II. JO
La nuit commençait à tomber lorsque la gondole de l'Excellence toucha de sa proue dentelée les degrés de marbre du palais.
Aussitôt que le maître parut, les serviteurs s'empressèrent de lui annoncer que M. Rodolphe Ermer était arrivé depuis quelques instans , et le vieillard voûté, se redressant à cette nouvelle , qui semblait avoir rencontré le plus vif de ses désirs, monta, presque sans le soutien de ses laquais , le large escalier qui conduisait à ses appartemens.
— Soyez le bien-venu, monsieur Rodolphe, dit-il au jeune homme avec un sourire à faire trembler celui qui l'aurait mieux connu. Je pensais à vous en ce moment, et toute ma crainte était de vous faire attendre le souper que vous avez bien voulu accepter chez moi. Mais des affaires importantes m'ont empêché...
— Je suis tout confus, monsieur, interrompit le jeune homme, de l'accueil que vous faites à un étranger qui voudrait vous en témoigner ses rem erci mens.
— Un étranger! vous voulez rire, monsieur Ermer, n'étes-vous pas l'ami de M. de Neudorf , et ii'ai-je pas promis au baron de m'intéresser à vous et à monsieur votre frère ? Parce que