‹ Venins et poisons [electronic resource]Chapitre 19 sur 54 · CHAPITRE PREMIER LE POISON · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER LE POISON

DéfîniLion du poison. — Virus. Ferments. — Miasme. — Nouvelle forumle. Nature de la toxicité. Toxicité relative. — Le comment et le pourquoi.

OISON, dit LittréjCst le nom générique de toutes les substances qui, introduites dans l'économie animale, soit par l'absorption cutanée, soit par la respiration, soit par les voies digcstives, agissent d'une manière assez nuisible sur le tissu des organes pour compromettre la vie, ou déterminer très promptement la mort.

On a dit souvent, et avec raison, je le crois, que rien n'est plus difficile à faire qu'une définition, et que rien aussi n'estplus rare qu'une bonne définition. J'en trouve une nouvelle preuve dans celle du mot poison, établie parLittré, qui cependant était un maître dans la science du langage. Pourquoi, par exemple, cotte restriction — qui introduites dans l'économie animale? — Est-ce que

les plantes n'ont pas leurs 'poisons, comme les animaux ? Poisons qui peuvent pénétrer aussi chez elles par diverses voies. J'en appelle de Littré à Littré luimême; au mot soufrage il dit : action de soufrer la vigne atteinte de la maladie causée par l'oïdium. — Le soufre est donc le poison de la plante nommée oïdium. Au mot chaulage on lit : opération destinée à débarrasser les grains de la carie ou du charbon — c'est-àdire à empoisonner les plantes qui constituent la carie et le charbon.

En disant que poison est le nom générique de toutes les substances qui, \xi\xoà.\x\iQ?,àQ.x\?,V économie vivante, etc. , on comprenait les substances qui agissent comme toxiques sur les plantes.

Dans la définition ci-dessus, je supprimerais aussi ce passage — qui agissent sur le tissu des organes. — Il est des poisons qui ne laissent pas de traces sur les tissus et que l'autopsie la plus délicate ne saurait déceler.

A l'époque oii Littré publiait son dictionnaire, on considérait comme synonymes du mot poison les expressions venin — virus — miasme. — On faisait cependant déjà quelques différences. Les venins étaient les humeurs spéciales sécrétées surtout par certaines glandes des animaux et quelquefois des végétaux. Ils devaient leur propriétés principalement à une substance organique naturelle ou principe immédiat coagulable et spécial, conservant sespropriétés après ladessiccation ou la mort do l'animal, ce qui rendait inexact le dicton: — morte de la bête, mort le venin.

Les virus étaient des étals particuliers d'altération

LE porsoN

dos substances organiques, liquides ou solides, qui cxistenL normalement dans tout être vivant, ou qui en proviennent, Ils empoisonnaient en transmettant à d'autres êtres un état d'altération semblable ou très analogue à celui dont il sont le siège. Un état particulier d'altération! Comme c'était vague et peu clair I

Les choses ont bien changé. On sait aujourd'hui que les virus sont constitués par des êtres vivants, animaux ou plantes, auxquels on donne le nom général de microbes. Par conséquent, ils sont analogues aux ferments, que l'on définissait aussi de la même manière, des étais 'particuliers de la matière agissant par action catalytique. Autant de mots pour couvrir l'ignorance de ces temps si peu éloignés.

Faut-il exclure les virus et les ferments de l'étude des poisons? N'appartiennent-ils pas, les premiers surtout, à celle du parasitisme? Ce sont réellement cependant des poisons vivants, mais nous les ferions sortir de ce travail par une porte, ils y rentreraient par une autre. Le microbe peut être, en effet, par lui-même, une cause d'empoisonnement pour l'économie ; mais il l'est aussi par ses productions physiologiques. Et d'ailleurs, qu'il soit ou ne soit pas poison, nous aurons à dire que c'est par le poison que nous nous débarrassons de ces intrus.

Les miasmes étaient aussi des poisons volatils, produits de volatilisations ou d'exhalations, capables d'affecter l'économie vivante. On connaissait le miasme paludéen donnant la fièvre, le miasme dyssentériquo donnant la dyssenterie, tous les deux provenant de la décomposition des matières végétales sous l'eau

OU dans lo sol humide. On connaissait encore le miasme hépatique provenant de la décomposition des matières animales. C'étaient là certes de véritables empoisonnements, quelle que fût la nature du miasme. En respirant l'air atmosphérique, ce pabulum viiœ, nous respirons en même temps tout ce qu'il contient. Nous verrons plus loin que les poisons n'y manquent pas, et que le milieu dans lequel nous vivons n'est que trop souvent une source permanente d'intoxication.

Ainsi les poisons revêtent les formes et les états les plus divers. Tantôt ce sont des substances minérales solides, crislallisables ou non comme l'arsenic et les sols de mercure. Tantôt des substances minérales liquides comme le mercure, ou gazeuses comme l'hydrogène sulfuré. Ce sont encore des substances d'origine organique cristallisables ou non, volatiles ou liquides : morphine, digitaline, nicotine, cchidnine, cantliaridine. Les poisons peuvent être encore des germes ou même des organismes vivants.

La définition du poison, modifiée par les remarques précédentes, pourrait donc être — Poison : toute substance, quelle que soit son origine et son état qui, n'ayant pas sa place normale dans l'économie, y trouble la vie ou en amène la mort i.

Le venin du serpent, le curare, le carbonate de plomb présentés à l'absorption cutanée; l'oxyde de

1 Je prie lo lecteur do ne pas croire que je suis très fier de ma d6finilion ; ce serait une grande vanité de ma part. Une pensée vient do mo troubler: lo souvenir de l'honnue à la Iburcliette. La iourcliet e avalée n'avait pas sa place dans l'économie, je crois, elle troublait la vie.... donc I !

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