‹ Venins et poisons [electronic resource]Chapitre 17 sur 54 · LA LUTTE CONTRE L' EXISTE NCE · texte numérisé non relu

LA LUTTE CONTRE L' EXISTE NCE

Quand la vie s'accroît en densité au delà des bornes d'un juste équilibre entre elle, l'espace etla subsistance (|ui lui sont nécessaires, nous ne tardons pas à constater qu'elle étouffe. Sans perdre en quantité, elle commence par perdre en qualité. C'est alors que les organismes inférieurs prennent le dessus, que leurs phalanges innombrables débordent de toute part; c'est l'invasion des barbares. Et quand ces vies inférieures ont pullulé, comme elles ne peuvent exister sans le secours même des organismes supérieurs, elles s'éteignent d'ellesmêmes, faute de substratum vivant, et la ruine est faite.

Insaisissables adversaires par le nombre et la petitesse, ces ennemis redoutables échappent aux. armes des êtres supérieurs, il faut contre eux des moyens spéciaux.

On pense alors au poison, l'arme des faibles; au poison, l'un des agents les plus rapides et les plus sûrs dans les luttes contre l'existence, comme il l'est aussi dans les luttes pour l'existence.

A mesure donc que les grands problèmes de l'art de conserver la vie s'éloignaient de notre pensée, à mesure aussi ceux non moins considérables de l'art de la détruire y prenaient place.

C'est surtout en considérant les luttes de notre espèce, que ce côté du rôle du poison grandissait singulièrement. Certes , nous multiplions la vie autour de nous, la 'vie qui convient à nos besoins; mais ce que nous multiplions surtout, c'est la mort.

Tuer et tuer encore : c'est la condition même de notre existence. Semer la vie, reprendre la mort, avoir une main pleine do germes et l'autre de poisons, voilà notre fonction.

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