin, le second peintre et architecte et l’auteur du Panthéon des rois à l’Escurial, avaient été désignés comme juges de ce concours.

Velâzquez l’emporta sur ses rivaux. Il entra en possession de la charge d’huissier delà chambre, et son tableau fut placé, par ordre de Philippe, dans le grand salon du Palais 2. Jusqu’en 1700, on le trouve mentionné avec ce titre : Expulsion de los Moriscos , sur les inventaires royaux. Palomino en a décrit l’ordonnance dans sa biographie de Velâzquez3. Il

1. Philippe IV n’était pas le seul à envisager avec admiration la résolution à la fois cruelle et impolitique qu’avait prise son père d’expulser les Morisques. Le peuple espagnol partageait ses sentiments. Lope de Vega s’en fait l’écho dans sa Corona tragica, imprimée à Madrid l’année même où Velâzquez exécutait son tableau allégorique, et Cervantès se montre particulièrement implacable contre ces malheureux convertis dont la présence en Espagne est, à ses yeux, celle de l’ennemi dans la place. Il les accuse de favoriser les continuels débarquements des Turcs sur les cotes espagnoles, de conspirer et d’appeler la guerre à l’intérieur, jusqu’au jour, impatiemment attendu par eux, où leurs frères d’Afrique, traversant une seconde fois le détroit, viendront de nouveau, en vainqueurs, arborer le croissant sur les palais et les mosquées d’Andalousie. (V. passim Don Quichotte, et principalement le Dialogue des Chiens.)

1. Velâzquez conserva cette charge jusqu’au e3 février 1634. A cette date, il la transmit, avec l’agrément du roi, à Juan-Bautista Martinez del Mazo, son élève, qui venait de devenir son gendre.

Il est à noter que l’acte de prestation de serment du nouvel uxier de camara, acte qui est conservé aux archives du Palais, désigne expressément dona Francisca comme fille unique de Diego Velâzquez.

3. « Au centre du tableau — dit Palomino — est peint le roi Philippe III, tenant à la main un bâton de commandement et désignant du geste une multitude éplorée

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