Chapitre i^remier
Il n'est rien , dans la nature comme dans la religion, qui n'ait pour but le salut et le bonheur de l'homme , si étroitement liés avec la gloire de Dieu, fin dernière de toutes choses : mais c'est principalement dans l'institution du sacrement de pénitence , que le Sauveur s'est proposé de venir au secours de notre misère et de nous communiquer ses grâces. On peut dire de la confession comme de son auteur, qiCelle passe dans le monde , en faisant du bien. En voulez-vous la preuve , mon cher Théophile, considérez quelquesuns des grands bienfaits qui sont attachés à la réception de ce divin sacrement.
S I. Premier bienfait.
Le premier bienfait' de la confession bien %ite , est de réconcilier le pécheur avec Dieu ; m narole de Jésus-Christ est formelle : « Les
Des bienfaits de la confession. \
ficMs seront remis , ti-t-il dit u ses ministres, à ceux à qui vous les remettrez. » Le péché avait élevé entre Dieu et le pécliciir, \m mur d'éternelle séparation ; la eonfession le fait tomber; et le pécheur, en quclcpic nombre et de quelque nature que soient ses fautes, pcui s'écrier avec IcPsalmiste : « J'ai dit : Je m'é lèverai contre moi-même , je confesserai, sano déguisement et sans réserve, toutes mes iniquités , et aussitôt , ô mon Dieu , vous m'iwu pardonné l'impiété de mon crime (I). »
Voiei ce que dit un protestant qui lui m^me, quand il était catholique , avait fait Vjc douce expérience de ce qu'il avance i aprc .^ avoir engagé le pénitent à approcher de son confesseur, non comme d'un homme qui peut lui dire des choses agréables et rassurantes , mais comme d'un homme qui a reçu de Dieu le pouvoir de l'absoudre et de remettre ses péchés , il ajoute : « Si vous le faites , assurez-vous que rentendement humain ne peut concevoir ce transport , cet excès de joie •çt de paix qui inonde le cœur de celui qui
(1) PsaZ. 31, T. 5.
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est persuadé qu'il est devenu participant à ce bonheur (1). »
En effet 5 mon cher Théophile, quand on a déposé le fardeau de ses fautes , ne semble -t- 1 pas qu'on est déchargé d'un poids accablant, qu'on est plus libre, et par conséquent plus heureux ? Quelle paix . quelle sécurité succède aux troubles et aux orages de la conscience ! Il est si doux de pouvoir se dire soimême : « J'étais captif, je traînais une chaîne pesante qui , par une de ses extrémités , tenait à l'éternel abîme où une place m'attendait , et me voilà rendu à la liberté des enfants de Dieu ! J'étais mort , et me voilà ressuscité ! J'étais dans un état complet de pauvreté et de dénûment , et me voilà enrichi des dons les plus précieux i tous mes anciens mérites revivent; je suis rétabli dans tous mes droits ! J'étais l'enfant du démon , et me voilà Tenfant de Dieu , l'héritier de son royaume l Le prêtre du Seigneur m'a dit : Je vous absous , ailes en paix; et depuis que j'ai entendu cette (^nsolante parole, une paix
(1) Chillingworth, SerînonT, cité par M. Miîner dans son ouvrage intitulé : Excellence de la religion catholique»
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S IL Second hknfaîL
C*"- P^nîtentia hommîs rei félicitai (Terlullien);
[: (lélicioiisc , une i)aix toute céleste ivgnc (]n:i:i
;? mon anic. 0 confession! tu es la félicita de
^ riiomme pêcheur {i)^ lu le réconcilies avec J
^ ï)icu 5 tu le réconcilies auss^ avec lui-nicnic. ^
< Un second bienfait que procure la conTcs- <
l sion, c'est d'empêcher le désespoir de péné- \
s trer dans l'ame de quiconque a eu le malheur s
^^ de lonibcr dans quelque faute grave. Si ^
cj Ihonimc peut faire des chutes, la religion ^
c lui tend une main secourable pour l'aider à î:
> se relever ; elle lui présente une planche après ^
le naufrage , et cette planche , c'est la confes- <
sion. Sans cette institution salutaire, « que s
deviendrait le malheureux mortel qui aurait 5
: été victime des séductions de la vie et des \
) écarts des passions? En proie aux remords, \
n'osant lever les yeux au ciel dont il se serait s
à jamais banni , tenterait-il de fléchir la jus- ^
tice divine? Et, dans le cas où il essaierait de 5
le faire, sur quoi fonderait-il son espoir?
Quelle voix du ciel lui apprendrait que ses
fautes sont pardonnes? Quel ange viendrait lui apporter des paroles de paix, rétablir le calme dans son ame et mettre un terme à ses angoisses? Le trouble le poursuivrait jusqu'au tombeau; la terreur l'environnerait de toutes parts à son heure dernière ; un vague affreux le remplirait d'horreur, et il serait livré pour toujours à ces furies vengeresses ^ue le paganisme laissait au criminel pour toute ressource (1).»
Oui, mon cher Théophile, sans !a confession, l'homme coupable, quelques démarches qu'il eût faites pour obtenir son pardon , ne pourrait jamais se tranquilliser parfaitement ; kl sainteté infinie de Dieu offensé lui laisserait toujours les doutes les plus légitimes sur la réalité du pardon , et ses doutes cruels suffiraient pour le jeter dans le désespoir. La religion catholique l'arrache a cet excès , en lui montrant ce tribunal de miséricorde où l'on peut absoudre le pécheur qui veut devenir juste , où le prêtre, avec quelques paroles, peut laver Famé de ses taches et lui rendre sa blancheur et sa beauté première.
(1) Mémoires de M, de Belval^ par un ancies député, p. 287.
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S III. Troisième bienfait. >
^ Un troisième bienfait de la confession , \
^ c'est de prévenir une infinité de crimes et de ;!
\ scandales. Le langage des passions , dit un an- ']
'i cien magistrat (1) , a tant de charmes pour J;
^ riiomme déchu, qu'il était imprudent d'aban- p
i donner cet homme à la seule direction de sa <
'? conscience. Le cœur est un abîme où se ca- ^
< chcnt mille dangereux penchants , qu'on n'a- ■=
s perçoit presque jamais soi-même, et qui [j
S néanmoins frappent Fatlention d'un confcs- ^^
? seur. Parce qu'on n'aura pas commis de véri- |;
^ tables crimes , on se rassure , on est tran- ;!
l quille 5 on se croît pour toujours affermi dans i
^ les sentiers de la vertu. On ne voit pas, ou ^
du moins on néglige d'extirper certains dé- ^
fauts légers en apparence , mais qui peuvent \
devenir la source des plus graves prévarica- j>
tions. Il ne faut qu'une mince étincelle pour ^ allumer un vaste incendie. On s'endort dans une funeste sécurité.
« La confession prête à l'homme une abon-
(1) M. Rosset , auteur de néephile ou la Fhl
losophie du Clmstianisme^
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dancc de lumières qui lui manque dans son isolement : un œil étranger est toujours plus clairvoyant et plus sûr 5 le fatal bandeau se déchire , et tel qui se glorifiait de ses vertus , gémit bientôt sur Tétat déplorable dans lequel il vivait , peut-être , hélas ! depuis bien des années. Il est donc évident que la confession tend à prévenir le mal en le coupant ^ dans sa racine , et qu'en nous éclairant , elle
> nous fournit les moyens de combattre avec ? plus de succès des passions naissantes qui de-
> viendraient bientôt une véritable tyrannie. » 5 Oui , cher Théophile , la confession arrête ^ une infinité de crimes : que d'adultères préi venus! que de divorces empêchés! que de
> liens flottan? raffermi? par la confession ! ^ combien de jeunes gens ne doivent qu'à la
> confession de s'être conservés dans la pureté 5 et l'innocence ! Il en coûte pour faire l'aveu s de ses fautes , et la honte attachée à cet hum-
> ble aveu a la force d'arrêter sur le bord de ^ l'abîme : « Je ne ferai pas cela , parce qu'il
faudrait le dire à confesse : » que d'égaré ments et de faiblesses , que d'excès et de désordres, cette seule réflexion , ce simp^-c r*^ * sonnement n'a-t-ii pas lait avorter ?
« Que je suis heureux , mon père ,
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DE LA CONFESf^ïON.
« venu à confesse : j'étais perdu , oui , j'clais « perdu, si je n'étais pas venu à vos pieds ! » Combien de fois, dans Texcrcicô du saint ministère , n'avons-nous pas entendu rendre cet liommage à refficacité de la confession ? Souvent aussi nous avons entendu des coupables, dont la grâce avait touché le cœur, s'écrier douloureusement : « C'est l'abandon de la (( confession qui est la cause de tous mes « malheurs, jamais je ne serais tombé dans (c les crimes qui pèsent sur ma conscience , si « j'avais continué de m'approcher du tribunal a sacré. »
§ IV. Suites funestes de Vabolition de la
confession.
Aussi, Tusage de k confession ayant été aboli dans certaines contrées , qu'en est-il résulté ! Des crimes sans nombre , des désordjes inouïs jusqu'alors. Voici ce qu'on lit dans la liturgie suédoise. « Lorsqu'on s'est relâché sans mesure sur les règles prescrites parla confession auriculaire, les jeûnes, la célébration des fêtes...., ces concessions ont été aussitôt suivies d'un libertinage si affreux,
qu'il n'y a personne , quoi qu'on leur dise , qui ne se croie permis de satisfaire ses passions , au lieu de se rendre à des avis salutaires. Les exhortez-vous àvse confesser, afin de s'assurer de la sincérité de leur conversion, à laquelle seule l'absolution doit être accordée, ils s'écrient qu'il ne faut contraindre personne. Leur recommandez-vous l'observation du jeûne, ils se livrent, au contraire; aux désirs déréglés de leur ventre.... En un mot, les chevaux emportent le cocher, selon le proverbe , et les rênes ne conduisent plus le char (1). » •
Les Luthériens de Nuremberg lurent sî effrayes du débordement de crimes dont fut suivi presque immédiatement l'abolition de la confession auriculaire , qu'ils envoyèrent une ambassade à Charles- Quint pour le supplier de rétablir chez eux , par un édit , l'usage de la confession. Les ministres de Strasbourg émirent le même vœu dans un mémoire qu'ils présentèrent, en 1670, au magistrat. Ces requêtes furent taritées comme elles le méri-
(1) Voyez les Considérations sur le dogme gêné' valeur de la piété chrétienne , par Tabbé Gerbet , D. 293.
taicnt; on les regarda comme non avenues. Un magistrat, un monaniuo , peuvent être assez puissants pour faire lléchir le genou ^ mais leur pouvoir ne saurait aller jusqu a ouvrir les consciences.
§. V Quatrième bienfait.
Un quatrième bienfait attache à la confession, c'est de faire rendre le bien mal acquis. Jean-Jacques-Rousseau en convient lui-même. « Que de réparations ^ s'ëcrie-t-il dans son c( Emile , que de restitutions , la confession ne « fait-elle point faire , chez les catholiques ! »
Nous vous citerons plus bas , mon bien cher ami , des exemples qui vous le prouveront efficacement.
g. XL Cinquième bienfait.
Enfin , le dernier bienfait de la confession , celui qui couronne tous les autres , c'est de consoler le pécheur mourant , de dissiper en lui les craintes de l'avenir , de le disposer au grand voyage de l'éternité. Que pourrait-ij craindre , en effet , ce pécheur , quel que soit le nombre de ses iniquités ? Il en a fait l'humble aveu au ministre de Jésus-Christ : ui>e sen-
tcnoe de miséricorde a cte prononcée sur lui , et il a la douée confiance que ce^ie sentence a été ratifiée dans le ciel. ^
Qu'un grand coupable sôît condamne à mort, il blasphème , le malheureux ! il est en proie aux convulsions du plus violent desespoir. Qu'il s'opiniâtre à refuser les secours de la religion , et son désespoir l'acompagnera jusque dans l'éternité. Mais qu'il se décide à demander un prêtre , et bientôt ce ne sera plus le même homme. Il sera tout consojé , quand il aura fait le récit de ses fautes et de ses peines ; il sentira sa conscience déchargée d'un poids énorme , quand il aura épanché son cœur dans le cœur d'un ami.... Et quand viendra le moment du sacrifice , il montera à l'échafaud avec calme et résignation ; et ce calme , cette résignation , il les devra à la confession et aux paroles consolatrices que le prêtre lui aura fait entendre, •
Hélas ! il n'y a pas que le crime qui monte à l'échafaud,.. L'innocence et la ver lu n'en sont pas toujours exemptes. Oh ! alors , quel courage 5 quelle intrépidité la confession ne donne-t-elle pas !
La considération de ces biens porte un il-
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DE LA CONrrASi;)N» i^l
lustre priîlat à s'ccricr dans un saint transport d'admiration : « Ce sont là tes prodi^'cs , religion calliolique ! toi seule sais les 1)10duire, tandis (pie rincrédulité abandonne ses adeptes aux angoisses du désespoir , tu ebarmes pour tes enfants la <loulenr, la souffranee , et jusques les tourments j lu les ravis en extase (1). »
§. VU. Bienfaits temporels de la confession.
A tous les bienfaits spirituels de la confession dont nous venons de parler , mon cher Théophile , nous pourrions en ajouter quelques autres temporels ; savoir : le. bon ordre dans la société, la tranquillité dans les fiunilles, la conservation de Thonncur cl de la fortune , le rétablissement de la santé , :[vi sont souvent les heureuses suites d'une confession bien ûûte. Contentons-nous de prouver ce dernier et précieux avantage , si digne de fixer Tattention de tout homme sage. Oui , mon cher ami , si vous considérez l'inmiense influence du moral sur notre physique , il
(1) Discours sur Vîncrêdulitè, par Mgr. l'évéque de Strasbourg.
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vous sera facile de conclure qu'une boniifc confession est un moyen presque curalifdaus le traitement des maladies.
En effet, combien d'affectionss nerveuses ne sont entretenues que parce que les malades , sans confidents intimes, ou sans consolateurs véritables , cherchent , mais en vain , à étouffer les remords qui bourrellent leur conficience. Sans cesse tourmentes par le souvenir de leurs fautes , ils languissent sous le poids de quelques-unes de ces alFections , pour peu que leur organisation y soit disposée. Combien de personnes , peut-être , ne sont souffrantes, sans que le médecin s'en doute, que parce qu'elles sont privées de la faculté de pouvoir déposer , dans le sein d'un ministre de paix , l'aveu de fautes bien légères quelquefois , mais que leur cœur vertueux néanmoins leur reproche avec amertume ?
Il n'y a pas de maladies plus opiniâtres que celles qui tiennent à un moral affecte , et qui résistent d'avantage aux remèdes ordinaires de l'art. La confession serait donc dans ces cas encor^ jssez ordinaires un remède adjudant, plus utile qu'on ne pense L'expérience est là pour 'mnîs l'attester. Mais pour que la confession opère cet heu-
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tm LA CONFESSION.
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rciix clTol dans les personnes agiii crainte , il faut que les malades soient pénétrés d'une haute vénération pour cette sainto praticiue , qu'ils apportent une confiancd entière dans le ministre de ce sacrement, et une effusion complète dans la confidence d| leurs fautes et de leurs peines.
La pratique de la confession est encore avantageuse à la santé, parce qu'elle porte, les jeunes gens surtout , à mettre plus de ré* gularité dans leur conduite. Dès lors ils évi^ tcnt plus facilement les désordres , les excci divers , qui détruisent les sources de la vie j et d'où naissent la plupart des maladies. Si , dès les premiers pas dans le libertinage , le jeune homme confessait franchement ses torts , avec la ferme résolution de ne plus y retomber, il aurait un moyen puissant pour se corriger de ses mauvaises Iiabitudes et pour pratiquer la vertu. Dès lors, sa vie cesserait assez à temps, d'être licencieuse, et, par conséquent^ les débauches infâmes, les plaisirs meurtriers nt Rendraient plus miner sourdement sa santé , commencer des maladies qui, en peu de temps, se trouvent audessus des ressourcs de l'art. Le nicdccin aurait la satisfaction de guérir bien plus
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