‹ Venezia la bellaChapitre 23 sur 42 · UN «RAME PAR LA POSTE · texte numérisé non relu

UN «RAME PAR LA POSTE

dévouée ? Qu'importent les combinaisons du sort, qui, tout en justifiant la pureté de mes intentions, n'empêcheront pas que ce qui a été n'ait été ! Qu'importent les projets de ma sagesse et de ma réflexion si j'ai lourdement écrasé les espérances de mon frère et de mon ami , ces tendres fleurs de ses illusions!

» Une funeste méprise nous a perdus tous trois; car moi aussi je souffre du malheur que j'ai causé, et les tortures que j'éprouve n'ont pas d'égales, croyez-le bien.

» Ah 1 c'est de moi que cette femme s'est vengée, et non des prétendues trahisons de sou amant. Si vous aviez vu , monsieur le comte, ce qu'il y avait de dédain sur ses lèvres et de mépris outrageant dans son regard lorsque, l'autre jour, elle me défendit, avec le calme de l'indifrence, de jamais me représenter devant elle? Si vous aviez entendu comme moi ces dures paroles sortir de sa bouche pour éclater sur ma tète comme une punition du ciel!

» Depuis ce moment, je sens dans tout mon corps glisser une agitation inconnue qui me brûle et me glace à la fois. Je ne puis rester en repos. Il me faut aller et marcher parla ville, souffrir incessamment et ne me trouver bien

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nulle part. Ce qui me plaisait m'obsède et m'ennuie. Mes idées d'ordre et de repos sont confondues dans ma tête, qui bouillonne et travaille'comme un volcan. Je cherche, durant mes longues insomnies, à pouvoir analyser les étranges phénomènes qui se passent en moi, et je ne trouve au fond de mon âme qu'un chagrin vague et complètement en dehors du regret de ma faute. J'ai peur d'aller plus avant ; ma philosophie s'arrête devant ce mystère que malgré moi je répugne à éclaircir.

» Moi si tranquille et si calme! quel démon m'a poussé au milieu de ce tourbillon qui devait m'entraînerPNe ressemblé-je pas à ces nageurs imprudens qui, voyant un homme se noyer, consultent plutôt leur courage que leur force, et au lieu de le sauver vont mourir avec lui. Ainsi j'examinerais le danger du rivage, et me voici en pleine voie de perdition !

w Peut-être, monsieur le comte, jugerez-vous mieux que moi de ma position actuelle. La confiance que vous m'avez toujours témoignée, et l'amitié qui vous lie à notre famille , me font un devoir de vous mettre au fait de toute cette affaire. Vous pourrez au moins assurer M. de Neudorf et notre chère Wilhelmine qu'en tout

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