‹ VelpeauChapitre 11 sur 14 · PL IR · texte numérisé non relu

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opération au pied, quand le patient manifestait quelque douleur : |

— Ïl est impossible, lui disait le chirurgien, que vous ayez senti quelque chose, car, mon ami, c'était bien loin de votre nez. .

Une autre fois, il demandait à ses élèves :

— Quel est l'aliment qu'on ne devrait jamais trouve dehors ? |

— C'est le lait des nourrices.

—— Pourquoi ?

Parce que le lait des nourrices étant un mets-de-Sein, un médecin doit toujours avoir sa patte-au-logis.

Un jour — et nous en terminerons avec l'esprit de Velpeau — à la Charité, après avoir fait l'appel de ses élèves rangés en cercle autour de lui, il leur posa cette question :

— Quand on est derrière une jolie femme, et qu’elle se baisse pour rattacher sa jarretière, qu est-ce qu’on voit ?

Personne n'osait répondre ; on trouvait le sujet trop scabreux.

— Allons, vous n'êtes pas forts, dit le chirurgien en clignant de l’œil, eh bien, ce convoi est plus gai que celui qui

va au Père-Lachaise.

Ayant toujours mené une vie austère, d'une sobriété ex-

ceptionnele, Velpeau vers la fin de sa vie, commença à s’ac-

corder quelques distractions et acheta une raison de campäone à Antony : « Je suis né vieux, disait-il à Guyon, j'ai vécu vieux, je vais mourir jeune ».

Les honneurs auxquels il était arrivé, la fortune qu'il avait acquise, ne lui avaient point fait oublier le pays natal. Maintes fois, il avait apporté aide matérielle et morale à quelques jeunes compatriotes peu fortunés. Au moment de la réorganisation des écoles de médecine en 1840, il avait, de concert avec Trousseau, obtenu la création d'une école à Tours: Bretonneau, malgré leurs supplications, et par un de ces tracts d'indépendance de caractère dont il était coutumier, en resta volontairement exclu.

Hanté par ses souvenirs d'enfance, Velpeau voulut, en 1860, revoir le petit village de la Brèche où il n'était revenu que rarement. Comme la vieille église tombait en ruines, ja municipalité décida la construction d'un nouvel édifice sur l'emplacement de l’ancien. Velpeau donna une somme im-

portante (3) et fit commencer les travaux. Il était convenu que

mers =

(1) Velpeau, qu'aucune détresse ne laissait insensible, fut président de l'Association des médecins de la Seine et l’un des plus ardents apôtres de l’œuvre que nous devons à Orfila.

(2) Un monument a été élevé sur la place de la Brèche, le 1r juillet 1897, c'est une stèle ornée de palmes, surmontée d’un buste en bronze de Velpeau.

(3) Velpeau connaissait la valeur de l'argent. On a même prétendu qu'il était avare. Et l'épigramme que lui lança Pajot, sous forme d'épitaphe anticipée, a consacré cette réputation :

Cit-git l'opérateur heureux

Qui, sans jamais se battre, Coupa bien des hommes en deux Et des liards en quatre.

le vieux chirurgien ferait le voyage de Paris au pays natal et viendrait assister à l'inauguration de la nouvelle église. Mais les travaux traînèrent en longueur et la mort vint surprendre Velpeau avant qu'il eut pu mettre à exécution le projet que dans les dernières années de sa vie il avait caressé avec une certaine impatience. Mais le souvenir du donateur a été perpétué dans la petite église de Brèches : sur un vitrail on peut contemplet Velpeau dans sa robe professorale, le chef

couvert de la toge rouge !

Dans le cours de l'hiver de 1867, Velpeau fit une mauvaise grippe. Guyon lui conseilla le repos, d'ailleurs sans résultat. « [1 faudra disait Velpeau à son ami Dubois, il faudra que je sois bien mort pour en convenir ». Et il continua ses leçons, assista aux actes de la Faculté comme à l’ordinaire. Le 17 août, Guyon le rejoignant au moment où il sortait de chez lui pour se rendre à la Charité, le supplia de rentrer. « Non, répondit-il, j'ai promis à Liouville de lui faire faire une amputation, il faut que j'aille à la Charité ». Et devant l’insistance de Guyon, il ajouta : « Je vous assure que je rentrerai immédiatement après la visite ». Il tint parole et revint chez lui pour n'en plus sortir. Comme Velpeau accusait depuis quelque temps des troubles prostatiques, Né-

laton vint l'examiner avec Guyon. Mais une pneumonie se

déclara et malgré les soins de Barth, Velpeau expira le 24 août 1867, à dix heures du matin.

Ses obsèques eurent lieu avec une pompe immense et jamais, depuis Dupuytren, on n'avait vu si beau cortège. Presque tout le corps médical de Paris, tous les. médecins étrangers présents au Congrès médical, une foule de personnes de toutes classes accompagnèrent le corps à Saint-Thomas

d'Aquin puis au cimetière Montparnasse.

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