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MESURES A PRENDRE SUR-LE-CHAMP

« Arrestation de d'Entragues , le chargé d'affaires du prétendu roi de France.

Ouverture des puits et des plombs , pour que le peuple puisse les voir.

Promesse à tous les autres détenus, pour quelque délit que ce soit, de la révision de leur procès.

LA MORT d'une VILLE. a43

Abolition de la peine de mort.

Licenciement des esclavons, en les payant, comme cela est juste.

Remise de la garde de la ville à des patrouilles d'ouvriers de l'arsenal et de marchands. »

Un murmure d'étonnement parcourut les rangs des sénateurs et interrompit la lecture commencée ; mais les voix du peuple éclatèrent de nouveau en disant : Nous le voulons !

Et des coups de fusil tirés sous les fenêtres du palais appuyèrent encore ces prétentions. Le doge alors reprit sa place, et le plus profond silence régna dans l'assemblée. Frédéric continua :

« Érection de l'arbre de la liberté sur la place de Saint-Marc.

Municipalité provisoire de vingt-quatre Vénitiens, en invitant les villes de la Terre-Ferme, de l'Istriey de la*Dalmatie et du Levant à s'unir à la mère patrie.

Publication d'un manifeste annonçant au peuple qu'il aura un gouvernement démocratique et le choix de ses représentans.

Brùlement des signes de l'ancien gouvernement demain au pied de l'arbre de la liberté.

a44 VENEZÏA LA. BF.LLA.

Amnistie complète.

Déclaration de la liberté de la presse.

Quatre mille Français seront invités à entrer dans la ville.

On promet d'intervenir auprès de Bonaparte en faveur des Inquisiteurs d'État.

Stipuler que dans la municipalité on ne pourra admettre qu'un tiers de nobles qui seront choisis parmi les vrais patriotes. »

Les cris et les vociférations de la populace recommencèrent alors avec plus de violence, et les explosions d'armes à feu, qui éclataient jusque dans l'intérieur du palais, achevèrent de jeter l'épouvante dans cette assemblée des Sages , qui s'attendaient à chaque instant à se voir massacrés.

Un envoyé de Nicolô Morosini, chargé de veiller dans Venise au maintien de la tranquillité, vint encore, par ses confidences faites à voix basse, augmenter les terreur»du sénat. Malgré l'opposition de deux conseillers et de cinq Sages de terre ferme, qui eurent le courage de protester, l'assemblée se soumit aux propotitions qui venaient d'être lues au nom du peuple.

La populace , fière de sa victoire , évacua aussi-

LA îfORT d'une ville. 1^5

tôt la salle du conseil, et alla proclamer au dehors la déchéance du gouvernement de Venise. Il venait de s'éteindre ainsi sans secousse, sans aucune de ces luttes énergiques qui signalent le passage de la vie à la mort, ainsi qu'un vieillard exténué qui , n'arrêtant plus ses prétentions aux choses de ce monde, joint les mains sur sa couche et rend son âme à Dieu.

îicpréôailUei,

Enfin "Venise an sein de son Adriatique lîxpire tous les jours comme une pulmonique . Elle est frappée an cœur et ne peut revenir. Le destin a flétri son royal avenir.

Et pour toujours sevriî sa lèvre enchanteresse Du vase d'Orient que lui tendait la Grèce.

Auguste Barbier , Il Pianto.

Quelques jours après, trois mille Français, embarqués sur la flottille vénitienne qui était allée chercher ses maîtres au bord de la lagune, descendaient en armes sur la place de Saint- Marc.

Les conquérans et les vaincus demeuraient,

2 48 VENEZIA LA. EELLA.

pèle -mêle, à se regarder les uns les autres comme s'ils n'étaient venus de si loin que pour cela. Les uns touchaient et considéraient curieusement des uniformes troués qui sentaient la poudre; les autres mesuraient de leurs regards ces beaux monumens qui avaient vu tant de choses et qui voyaient des vainqueurs pour la première fois. Des deux parts c'était la même stupeur,Je même étonnement de se parler face à face et de ne pas comprendre pourquoi ils étaient réunis.

Passifs instrumens de la destinée, ils ignoraient, ces hommes, qu'une grande catastrophe s'accomplissait par eux dans l'histoire de l'humanité, et parce qu'ils n'entendaient pas des gémissemens, mais des chants de joie et des cris d'ivresse, parce qu'ils ne voyaient pas de sang couler, mais des fleurs sous leurs pieds, des couronnes et des bannières au vent, ils ne devinaient pas qu'un meurtre affreux se commettait en ce moment suprême, et que l'agonie de leur ville commençait pour durer peut-être pendant un siècle et faire un exemple effrayant à l'univers.

La terre , en effet , entrait pour peu de chose dans cette grande exécution des décrets de la

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