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CHACUN SON TOUR

qui payait à l'offrande et pour les pauvres, lui qui faisait avancer la voiture, lui qui donnait la main pour descendre ou monter; lui qui expliquait les tableaux, lui qui faisait l'historique des rnonumens que l'on rencontrait sur la route.

Il est vrai qu'il avait passé plusieurs nuits à étudier les descriptions de Florence, que l'on débite chez Molini, à l'enseigne du Dante, et à la librairie de Pallas, aussi était-il devenu un Cicérone assez bien instruit. Il eût pu à la rigueur gagner sur la place quatre ou cinq paoli par jour en apprenant à quelque fils de famille anglais en pèlerinage sur le continent à réciter ie Guide du Voyageur, de même que les bons Musulmans répètent sans faillir d'un alef les cent quatorze chapitres du Koran.

Au milieu de toutes ces petites attentions, ie comte d'Ehrlen poursuivait toujours son but avec une admirable constance. Il s'était posé auprès de la fille du baron en consolateur désintéressé de l'amour trahi; et Wilhelmine, en effet, heureuse de trouver à s'épancher dans une amitié si sincère et si pure en apparence, lui livrait sans restriction les secrets les plus cachés de son cœur.

Un soir que le baron était renfermé dans

l6o VENEZIA. LA BELLA.

son cabinetj Frédéric et Timotéo, absens de l'hôtel, le comte d'Ehrlen et Wilhelmine restaient seuls dans le salon occupés de déchiffrer la partition nouvelle d'un opéra qu'on venait de représenter à la Pergola.

La jeune fille promenait ses doigts effilés sur les touches d'un grand clavecin criard, et modulait quelques accords sans suite, se plaignant de la difficulté de sa lecture, tandis que le jeune homme debout auprès d'elle plongeait un regard satisfait dans les yeux de Wilhelmine , où quelques larmes , suspendues entre ses cils abaisr.és, brillaient à la clarté des bougies.

— Il plane sur toute cette partition , dit le comte, une mélancolie douce et rêveuse qui jette l'Ame dans une extase inexprimable. Ne trouvez-vous pas, mademoiselle?

— Oh! oui, murmura Wilhelmine, je ne sais pourquoi mon cœur se serre. Cette musique me fait mal. Laissons cela, monsieur. S'il vous plaît, laissons cela.

Et la jeune fille ferma brusquement le clavecin, puis elle couvrit son visage de son mouchoir et fondit en larmes.

— Mon Dieu ! s'écria le comte en affectant un effroi soudain , qu'avez-vous, mademoiselle?

CHACUN SON TOUR. .l6|

Et il s'approcha d'elle, et lui prit les mains dans ses mains. ij^iino^

— Wilhelmine! au nom de l'amitié que; j§ vous porte, ne pleurez pas ainsi; car vous me brisez l'àme! Hélas! je sais trop bien quels spint les justes motifs de votre douleur ! aimable e,t malheureuse enfant ! Si bonne, si aimante ,;, si pure... et si indignement trompée!.....

Le comte prononça ces derniers mots- à demivoix en baissant la tête; puis il poussa un soupir hypocrite, auquel la jeune fille ne répondit qu'en redoublant ses sanglots. = > v

— Wilhelmine ' reprit le comte, fiez-Vous à mes soins. Jjp.yous ai juré que Frédéric reviendrait à vous...;. }-> nîsa jie !3li«iî T^ifnob fiy i-^il,

Wilhelmine l'interrompit par un geste dfLiléjdain et de fierté; mais il reprit aussitôt: | i , , — Les trahisons. j, d'un boiç^tne qu'on^^^i/ne sont bientôt ;oHb|iéesj„}„j9^i]iT^/ ^,,«ij x970'i:J f,,P^ — Jamais ! monsieur, murmura la jeune fille d'une voix profonde, jamais! La blessure est là, Il ne faut pas pens/erà en guérir. La femme qui pardonne les mépris de. celui qu'elle aime ne l'a jamais aimé. Croyez-le bieu*j)^<^3^o pf^'^i

— En parlant pour Frédéric, mademoiselle, ne croyez pas que je veuille en rien excuser

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