‹ Vengeance fatale [microforme]Chapitre 5 sur 27 · LE FEU LE ST DENIS · texte numérisé non relu

LE FEU LE ST DENIS

Le temps a marché : c’est aujourd’hui le 21 novembre

Il est environ huit heures du soir: il tombe une pluie fine et très froide ; des éclairs déchirent parfois le voile du firmament, illuminant le ciel d’une lueur sinistre; le tonnerre gronde sourdement, A cette

heure dans St-Antoine, on ne voit personne hors de chez lui excepté un homme d’une Stature colossale, drapé dans un long manteau noir, et dont on entrevoit à peine la figure. Il marche d'un pas lent, s'arrête quelques instants, consulte sa montre, puis recommence à marcher. Dix minutes se passent, il s'arrête de nouveau: “voilà qui est singulier, dit-il: cela vraiment devient inquiétant, Lui, ordinairement si ponctuel à un rendez-vous, en retard de plus d’une demi-heure, Lui serait-il arrivé un malheur? C'est peut-être cette tempête qui m'empêche d'entendre ? Attendons encore un peu. ”

Bientôt,cependant,on entendle bruit de pas éloignés ; ce bruit devient plus clair à mesure que les pas se rapprochent et on ditingue enfin la figure d’un homme qui s’avance rapidement,

-— C'est toi, Pierre, te voilà enfin! Je dois dire que je commençais presque à désespérer de te voir ce soir,

— En ettet, docteur, je suis en retard ; Ce n'est pas ma faute, cependant, car J'ai dû subir les inconvénients du mauvais temps et d’ailleurs, À plusieurs endroits, nous n’avons appris les nouvelles que très tard.

VENGEANCE FATAIE 25

— C’est bien ; quelles sont ces nouvelles ?

— Des nouvelles graves et sérieuses.

— Ârrive donc vite au fait; mais d’abord dis moi d'où tu viens.

— De Sorel.

— Ce n’est qu'aujourd'hui alors que tu as pu traverser le fleuve ?

— Oui, docteur.

— Cela me fait comprendre ton retard, surtout par cette tempête. Que se passe-t-il à Sorel ?

— Lorsque je suis arrivé, on venait d'apprendre qu'un régiment de cavalerie avait été mis en déroute entre Longueuil et Chambly. Cette nouvelle a créé. une vive sensation,

— Je crois bien, sacrebleu ! elle à dû faire prendre contre nous quelques mesures énergiques.

— Oui, entre autres, celle d'envoyer de ce côté des troupes immédiatement, et Je crois qu’à cette heure le colonel Gore marche sur St Charles,

— Actuellement ?

— Oui, et il est probable qu'avant neuf heures, demain, il sera à St Charles.

— Combien de soldats a-t-il avec lui ?

— Je ne puis dire au juste, mais tout fait me prévoir qu'ils seront nombreux.

— Îl n’y a donc pas de temps à perdre ; je vais aller prévenir M. Papineau, pendant que toi, mon brave Pierre, tu répandras cette nouvelle parmi tous les habitants ; (1) qu’ils s’arment comme iis pourront et que tous soient prêts à combattre demain ds l'aurore !

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(1) Nous avons cru pouvoir employer ce mot que l’usage a consacré au Canada,

— Que voulez-vous donc fuire ?

— Arrêter les troupes à St Denis d'abord; mais ne

t'occupe pas de ce que je fais, vois seulement à ce que Je t'ai dit.

— C'est bien, docteur.

Et les deux hommes se séparèrent pour vaquer chacun à sa besogne,

Le lecteur a sans doute déjà reconnu le messager qui arrivait de Sorel. C'était Pierre Hevrart marié à Mathilde Gagnon depuis plus de trois mois. Quant au Personnage qui lui avait donné des ordres avec une autorité qui, comme le lecteur a pu s’en apercevoir, révélait l’'howme habitué au Commandement, nous ferons bientôt sa Connaissance.

Pierre n'avait Jamuis vu Raoul de Lagusse, et il avait toujours ignoré l'aventure à la suite de laquelle Mathilde l'avait connu chez le père Pouliotte.

Mais il n'en était pas de même pour celle-ci. Elle l'avait encore vu environ huit jours avant son mariage avec Pierre, pendant un Voyage que Raoul avait fait sur la rivière Richelieu, et avant de partir, après lui avoir réitéré sa demande lui-même, il l'avait menacée de sa vengeance si elle épousait Pierre.

Cependant, par un hasard fatal, elle n'avait Jamais voulu parler de cet incident à son époux.

Elle craignait qu'en le lui communiquant, il ne s'exposät à des dangers qui pourraient lui être funestes ; et elle croyait que les menaces de Raoul n'étaient que l'effet du dépit et de la colère. N'’entendant plus parler de lui, elle s'était bien vite tranquilisée, Mais elle avait tort de se croire ainsi en sûreté, car le serpent

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