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ï62 VENFZIA LA^ BELL A.
se& torts, j'obéis seulement à un devoir de ma
conscience Sa tête est si légère! son cœur
Si, inconstant!.....
■'"'-— Oui, Henri, légèreté, inconstance, ces mbts sont des poignards à deux tranchans, avec lesquels voiis déchirez le cœur des miséfables femmes; et quand, blessées à mort, nous n'avons pas lé sourire sur les lèvres pour bénir M main qui nous frappe, quand nous ne rendons pas araOUr pour haine, fîdéîité pour trahison , on nous accuse , on nous montre au doigt, on traîne aux cheveux notre honneur dans la boue des ruisseaux, et l'on nous contraint, pauvres êtres que nous sommes, à chercher un dernier asile au sein de la pitié ! ■ — Oh! tous les hommes ne sont pas ainsi faits, chère cousine ! C'est à tort que vous les enveloppe^ dans le crime de ^uelqiies uns. Croyez bien, Wilhelmine, qu'il e'xiste parmi eux des âmes sympathiques et dévouées qui èâvent comprendre les sacrifices qu'on fait pour elles, et qui n'ont pas assez de toute leur v4« pour payer un peu d'amour qu'on leur veut bien accorde^! .èauB m^c
— C'^st ce qite j'avais crû trOuvef^ soupira Wilhelminef,
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— Et moi, ajouta tout bas le jeune homme, c'est ce que je cherche, Wilhelmine. J'aLreçu vos confidences et je ne vous ai pas fait les miennes. Écoutez-moi donc :
Jeté de bonne heure dans le monde avec un nom puissant et une fortune recommandable, me sentant dans l'âme un fonds inépuisable de poésie et de passion , je me pris tout d'abord à ce qui me parut frappé au type de la beauté. et de la candeur. .:•, .\..\,...
Ces choses reçurent les hommages de mon enthousiasme, que je leur donnais à pleines mains, sans réflexion ni calcul , uniquement parce qu'elles sortaient du commun , et qu elles étaient belles et grandes. Tout ce qui portait la marque de la vertu et de la simplicité devint particulièrement l'objet de mon culte. Une jeune vierge, naïve et baissant les yeux, rougissant au moindre mot, était pour moi l'idéale perfection de la femme. Si à ces qualités se joignait par aventure un paysage agreste, l'ombre d'un bois de pins, une chaumière au bord d'un lac, alors mon admiration ne s'arrêtait plus. Un mot d'amouw, tombé d'une bouche aussi pure, me semblait la limite que nulle espérance ne devait dépasser. Etre aimé d'une telle femme et puis mourir,
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tel fut long-temps le vœu de mon cœur. Excusez-moi, cousine, je ne connaissais pas encore le monde.
Je ne tardai pas cependant à voir clair dans la réalité de la vie, qui me parut peu conforme aux pastorales que je m'étais arrangées d'après Théocrite et Virgile. Je vis un jour la poésie de mes rêves s'envoler comme un brouillard d'autonme, et je reconnus que la céleste pudeur, comme on dit, n'était le plus souvent que l'enveloppe de la niaiserie. Alors, disant adieu aux torrens, aux lacs, aux vertus villageoises, je cherchai mon idéal autre part que sur les pelouses des campagnes.
Dans le monde brillant où je fus conduit , je retrouvai tnes villageoisesauxy^iix baissés, aux joues duvetées de rouge comme de belles pèches d'espaliers ; je revis se balancer sur leurs tètes mes épis jaunes de la moisson : mais cette fois ils étaient d'or pur, sans métaphore; ils s'enlaçaient aux nœuds soyeux, de leurs chevelures, et reluisaient comme autant de soleils aux clartés de mille bougies. Mais toujours. aussi cette niaise affectation de vertu; des cœurs de glace dans des poitrines de neige; des âmes usées par lescaiculs de la coquetrerie, et où il y avait place
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pour les moindres bagatelles et point de place pour la passion !
Où trouver, me demandai-je, ce cœur dont je rêve la possession? ce cœur qui devinera et qui comprendra le mien? Il me le faut chercher, non parmi ces jeunes filles , non parmi ces fleurs virginales que le premier vent emportera demain, mais dans une sphère supérieure peuplée d'âmes plus fortes, éprouvées déjà par des combats meurtriers, par des victoires et par des défaites. Car dans le combat seulement est la passion. Pour que l'amour d'une femme m'enferme comme en un mur d'airain , il faut que sa destinée s'unisse à la mienne par ime chaîne fatale dont chaque anneau soit forgé de nos terreurs mutuelles , de nos larmes et de nos sacrifices; il faut que cette femme ait des devoirs sacrés qu'elle abandonne pour moi; il faut qu'elle immole à mon amour toutes les affections delà terre, un mari, des enfans, la loi , le préjugé , tyran plus cruel et plus redouté que la loi.
— L'adultère! murmura Wilhelmine en joignant les mains.
— L'adultère! oui, c'est ce mot terrible qui contient toutes les tortures et toutes les ex«
tases de la passion humaine! li est écrit en lettres de feu sur le inonde. Il commence au ciel et finit à l'enfer. C'est un royaume d'asile qui s'élève au dessus de notre univers social, et qui reçoit dans ses célestes félicités l'âme qui s'v réfugié , tandis que le corps souffre parmi les hommes la loi brutale de la nécessité.
Où est le bonheur, dites-moi, Wilhelmine, si ce n'est dans la succession continuelle de ces orag^es et de ces calmes, de ces désespoirs et de ces espérances, de ces terreurs et de ces joies ? Où est le bonheur si ce n'est dans cette abnégation de soi-même , qui fait qu'on brave tous les dangers pour obtenir la faveur la plus légère; un ruban, un bouquet, une parole jetée au vent, un coup d'œil, un signe de main ou d'éventail ?
— L'adultère ! répéta Wilhelmine. Henri ! Henri ! que dites- vous là ?
— Eh! pourquoi voudriez-vous , poursuivit le jeune homme , qu'en entrant dans ce tombeau conjugal, une femme fût obligée moralement d'aimer celui que les convenances ou les bizarreries du sort lui ont donné pour époux ? La loi a fait cette union; n'obéit-elle pas à la loi en reconnaissant pour son maître celui qui
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lui a été imposé par la loi? N'est-ce pas assez d'être marquée au nom de cet homme comme une chose qui devient sa propriété? N'est-ce pas assez de demeurer sous son toit sans pouvoir en sortir? de supporter ses caprices, quelquefois ses injures et ses mauvais traitemens? N'estce pas assez de ce lien qui vous tient attachée à un cadavre , et faut-il encore que votre volonté, votre enthousiasme, toutes les parcelles les plus pures de vous-même lui appartiennent irrévocablement ? Si les convenances ont jeté dans votre lit un homme dont la pensée est pleine d'une autre femme et qui ne vous apporte qu'un débris de son âme arraché à des courtisanes, lui devez-vous la vôtre tout entière? Non! la nature vous met au dessus de la loi. Ne craignez pas d'écouter sa grande voix qui vous conseille et ne peut vous égarer. Voilà, Wjlhelmine, ce que j'ai senti, voilà ce que j'ai lu dans les plus secrets replis de mon coeur, et ce cœur, tremblant d'abord à ce seul mot d'adultère, a fini par y réaliser tous ses rêves de bonheur!
— Oh! mon Dieu, que me dites-vous là?
murmura Wilhelmine. Quel démon, Henri, parle par votre bouche, et pour colorer un
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mensonge emprunte la voix de la vérité ! J'ai besoin de ne pas vous croire. Est-ce là cette amitié pure que vous m'offrez? et pour la conserver faudrait -il que je l'achetasse, par la suite, aux dépens de mon honneur?
■ . — Charmante cousine, interrompit le comte, dites -moi seulement qu'après l'aveu que j'at osé vous faire, vous ne me haïssez pas!
— Moi! vous haïr? Vous! mon seul ami sur la terre!
— C'est tout ce que j'implore de votre bonté, Wilhelmine. Permettez- moi de vous aimer en secret, de vous dresser un autel dans le fond de mon cœur. Jamais, je vous le jure, ma bouche ne prononcera une parole qui puisse vous offenser : mes yeux seuls vous diront ce que je souffre, et vous comprendrez leur muet et respectueux langage. Un mot seulement , un mot encore. Repondez-moi franchement, Wilhelmine. Quand vous serez la femme de Frédéric, après toutes ses trahisons, pourrezvous l'aimer encore?
Le comte prononça ces mots d'une voix émue en les accompagnant d'un coup d'œil suppliant.
Wilhelmine rougit, et baissa timidement la tète , puis elle dit :