ETES
veillait dans l'ombre, 11 ne se passait pas une seule s ne journée sans que Raoul ne sût tout ce qui concernait que Pierre et sa jeune épouse.
Suivons maintenant l'homme au manteau noir.
uer Après avoir marché pendant une dizaine de minutes, il s'arrêta devant une grande maison construite d'une pierre rustique, fort en usage dans nos campagnes, et
ger frappa trois coups.
6 à Aussitôt la porte s'ouvrit, et un homme, tenant une au | lampe à la main, parut sur le seuil, ine — Qui êtes-vous ? demanda-t-il.
ir, | —Moi, répondit simplement l'inconnu.
JUS — Ah ! c'est vous, docteur, dit alors la première voix. | Veuillez done entrer, nous vous attendons depuis une ; il | demi-heure.
Ile | —Bien, bien, répondit celui-ci, je n'ai pu venir 1 plus tôt ; et il suivit celui qui lui avait ouvert la Ile porte.
pe Tous deux se rendirent dans une vaste chambre, it éclairée par la lumière douteuse d'une seule lampe, ui dans laquelle les principaux conjurés étaient groupés se autour de Louis Joseph Papineau, Un grand silence ‘ régnait parmi eux, mais à la vue de celui qu’on a en- IS tendu nommer deux fois le docteur, les patriotes relevèrent la tête, et tous l'interrogèrent en même = temps.
t Je vous répondrai tout-à-l'heure, tit celui-ci, e mais maintenant je veux parler particulièrement - RS avec monsieur Papineau. Et il l'emmena dans l'embrae sure d'une fenêtre et s’entretint à voix basse pendant
t quelques instants avec lui,
D Re
Pendant ce temps, l'impatience dévorait les autres conjurés, qui demandaient tour à tour : quelles nouvelles ? Qu'y a-t-il? Que se passe-t-il ?
—Ëh bien ! voici ce qu’il y a, répondit enfin le doc-
teur, les troupes marchent demain sur St-Charles pour y joindre l’armée du colonel Wetherall. Eh bien ! il faut les arrêter à St-Denis, et une rencontre est donc inévitable,
—Tant mieux ! s’écrient alors cinquante voix ensemble, nous les verrons donc à l’œuvre ces tyrans, et nous saurons bien si ces braves soldats sont aussi gais sur le champ de bataile que dans leurs casernes !
— Amis, dit Papineau, vous devrez renoncer à votre projet, car … Un grand bruit interrompit sa Voix :
Nous voulons nous battre, nous nous battrons, et de plus nous verrons la couleur du sang de ces anglais maudits ! s'écrièrent les patriotes, sans penser à l’insulte qu’ils faisaient À celui qui leur avait communiqué ces nouvelles et qui n'était autre que le docteur Nelson.
—Je vois avec peine, reprit Papineau, que rien ne peut ébranler votre courage et votre généreuse ardeur. Combattez donc pour l'amour de la patrie !
Le lendemain était le 22 novembre. Cette date nous rappelle toujours avec orgueil l'un des plus glorieux événements militaires de notre histoire, le feu de St-Denis,
Dès l’aube, Saint-Antoine et Saint-Denis furent le théatre d’un magnifique spectacle.
Des hommes enthousiasmés pour la défense de la liberté opprimée, s’armaient de pistolets, de mauvais fusils, de piques, de pioches, et couraient au lieu du combat,
Ez—
Le
Er
Au bruit du tocsin, huit cents hommes se trouvèrenr réunis; mais tous n'étaient pas armés, Il n'y avait environque cent-vingt fusils, bons ou mauvais Ceshommes étaient tous venus des paroisses avoisinantes. Un grand nombre, qui se trouvaient sur la rive opposée à St-Denis, traversèrent dans des embarcations, qui s’enfonçaient dans l’eau sous le poids des combattants.
Parmi ces gens qui combattirent à St-Denis et dont le courage et le dévouement à la patrie firent des héros, il faut remarquer le capitaine Labossière, de Contrecœur, armé seulement d’un long pistolet. C’âtait un bel homme, gros et grand, bien fait et d’une grande force musculaire,
Il arriva un des premiers à St-Antoine, et traversa aussitôt à St-Denis,
— Tonnerre ! disait-il en regardant son grand pistolet, je n'ai pas de fusil, moi, mais j'ai assez de mon pistolet, C’est lui qui va en faire de la besogne, n’estce pas, Marguerite ? Vous ne comprenez pas ce que je veux dire, vous autres, ajoutait-il en s'adressant aux patriotes, quand je parle de Marguerite, mais je vais vous expliquer cela. Sachez d'abord que mes deux mellieurs amis sont Charlotte et Marguerite ; Charlotte c'est ma bouteille, Marguerite mon pistolet. Jusqu'ici j'avais toujours aimé l’un autant que l’autre, mais je crois qu'aujourd'hui je préfère Marguerite.
—Tant mieux, dirent les autres, Marguerite ne manquera pas de faire son devoir !
— Ah! pour ça, y a pas de saison, s0yez Sûrs que Margverite fera son devoir; ce qui ne m'empêchera pas bien entendu, de goûter à Charlotte de temps en temps,
Pour toute réponse les patriotes poussèrent un hourra formidable.
Cependant le combat était commencé à St-Denis. Le docteur Nelson commandait nos braves canadiens. Il s'était enfermé avec eux dans une grande maison de pierre‘ qui leur servait de forteresse. En même temps l'artillerie anglaise ouvrait un feu meurtrier contre ces troupes improvisées. Au premier coup de canon, cinq hommes tombent morts.
A cette vue les combattants de Nelson sont stupéfaits et leur ardeur commence à se ralentir. Mais celuici, les manches de sa chemise retroussées, se fraye un passage au milieu d’eux.
“ Ho donc ! mes amis, s’écrie-t-il, ce n’est rien ; à la guerre comme à la guerre! Continuez votre feu.” Et lui-même recule les morts, et ne craint pas de s’exposer au danger.
Ce courage ranime l’ardeur des patriotes.
Peu de temps auparavant, les anglais avaient essayé de s'emparer d'une distillerie, défendue par une quinzaine de Canadiens. Voyant le peu d’effet de l'artillerie et de la mousqueterie, le colonel Gore avait ordonné au capitaine Markham de l'emporter d'assaut. Mais Markham y fût blessé, et après des efforts inutiles, les Anglais durent reculer devant le feu de leurs adversaires.
Pendant ce temps, les gens traversaient toujours de St-Antoine,
Les Anglais, inquiets, pointèrent un canon sur nn grand bac, qui contenait près de deux cents combat. tants, et le boulet passa si près du bateau, qu’en tom-
——qué
pi
bant dans le fleuve il fit rejaillir l’eau sur les Canadiens qui ne ralentissaient pas leur course, (1)
Cependant le combat ne cessait pas. Des deux côtés Ou se battait avec une égule fureur. Mais après six heures de combat, les soldats anglais commencèrent à retraiter et le colonel Gore, vieux décoré de Waterloo, dut abandonner la victoire aux patriotes, qui se mirent à la poursuite des troupes royales, (2)
Au premier rang des Canadiens se trouvaient deux Jeunes gens qui, pendant toute la durée du combat, s'étaient distingués par leur acharnement contre les soldats anglais, Tout-à-coup, pendant que ceux-ci déchargeaient leurs dernières Carabines, l’un d’eux fit feu sur son COMjEagnon, qui tombe roide mort,
Ce dernier avait nom Pierre Hervart: celui qui l'avait tué s'appelait Raoul de Lagusse. Les Canadiens continuèrent à poursuivre les Anglais.
Après le combat : “ Avez-vous tué plus de chiens que moi, docteur ? ” demanda une grosse voix.
— Tiens, Labossière, fit Nelson en se retournant, t’es-tu bien battu ?
—Si je me suis bien battu ? Je cré bin, sacrebleu,
J'ai tué trois soldats de la maison de St-Germain, (3) et quatre pendant la poursuite. Aussi je suis content de
moi, et maintenant je m'en vais prendre une rasade ! (4)
remet mms me xD nes EEE (1) Historique,
(2) Nous avons emprunté quelques détaiis à Garneau,
(3) La maison où s'étaient réfugiés les patriotes appartenait nommé St-Germain.
(4) Ce Labossière n’est pas un Personnage légendaire, mais au contraire parfaitement historique.
à un