‹ Venezia la bellaChapitre 2 sur 42 · II · texte numérisé non relu

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estime et votre amour ! Si vous êtes dans mon avenir, allez, l'avenir est assez beau pour moi. Mon ami, je t'ai tout sacrifié; me voilà, je serai ta femme, ta maîtresse, ton esclave, ce que tu voudras, et rien désormais ne pourra nous désunir. Je serai à toi jusqu'à la mort, Frédéric, entends-tu bien? et j'en prends ce ciel à témoin , et cette chère Venise ma patrie , et mon seul amour après toi. Ai-je tort maintenant de ne rien craindre ? dis , mon Frédéric. Me voici dans tes bras pour l'éternité , car il y a de la pitié là haut , et la mort elle-même ne nous séparera pas !

Venezia, les yeux brillans de larmes prophétiques , cacha son visage dans le sein de son amant.

Le jeune homme, immobile et comme accablé sous le poids d'une accusation capitale, semblait déchiré intérieurement par mille affreuses pensées. Il se fit un silence que le râle de la tempête, qui venait mourir à leurs pieds sur les grèves du Lido, troubla seul de ses rauques déchiremens.

Venezia leva ses regards sur les regards de son ami. Elle eut peur et poussa un faible cri. Les yeux de Frédéric s'allumaient d'un feu

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sombre et farouche. Ses traits, empreints d'une expression de terreur et d'angoisse, ressemblaient à ces masques de marbre, sur lesquels le ciseau de l'artiste attache les dernières convulsions de la souffrance et de la mort. On eût dit Othello , l'Africain aux brûlantes jalousies, qui va préluder à son suicide par l'assassinat de sa maîtresse.

Les embrassemens de Venezia tirèrent bientôt Frédéric de sa rêverie. 11 la regarda avec des yeux où toute son âme était peinte. 11 y avait dans ce long regard autant de désespoir que de passion. Tous deux baissèrent les yeux et gardèrent le silence, tous deux craignant de se questionner, de se demander l'explication de ce regard qui semblait présager de sinistres confidences. Frédéric rompit ce silence le premier.

— Avez-vous quelquefois songé, mon âme, dans l'inquiétude de vos rêves que ce lien qui unit si étroitement nos deux coeurs, la mort pourrait un jour le briser? que l'un de nous deux devait rester sur cette terre, le cœur vide, et sans retrouver pour répondre à son regard et à sa voix , cette antre voix , cet autre regard qui étaient comme le souffle de la vie? Si vous

avez songé cela, vous avez connu les plus cruelles blessures dont une destinée barbare puisse torturer un cœur aimant. Depuis le jour où je vous connus, Venezia, si belle, si passionnée, je ressentis ces tortures-là. Je vous vis morte, enfermée dans les bras de votre vieil époux comme dans un tombeau, et je passai ma vie à rôder autour de ce tombeau comme une béte féroce convoitant la dépouille d'un mort. Les nuits sans sommeil, les larmes, les désespoirs, les désirs brûlans, les inquiétudes poignantes qui font saigner le cœur, le crime lui-même, le meurtre hideux, je passai par tous ces chemins d'enfer pour arriver jusqu'à vous. J'y laissai la pureté de mon âme ; j'y laissai ma naïve conscience de jeune homme, qui fut tachée du sang de la victime comme la robe de lin des antiques sacrificateurs. Vous fûtes enfin à moi, Venezia; et le ciel seul peut donner à ses élus des extases pareilles à celles dont je m'enivrai près de vous. Mais jamais je n'osai croire à l'éternité de ce rêve. Le songe de mon ambition n'allait pas si loin. Vous apparteniez à un autre; j'entrevoyais dans le lointain de l'avenir le coup qui devait frapper à mort notre amour. Cette pensée, je la renfer-

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mais dans mon cœur et je me gardais de vous ouvrir les yeux sur ce double principe de mort et de dissolution que notre union portait en elle-même.

Le sort vous a faite libre , Venezia ; il a rompu l'une des barrières qui nous séparaient encore dans la vie : mais jamais vous ne m'avez demandé si de mon côté j'étais le maître de ratifier le pacte que mon cœur vous a fait de n'être jamais qu'à vous! si je n'avais pas, moi aussi , à traîner par le monde une triste et malheureuse chaîne dont le sort plus cruel à mon égard ne m'a pas affranchi! si d'autres engagemens sacrés, inviolables, n'avaient pas

précédé

— Frédéric ! murmura Venezia d'une voix étouffée, pas un mot de plus ou je meurs! Laissemoi croire que ce que je viens d'entendre est une illusion de mes sens , un égarement de ma raison. Laisse-moi croire que je suis folle. Non, tu n'as pas dit cela, tu n'as pu le dire. N'est-ce pas que tu ne voudrais pas me tuer ? Car, voistu? les paroles de celui qu'on aime sont aussi quelquefois un poison qui tue. O mon Dieu ! n'aurais-tu allumé dans mon cœur cet incendie que pour te donner le spectacle de ma

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mort cruelle et déplorable? Me rejeter seule dans la vie entre le mépris du monde et l'abîme de mon cœur après m'avoir montré les délices du paradis? Me rendre ma pauvre âme après en avoir exprimé à loisir tout le sentiment et la vie, comme on jette une orange dont on a bu tout le suc? Non, ce n'est pas possible ! Je t'ai mal compris ! Je deviens folle. Mon âme, mon Frédéric, presse-moi contre ton cœur, rends-moi ma raison qui s'échappe, rassure-moi contre les fantômes de mon imagination ! Tu ne réponds rien ; tes baisers sont pleins de larmes ! Oh ! tue-moi sur-le-champ ! aie pitié de mon agonie; déchire-moi de tes mains, et je recevrai la mort avec joie, si c'est la volonté de mon Frédéric !

Elle tomba sur ses deux genoux, puis bientôt se redressant avec fureur :

— Oh! ne m'abandonne pas ainsi! s'écriat-elle d'une voix éclatante et qui surmontait le bruit des vagues. Ne me force pas de voir un lâche dans l'homme que j'ai aimé de toutes les forces de mon âme. En vain tu croirais me fuir, Frédéric, tu me trouverais partout sur ta trace. Mes gémissemens troubleraient ton sommeil. Ta femme, celle qui prendrait au-

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près de toi la place que j'occupais clans mes rêves, chercherait en vain contre ma vengeance un asile dans les entrailles de la terre. J'ensanglanterais ta chambre nuptiale; tu verrais mes yeux luire dans la nuit à ton chevet comme les yeux d'une tigresse. ïoi-méme tu deviendrais ma victime, et je fouillerais jusqu'à ton cœur pour y chercher le secret de ton infâme trahison. Oui, Frédéric, mon amour outragé serait plus terrible que la haine. Je te tuerais; et puis je t'irais rejoindre après, afin de te garder fidèle , dans le tombeau du moins, au serment dont tu as bercé ma vie.

Frédéric, les yeux fixés à terre, ne répondait rien.

— Ainsi donc tu as cru jouir en paix de ton crime, te faire impunément un trophée de mes larmes et de mon désespoir î Tu t'es dit : — Je vais déshonorer cette femme, l'arracher des bras de son mari, dresser tout autour d'elle une prison d'opprobre et de mépris : et moi , dans les bras d'une autre femme, je jouirai de la considération du monde. Non, non; désabuse-toi. Je te suis liée par un nœud que tu ne délieras qu'en brisant la triste existence qui me retient à la terre comme ces criminels

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que le bourreau attache au carcan 1 Si tu veux te défaire de moi, il faut me tuer; je ne connais rien, je ne comprends rien, je ne veux rien entendre; il faut me tuer, te dis-je, ou ce poignard me fera raison de tes mépris!...

En disant ces paroles, elle fit luire aux yeux de Frédéric une arme qu'elle tenait cachée dans son sein.

Frédéric , interdit, anéanti , la regardait fixement et ne faisait aucun mouvement pour se défendre. Venezia fit un pas vers lui , mais son arme lui échappa des mains. Elle se traîna de nouveau sur ses genoux , et avec l'accent du plus profond désespoir :

— Grâce, grâce, mon Frédéric! Ce n'est pas ton sang , c'est ton amour qu'il me faut ! Je suis une insensée ! C'est la passion , vois-tu , qui m'égare î Ah ! si tu m'aimais comme je t'aime !

Une violente attaque de nerfs interrompit la phrase commencée, et le front de la belle signora alla frapper durement la grève du Lido. Le sang jaillit de la blessure. Frédéric poussa un horrible cri ; il releva sa maîtresse dans ses bras, et de ses lèvres brûlantes il suça le sang de la plaie.

— Ce n'est rien, dit Venezia en éloignant le visage du jeune homme. Frédéric, laissez couler ce sang , vos larmes ne sauraient l'étancher. Et comment ferez-vous donc pour accomplir sur moi vos projets de meurtre si une goutte de sang vous fait pâlir comme une femme?

— Venezia! s'écria Frédéric. Oh! c'est à toi d'avoir pitié de ton ami ! Crois-tu que je pourrais l'exécuter ce devoir infâme que le monde m'impose? Pourrais-je vivre sans toi, loin de toi, avec l'idée que je suis ton bourreau? Non! Si je l'ai dit, j'ai menti ! Si je l'ai promis, j'avais juré d'avance de manquer à mon serment. Va, j'ai encore assez de vertu pour m 'élever à ce parjure! Venezia, mon amour, ma vie, je t'ai dit la vérité. Hier, dans l'accès de ma fièvre , j'ai promis tout ce qu'on a voulu. Si tu savais quelles tortures ils m'ont fait subir! Comme ils ont appelé à leur aide les sentimens les plus délicats de mon âme, la mémoire de mon père, l'honneur de ma famille, et celui d'une jeune fille toute simple et naïve que je croyais aimer, hélas! avant que tu m'eusses fait connaître l'amour ! Maintenant plus que jamais je sens l'impossibilité du sacrifice. Qu'ils pren-

nent ma vie et mon sang, s'ils le veulent, pour apaiser leur rage; mais ma volonté, mais mon amour, personne n'a de droits sur eux. Moimême, je n'en suis plus le maître: Venezia, tout cela t'appartient. Reprends ton bien , ordonne , dispose de ton esclave. Dis-lui de mourir, et il mourra; de vivre, il vivra; de fuir ces lieux maudits, il les fuira, mon ange, avec toi !

Frédéric, tout en larmes, les mains jointes et levées vers la signora, rampait à ses pieds comme un condamné qui implore sa grâce. Il baisait les pieds de sa maîtresse; il cherchait à saisir le bas de sa robe blanche qui flottait comme une voile au gré du vent. A son tour, Venezia était debout, les cheveux épars, les mains jointes aussi; et, de ses yeux séchés par la douleur, elle contemplait l'abaissement de cet homme que la passion rendait plus pâle et plus tremblant qu'une femme. Ce sont ces petites lâchetés dans l'homme qu'elles estiment assez pour l'aimer, qui font juger aux femmes du degré d'amour qu'elles inspirent. Une femme est heureuse d'abaisser au dessous d'elle celui dont elle reconnaît la supériorité; elle aime à renverser soudainement ses projets,

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ses idées; elle cherche des sacrifices dans tous ses goûts, dans toutes ses pensées pour les exiger avec la ténacité dont elle est capable? souvent sans qu'il doive en résulter pour elle d'autres avantages que la satisfaction de ce désir de dominer, qui est l'essence et la base de tout caractère de femme.

Venezia se rendit aux larmes de son amant. Elle se jeta dans ses bras, leurs baisers et leurs sanglots se confondirent. Il semblait que leurs âmes se fussent mêlées dans cette sympathique étreinte et que les paroles fussent inutiles à ces deux âmes pour se refléter et se comprendre.

Après un long silence, le jeune homme reprit la parole. Sa voix était calme et solennelle. Le désordre de ses cheveux et de ses vètemens , le lieu de la scène si terrible et encore grondant des cris de la tempête, ce ciel chargé de nuages sinistres comme l'avenir de leur destinée, ces faibles vagues de lumière que l'océan du ciel jetait sur leurs traits bouleversés, et qui brillaient à travers cette nuit obscure comme l'image de leur espérance, c'était un tableau imposant et qui semblait

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d'accord avec la gravité de la décision que les deux amans allaient prendre.

— Écoute, Venezia : j'ai souvent pensé que nous pourrions mourir ensemble et tromper les persécutions du monde qui perdrait ainsi le fruit des vengeances qu'il médite contre nous. Conçois-tu, mon trésor, le bonheur de mourir l'un par l'autre, tes bras enlacés dans les miens, ta bouche sur ma bouche, et de sentir ainsi nos deux âmes s'unir sur nos levres et s'envoler en se donnant la main ? Comprends-tu quelle ineffable sensation de porter la volupté dans la mort et d'abandonner aux malédictions de la terre cette enveloppe grossière qui nous embarrasse et nous gène comme un trop lourd bagage rend insupportable la fatigue du chemin ?

— Oui, dit la jeune femme, j'ai souvent pensé que d'un seul coup je pouvais me délivrer de ce fardeau pénible et aller chercher dans le sein de Dieu un repos que la méchanceté des hommes me dénie ici bas. Oui, souvent j'ai voulu mourir. Nous mourrons ensemble , mon ami ; n'est-ce pas ? quand notre destinée de malheur sera comblée. Mais jus-

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que là, ne nous chargeons pas d'une telle iniquité devant Dieu.

— Mon amour, dit Frédéric, j'accepte le rendez-vous fatal que vous me donnez. Quand viendra l'instant suprême vous me verrez vous rappeler votre promesse.

— Je vous la fais de nouveau, reprit Venezia, à la face du ciel et de Venise!

— Ce sacrifice, poursuivit Frédéric, n'est pas le seul que je vous demande. Venezia , vous m'aimez ? Eh bien, il faut me suivre; il faut abandonner votre patrie, votre maison, cette nuit même , à l'instant , pour affronter avec moi les hasards d'un voyage aventureux. Dites, m'aimez-vous assez pour cela ?

— Je suis prête à vous suivre, interrompit Venezia; j'abandonne tout avec joie pourvu que vous m'aimiez. Le monde entier deviendra ma patrie. Je serai bien partout; jamais vous ne m'entendrez me plaindre. Que je suis heureuse , mon Frédéric , de pouvoir vous faire encore ce sacrifice pour vous donner un faible gage de mon amour! Vous serez mon mari, mon maître, mon seigneur, tout ce qu'il vous plaira. Je vous serai fidèle et soumise; je passerai ma vie à vous aimer, à vous

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servir. Ne serez-vous pas bien flatté, monsieur, d'avoir pour esclave et pour maîtresse une patricienne de Venise, qui aura tout abandonné pour votre amour, famille, patrie, fortune, honneur? Oh! vous seriez bien coupable si jamais vous alliez oublier tout cela !

Frédéric était enivré de bonheur. Il tint long-temps la jeune signora pressée contre son cœur. Elle s'échappa de ses bras, et posant ses genoux délicats sur le bord de la lagune:

— Venise, ma ville bien-aimée, dit-elle, ma destinée dès le berceau fut liée à la tienne. Jamais nous ne nous quittâmes sans qu'un maiheur vînt fondre sur toi ou sur moi ! Et je t'abandonne eu ce moment I I^e ciel veuille prendre pitié de nous!... Mais le ciei est bien sombre, murmura-t-elle d'une voix éteinte et avec un pressentiment sinistre. Frédéric, vois comme ces nuages s'amoncèlent sur notre belle lagune. Vois quelles formes terribles ils semblent prendre en passant sur nos têtes. Celui-ci avec sa draperie noire et ses franges d'argent, c'est comme un drap mortuaire qui nous recouvre ! Celui-là qui s'enfuit comme im fantôme du côté de la terre-ferme avec des taches de sang sur son linceul plus blanc que la

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neige des Alpes. Le vois -tu? N'a- 1- il pas la forme d'une femme? Serait-ce l'ombre de Venise ou la mienne? Sainte Vierge, ayez pitié de nous. Oh 1 les nuages ! les nuages!

Frédéric rassura sa maîtresse par ses baisers.

— Venezia! s'écria-t-il avec exaltation et en étendant la main vers le ciel, reçois aussi un serment que je te fais à la face du ciel et de Venise, de n'être jamais qu'à toi, de te reconnaître pour ma femme quoi qu'il arrive, malgré le monde et le préjugé. Puissé-je mourir mille fois avant de manquer à cette promesse solennelle !

— Vous l'entendez, mon Dieu, dit la jeune femme qui tomba mourante et pâmée dans ses bras.

— Oui, Venezia, répéta le jeune homme, à toi seule, à toi pour l'éternité 1

Le pas d'un homme sur le sable se fit entendre à quelque distance. Frédéric tressaillit. Cet homme fut bientôt auprès de lui. C'était le lieutenant Timotéo.

— Le capitaine du lougre, dit il à Frédéric en baissant la voix, est prêt à vous recevoir sur son bord. Venez avant que le jour se lève: car le ciel commence à blanchir, et les batte-

ries de la côte pourraient bien nous inquiéter dans notre embarquement. Le canot du capitaine vous portera au navire en quelques minutes. Il vous attend de l'autre côté du Lido. Mais où diable aliez-vous comme cela, monsieur Frédéric? ajouta le lieutenant d'un air hébété ; oubliez-vous donc que votre frère vous attend à l'hôtel , et que nous partons ce matin pour Vérone ?

— Nous partons , mon ami ; mais Vérone n'est pas le but où nous prétendons nous diriger. Quoi qu'il en soit, Timotéo , j'espère que vous voudrez bien nous accompagner dans notre promenade.

— Et où allons-nous, s'il vous plaît?

— En France î

Ce louigre ^n fûpitatne Cau^ier.

... Je ne puis vous recevoir couverts du sang français. Quand vous aurez fait remettre en mes mains l'amiral du Lido, le commandant tle la tour el les inquisiteurs d'état qui dirigent la police de Venise , j'écouterai ce que vous avez à dire pour votre justification.

Paroles du général Bonapaktb.

Quand le jour reparut après cette nuit de tempête, le cieè était plein de lumière. Les jolies vagues bleues de l'Adriatique , verticalement éclairées par les rayons du soleil levant, se renvoyaient, comme autant de miroirs, des mil- II. 3

lions (rétincelles , et sautillaient pareilles à de joyeuses volées d'oiseaux. L'immense mer jetait à la plage le bruit tranquille et monotone de ses flots. Elle semblait, avec sa bouche puissante, respirer une vie nouvelle dans cette atmosphère épurée du matin.

Cependant les clochers de Venise murmuraient au loin une prière plaintive qui montait solitairement au dessus de la grande ville endormie.

La côte orientale du Lido, hérissée de forts et de batteries, saluait aussi le retour de la lumière par des roulemens de tambours , et l'on voyait sur les glacis et les redoutes qui protègent l'entrée du port, reluire les vigilantes baïonnettes des soldats de garde.

On entendit le cri d'une sentinelle retentir sur la plate-forme du château de Saint-André, Ce château commande la passe par laquelle on pénètre dans le port de Venise.

— Qui vive ?

— Ronde major. — On va relever les factionnaires et faire l'inspection ^es batteries. — Canonniers, à vos pièces! — Grenadiers, sôus les armes ! — Lieutenant Daniello , votre rapport! Que s'est-il passé cette nuit?.

— Mon colonel , répondit le jeune homme à qui s'adressait ce discours, rien de neuf , si ce n'est un petit navire qui , pendant la tempête, est venu mouiller l'ancre à une portée environ de notre batterie. Vous pouvez le voir d'ici avec ses voiles amenées. Il a sans doute à réparer quelque avarie.

— N'a-t~il pas hissé de pavillon qui puisse faire connaître à quelle nation il appartient? Donnez -moi votre lunette. — Fort bien. — C'est sans doute un navire marchand qui allait porter quelques denrées sur la côte d'Istrie. Il n'aura pu tenir la mer. En attendant que l'amiral de la station décide s'il lui sera permis de rester amarré sous les forts, surveillez-le bien, lieutenant Daniello. Des corsaires français ont été aperçus dans le golfe. Il pourrait se faire que l'un d'entr'eux fût assez osé pour venir tenter quelque méfait jusque sous notre feu.

— Mon colonel , dit en souriant le lieutenant vénitien, personne plus que moi n'aime et n'admire le courage des marins français ; mais je ne pense pas que ce petit navire ait la pensée de violer nos réglemens. Voyez, il n'a pas à bord une pièce de huit, et une dou-

zaine d'hommes composent, je crois, son éq.» page.

— N'importe, interrompit sèchement le lonel ; songez que nous avons les ordres plus précis d'écarter de la côte tout na\ armé en guerre, et à plus forte raison si navire est français. Il faut savoir interpré l'esprit des ordres que nous recevons et ne > se fier seulement à la lettre. Vous pourriez ; rigueur avoir des égards, des ménagem< pour les navires autrichiens, mais tout hi ment français nous devons le considérer com^ ennemi et le traiter comme tel si le cas se p sente.

— Mais cependant , murmura le lieutena?

il me semble que la loi de neutralité...

— Taisez-vous , lieutenant Daniello ! s'éc le colonel, la voix haute et d'un ton irri la loi! la loi! Ils croient avoir tout dit qua ils ont prononcé ce mot-là. Seriez-vous au^i de ces gens qui révent le renversement de ns antiques institutions et qui prétendent met dans la main de la canaille l'honneur et le saat du pays?

— Le peuple , dit modestement le jeu homme, a aussi ses droits qu'il ne faut pas rj

onnaître. L'exemple de la France ne l'a-t-il pas rouvé ?

-Oserez -vous bien, monsieur, s'écria le i.lonel de manière à se faire entendre de l'aliral de la station, qui à ce moment venait lire sa tournée d'inspection dans la batterie de i plate-forme ; oserez-vous bien devant moi lire l'apologie des horreurs de g3, et justifier assassinat de la noblesse et du clergé ? Je delanderai une enquête sur votre conduite. En Etendant, vous garderez quarante-huit heures is arrêts forcés.

Un murmure de mécontentement parcouut les rangs des canonniers appuyés nonchaimment sur l'affïit de leurs pièces. Le colonel îonça le sourcil.

— Voilà, monsieur, le fruit de ces belles laximes; voilà les funestes effets de ce poison aie vos Français ont importé parmi nous. L'éalité ! Osez-vous bien la rêver? De quel droit ous assimiler à nous gens nobles et qui pou-

ms citer les noms de cinq générations d'aïeux?

ous, par exemple, monsieur le lieutenant; ous si fier, quel crédit trouveront vos pajles quand vous ne pouvez pas même dire

le nom de votre père, quand tout Venise sait que vous êtes un enfant bâtard ?

— Colonel ! s'écria le lieutenant hors de lui et portant sa main convulsivement sur la garde de son épée, vous me rendrez raison de cette insulte

L'amiral à ce moment s'avança entre les deux officiers. Il félicita le colonel sur son dévouement et sur ses principes, et il ordonna au jeune lieutenant de rendre son épée. Les soldats témoignèrent par un sourd murmure de l'indignation que produisait sur eux cette injustice.

C'est par mille scènes de ce genre que se trahissait chaque jour la divergence d'opinions qui partageait en deux camps la population de Venise. D'un côté le mépris d*une autorité appuyée sur l'injustice, de l'autre cette opiniâtreté qui faisait méconnaître la nécessité d'un changement dans les formes d'un gouvernement suranné.

— Monseigneur, dit le jeune lieutenant les larmes aux yeux ert rendant son épée à l'amiral , un soldat ne sait qu'obéir. Pour repousser d'indignes insultes, je ne vous demande qu'une grâce, c'est de me procurer le bonheur de me faire

LE LOLGRE DU CAPITAINE LAUGIER. Sq

tuer pour Venise, aussitôt que l'occasion se présentera , car je ne puis vivre ainsi.

Quatre grenadiers emmenèrent le lieutenant, non sans lui témoigner par des regards d'intelligence qu'ils partageaient sa douleur et qu'ils ressentaient leur part de l'offense qu'on lui faisait. L'amiral se rapprocha du colonel. •

— Ce jeune homme est un brave, lui dit-il tout bas; j'approuve votre conduite, mais vous lui avez parlé trop durement. Dans deux heures il faudra vous-même lever ses arrêts. Nous avons assez d'ennemis dans le peuple, nous devons éviter de lui donner un nouveau prétexte de haine contre le sénat. Vous m'entendez , colonel ?

Puis, chiffonnant quelques papiers entre ses doigts, l'amiral ajouta:

— Un officier de la côte me fait savoir que ce navire que vous voyez à l'ancre a eij. cette Ujuit des communications avec le Lido. Il faut envoyer à son bord pour en faire la visite. On m'assure qu'il a reçu des transfuges. On le soupçonne même d'être un corsaire français et (^ cacjier dans s^ -cale d,es munitions de guerre. Commandez cinq hommes, et api;ès l'ilnspec-

4o VENEZIA LA BELLA.

tion VOUS ferez mettre une chaloupe à la mer.

Le colonel s'inclina et l'amiral passa outre, visitant l'un après l'autre chaque canon de la batterie et interrogeant chaque soldat, au sujet de ce navire mystérieux, dont le pont fermé et impénétrable aux regards, pouvait cacher quelque trame secrète, quelque complot terrible qu'il importait de connaître et de déjouer.

Le petit navire , qui pendant la tempête était venu s'amarrer presque sous les batteries vénitiennes, n'était pas précisément de nature à justifier les soupçons que l'amiral avait conçus contre lui. C'était un joli lougre élégamment construit, à la mâture fine et légèrement inclinée; sa coupe était gracieuse et coquette. Le pont luisant et poli , semblait peut-être plus soigneusement lavé et entretenu que ne le sont d'habitude les vaisseaux marchands qui naviguent dans les eaux de la Méditerranée. On l'appelait le Libérateur de V Italie. Un œil exercé pouvait à la rigueur soupçonner ces flancs , si bien goudronnés , de receler autre chose que des cotons filés ou tout autre produit du génie commercial. En un mot, malgré l'air tout paci-

LE LOUGRE DU CAPITAINE LAUGIER. ^l

fique de sept ou huit marins qui dormaient le long du bord, il y avait dans cette. physionomie de navire un léger parfum de corsaire, que l'amiral vénitien , en vieux connaisseur, avait flairé tout d'abord.

Les entrailles de ce navire, si calme en apparence, étaient en effet toutes hérissées de fusils, de sabres, de haches; des boulets de huit lui servaient de lest, et trente gaillards armés jusqu'aux dents étaient les joyeux passagers que le lougre transportait sur les eaux de l'Adriatique.

Dans une petite chambre à l'arrière, dont les rideaux fermés ne laissaient arriver qu'un léger filet de jour, un jeune homme et une jeune dame se tenaient enlacés, et leurs yeux se parlaient bien plutôt que leurs voix. C'étaient de longs silences qu'interrompaient par intervalles des soupirs comprimés, des exclamations qui ne s'achevaient pas, d'inépuisables baisers. Il y avait au milieu de cette expression d'amour qui animait les joues de la jeune dame, un mélange d'effroi qui venait parfois l'agiter comme le frisson de la fièvre. Il y avait dans les traits du jeune homme un enthousiasme de dévouement qui semblait promener

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son âme dans ses yeux. Ici l'amour, là bas la haine; ici du fer, de la poudre, des haches, des coutelas à couper la gorge à une arjiiée ; plus loin , de doux regards d'amour , deux âmes se fondant l'une à l'autre!... Au dessous de tout cela, la mer! la mer immense ! dévorante, sans pitié; la mer dont la surface brille comme le ciel , et dont le fond touche à l'éternité !

Le capitaine du corsaire entra brusquement dans la salle où les amans se tenaient de la sorte embrassés. Il jeta deux pistolets sur la table, et regarda silencieusement le jeune homme, qui se leva d'instinct et s'approcha du marin, comme s'il comprenait ce regard. La jeune dame pâlit; le jeune homme toucha la main du capitaine, et lui dit d'une voix basse, mais assurée :

— Nous sommes découverts, n'est-il pas vrai ? faites-nous mettre à terre, capitaine ; nous subirons notre sort puisque nous n'avons pu l'éviter. Il n'est pas juste que nous compromettions la vie de votre équipage. Quoi qu'il arrive, soyez assuré que je vous garde une éternelle rex:onnaissance !

— Il est vrai , dit le capitaine d'un air consterné ; malgré la nuit et la tempête , nous n'a-

vons pu tromper la vigilance des garde-côtes ; un officier vénitien va venir à bord nous visiter, et l'ordre vient de nous être donné de hisser notre pavillon.

— Ainsi donc plus d'espoir ! s'écria la jeune dame qui devint plus pâle encore. O mon Dieu! tout est donc fini pour nous?

Le capitaine du lougre fronça le sourcil, et devint aussi rouge que la jeune femme était pâle et blanche. Une sourde et subite colère semblait agiter tous ses membres; il serra les dents et frappa convulsivement de son pied le plancher du navire; puis il croisa ses larges mains derrière son dos et fit quelques pas sans ajouter une parole. Frédéric crut le comprendre.

— Capitaine , lui dit-il, merci , encore une fois, de votre bienveillante hospitalité; vous avez fait pour cette jeune dame et pour moi tout ce qu'on pouvait attendre d'un homme d'honneur. Adieu ; ordonnez qu'on nous remette à terre, et n'attendez pas pour obéir aux ordres de i'amiral vénitien, que tout moyen de salut vous soit devenu impossible.

Le capitaine fixa sur lui des yeux terribles.

— Monsieur, j'ai navigué trente ans à la

barbe de l'Anglais, j'ai brûlé plus de poudre dans l'Inde et en Amérique, que ce méchant lougre n'en peut contenir , en fût-il bourré de la cale jusque par-dessus les plats-bords; j'ai onze blessures, trente ans de mer, et quarantecinq ans d'âge, et je ne sache pas que dans les deux hémisphères une seule voix puisse s'élever contre l'honneur du capitaine Laugier. Monsieur, j'ai toujours aimé la France comme ma mère, et traité comme des frères mes concitoyens. C'est la première fois qu'on ose me dire : Tu seras un traître et un lâche! livre tes hôtes à leurs bourreaux, fuis devant l'ennemi, livre ton pavillon aux mépris des étrangers! En tout autre lieu, en tout autre moment, ce doute, monsieur, serait une insulte!

Frédéric resta immobile et muet. Il était confondu de cette grandeur d'âme qui se révélait tout à coup dans cet homme ignoré, dans un homme qui n'avait d'autre éducation que celle de sa conscience, et d'autre pensée que celle de remplir un devoir naturel.

-^ Honneur à toi, pensa-t-il, noblecœur! il y a dans cette âme l'étoffe brute d'un grand homme.

Venezia se précipitait aux genoux 'du capi-

taine et baisant ses grosses mains avec ses lèvres délicates et fraîches :

— O comme nous vous aimerons! s'écriat-elle; vous serez notre père, notre sauveur, notre dieu! c'est plus que la vie, monsieur, c'est plus que la vie que je vous dois !

Frédéric , sorti enfin de sa stupeur , se jeta dans les bras du capitaine.

— Monsieur, vous serez un jour un héros!

— Oui, si un boulet ne m'emporte avant ce temps-là, répondit Laugier dont le visage se dérida tout à coup.

On entendit un grand bruit dans l'entrepont, Timotéo accourut précipitamment.

— Eh vite ! eh vite ! capitaine, nous sommes abordés. Il y a là un officier du fort Saint-André qui prétend avoir un ordre de l'amiral pour visiter votre navire.

— Par tous les diables ! il ne le fera pas , répondit le capitaine, ou les aristocrates entendront si nos pièces de huit ont la voix claire. A bas les aristocrates de Venise! vive la république une et indivisible ! — En disant ces mots, le capitaine Laugier qui , l'héroïsme passé , était redevenu homme du peuple, remettait en

toute hâte ses deux pistolets à sa ceinture. Il s'assura que son poignard glissait bien dans sa gaine; puis, sifflant un air patriotique, il franchit en quelques bonds l'escalier de bois qui conduisait sur le pont.

— Ohé! citoyen lieutenant, héla le capitaine français penché à mi-corps sur le bastingage de son lougre. — Il s'adressait à l'officier vénitien qui , accompagné de quatre soldats et d'autant de rameurs qui dirigeaient son canot, demandait à monter dans le navire.

— Ohé ! citoyen lieutenant, que voulez-vous?

— Monter abord, répondit la voix de l'officier. J'ai un ordre de l'amiral.

— De quel amiral , s'il vous plaît ?

— De l'amiral commandant en chef la station vénitienne.

— Pas possible ! eh bien , l'ami , vous n'êtes pas en règle; il faut envoyer une chaloupe à Toulon. Je consens à vous laisser visiter mon navire, mais à condition que vous m'apporterez un ordre signé de l'amiral français. Entendezvous ! Regardez donc au-dessus de votre tête ; connaissez vous le pavillon tricolore ? C'est celui de la liberté et de la grande nation. Vivent la

nation et la liberté! vous ne connaissez pas cela , vous autres aristocrates !

La voix de l'officier vénitien se fit entendre de nouveau.

— Ne vous faites pas prier plus long-temps , capitaine, ou, sur mon âme, vous vous attirerez un mauvais parti. Ne voyez-vous pas que toute résistance de votre part serait une folie? Il y a ici dans la passe dix navires qui vous donneront la chasse au premier signal, et le feu de nos batteries suffirait pour vous couler avant que vous eussiez le temps de dire un Ave. Ainsi donc, je vous avertis en ami, rendez les deux transfuges qui se sont glissés cette nuit à votre bord, et il ne vous sera rien fait. Je prends sur moi de vous éviter une confiscation, à condition que vous livrerez les transfuges , et vous pour-' rez lever l'ancre aussitôt.

Le capitaine partit d'un long éclat de rire à cette proposition amicale, qui ne fit, comme c'est l'usage, qu'irriter son amour-propre et enraciner davantage son projet de défense désespérée.

— Lever l'ancre, vraiment! ah! mon joli lieutenant, retourne à ton amiral et va lui dire que tu as vu le capitaine Laugier décidé

à périr à cette place avec son équipage , plutôt que de faire une lâcheté. — Allons, vous autres, enfans, ajouta-t-il en s'adressant à ses marins , allons , des câbles , et piquez-moi une seconde ancre. Nous serons plus solides sur deux jambes.

— Capitaine Laugier, cria de nouveau le lieutenant vénitien , je vous en supplie , croyez à mes conseils. Ne me reconnaissez-vous pas ? je suis le petit Daniello à qui vous donniez des oranges quand vous veniez à Venise, il y a dix ans, faire la contrebande de cachemires que vous apportiez du Levant.

— Quoi! c'est toi, mon petit Daniello! reprit le capitaine ouvrant ses gros yeux étonnés; j'ai bien du plaisir à te voir. J'aimais beaucoup ton père, et feu madame ta mère était une honnête personne; mais l'honneur parle , vois-tu ? et probablement avant dix minutes nous allons nous montrer les dents. En attendant, porte-toi bien, et le bon dieu te préserve de venir en personne donner la chasse à mon lougre. J'ai trente - quatre hommes dans ma cale, huit pièces de canon en bon état, et des munitions à faire une campagne de six mois. Nous sommes ici pour surprendre

ïiîi convoi autrichien, et nous ne démarerons pas, même sous le feu de vos batteries, pas plus que nous ne livrerons nos hôtes. Va dire cela à ton amiral, et le diable l'emporte s'il ose tirer un coup de canon sur le pavillon tricolore. C'est le drapeau de Montenotte, de Millesimo et de liodi que nous portons, vois-tu, petit, et je vais donner ce soir pour mot d'ordre à mes factionnaires : Bonapai^te et Massénal Vive la république! moi^t aux tyransl comme on disait à la section. Ah! si vous autres Vénitiens du peuple, vous vouliez secouer aussi cette noblesse qui vous ronge... Mais patience; cela viendra peut-être.

— Hélas! murmura le jeune homme avec un gros soupir , le ciel vous entende , capitaine Laugier! Et il pensa en lui-même :

— Oui , la noblesse ! c'est elle qui nous tue. Sans ce titre odieux qui nous sépare, j'aurais eu raison de cet insolent colonel. Mon dieu ! être appelé un lâche et un bâtard!.... Je ne survivrai pas à ma honte.

— Adieu, Daniello, lui cria le capitaine. Va porter ma réponse à ton amiral d'enfer; dislui que ce serait une insigne lâcheté de tirer sur mon navire; mais que si le combat s'engage,

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