CHAPITRE XI
LE VENIN
Le venin des Serpents. — Son identile dans louLlc groupe. — Travaux sur le venin. — Analogies du venin des Serpents avec d'autres produits de sécrétion. — Ses caractères physiques, physiologiques, chimiques.
E VENIN DES SERPENTS. SoN IDENTITÉ
DANS LE GROUPE. — Si le mécaiiisme de rinoculation est construit sur le même modèle chez tous les Serpents venimeux malgré la distance qui sépare les espèces, et malgré les différences de température et de milieu, on peut dire aussi que le venin est en quelque façon sorti de la même cornue, qu'il soitproduit par la Vipère d'Europe, par le Naja de l'Inde, par les Crotales du Brésil, ou le Trigonocépliale des Antilles. C'est là un fait assurément remarquable et bien capable de plonger le naturaliste philosophe dans une foule de réflexions. L'identité du poison, l'identité de l'instrument, dans tous les lieux, dans tous les temps, n'accuse-t-elle pas l'identité du chimiste-mécanicien qui conçut la formule du poison et le type de l'instrument.
Identité de composition, identité d'action, non pas seulement au point de vue du résultat maximum, la mort, mais encore à celui des symptômes qui la précèdent : voilà ce que nous trouvons dans le poison des serpents. Chez les plantes, nous rencontrons bien, dans
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les mêmes familles, des poisons qui se ressemblent beaucoup, quoique produits par des espèces différentes; tels sont ceux des Solanées, des Amygdalées et des Strychnées; mais ailleurs nous trouvons en revanche des poisons très différents chez des espèces voisines. La semence vénéneuse du physostygma venenosum ou fève de Calabar provient d'une plante do la tribu des Phaséolées qui renferme aussi les haricots.
Travaux sur le Venin. — Le Serpent venimeux a, dans tous les temps, tellement frappé l'attention des hommes de tous les pays, que l'étude de son poison a préoccupé les physiologistes, les chimistes, et de nos jours les micrographes ont apporté leurs observations à cet ensemble d'études. Les Serpents dangereux d'Europe étant loin d'être aussi redoutables que ceux des régions chaudes et leur venin aussi abondant; les savants n'ont pas eu sous la main tous les matériaux nécessaires à leurs observations. Aussi, depuis que des laboratoires d'expérimentation ont été créés aux lieux mêmes où les Serpents toxiques abondent, les expériences et les recherches se sont utilement multipliées.
On savait bien, avant que Cléopâtre en donnât une démonstration restée célèbre, que le venin de certains Serpents donnait la mort. Pline, Gelse, Lucain, Pausanias et Avicenne ont, dans leurs écrits, indiqué l'action du venin des Ophidiens et signalé particulièrement que ce poison pouvait déterminer la gangrenne.
En 1702, parut, en Angleterre, un ouvrage intitulé : Mechanical account of poisons. L'auteur était le docteur Richard Mead. Ce livre était le premier qui s'oc-
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cupât do cet important sujet qui allait inspirer d'autres travaux. Ce fut surtout en Italie que l'étude de ces substances scptiques fut poussée très loin. Francesco Rcdi. le premier, en 1664, ouvrit la voie en publiant ses observations sur la Vipère. Le plus célèbre de ces chercheurs fut Fontana qui fit paraître, un siècle après, son grand ouvrage sur les poisons, intitulé : « Traité sur le venin de la Vipère ; sur les poisons américains ; sur le laurier-cerise et quelques autres poisons végétaux. 1767. B Fontana rapprocha, avec raison, les poisons du règne végétal de ceux du règne animal. Si les uns et les autres donnent la mort, ils la donnent d'une façon souvent bien différente. Ce qui les distingue surtout, c'est que l'on peut dire des derniers qu'ils sont produits dans l'intention de la donner, tandis qu'on ne peut affirmer qu'il en est de môme des premiers. Leur rapprochement ne peut donc avoir d'utilité qu'au point de vue physiologique. Jusqu'à nos jours, Fontana, malgré des erreurs, est demeuré la plus grande autorité scientifique sur le sujet qui nous occupe.
Mangili continua, en Italie, les travaux de Fontana; il constata ce fait important, l'innocuité du venin de la Vipère porté dans les voies digestives, et sa lenteur d'action sur les animaux à températures basses. La première observation, qui conduisit à sucer sans péril les piqûres produites par les Serpents vénimeux, a sauvé bien des existences. Ce moyen, tout imparfait qu'il soit, peut au moins atténuer les eflets du poison.
En 1772, Moyse Charras fit paraître un Traité sur la Vipère; il avait ce titre original : « Nouvelles expériences sur la Vipère, où l'on verra une description
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exacte de toutes ses parties, la source de son venin, ses divers effets et les remèdes exquis que les artistes peuvent tirer de la Vipère, tant pour la guérison de ses morsures que pour celle de plusieurs autres maladies. »
En 1828, un préparateur au muséum, nommé Rousseau, entreprit aussi des expériences sur le venin de la Vipère; elles confirmèrent celles de Fontana.
Depuis le commencement de ce siècle, nombre de thèses ont été publiées en France sur ce sujet. Paulet, 1805; Decert, Gaignepain , 1807; Veyrines, 1817; Boué, 1833, toutes ayant trait au venin de la Vipère. En 1853, M. Léon Soubeiran publia, à Paris, un travail très important sur la Vipère.
En 1816, parut une monographie de Moreau de Jonnès, sur le Trigonocéphale des Antilles. Blot, en 1823, donna une thèse ayant pour sujet la morsure de la Vipère Fcr-de-Lance. Le docteur Guyon, qui fut médecin d'un régiment en garnison à la Martinique, prit pour sujet de thèse : « Les accidents produits dans les trois premières classes des animaux vertébrés, et plus particulièrement chez l'homme, par le venin de la Vipère Fcr-de-Lance. En 1839, le docteur E. Rufz de Lavison fit paraître un remarquable ouvrage sur le Bothrops lancéolé de la Martinique. Habitant de ce pays, y ayant exercé longtemps la profession médicale, mieux que personne, M. Rufz pouvait entreprendre une enquête sur la Vipère Fer-de-Lance.
Dans ses recherches sur les effets des substances toxiques, Claude Bernard n'oublia pas le venin des Serpents, et ouvrit, au point de vue physiologique, une série de travaux qui ont été repris et continués par
d'auLi-cs observateurs, au nombre desquels se trouvent MM. Vulpian et Brainard.
En 1862, un savant physiologiste américain, nommé Weir MitchelL publia un intéressant travail sur le venin du Rattle-Snaiie (Serpent à sonnettes). Dans rinde, sir Patrick Russel, le docteur Nicholson, Joseph Fayar, en 1872, enfin Winter-Blyth, en 1877, firent des expériences sur l'action du venin des difl'érentcs espèces de Thanatophidiens de cette terre classique des Serpents.
En 1876, au Brésil, le docteur J.-B. de Lacerda commençait ses recherches sur ce sujet, recherches qui ont été publiées en 1884, dans un ouvrage important, intitulé : « Leçons sur le venin des Serpents du Brésil, etc. »
En 1884, M. Urueta fit paraître une thèse ayant pour sujet : « Des recherches anatomo-pathologiques sur le venin des Serpents. » M. Urueta, Colombien de naissance, mit dans son travail toute l'attention qu'on doit à des compatriotes.
L'étude des poisons chez telles ou telles espèces a tenté, on le voit, de nombreux observateurs, et c'est dans leurs travaux que nous avons puisé un très grand nombre de faits, pour en constituer cette histoire générale du poison dans la nature, et particulièrement ce qui a trait à l'étude du poison des Serpents vénimeux que nous traitons en ce moment.
Analogies du Venin de Serpent avec d'autres Produits de Sécrétion. — On a voulu comparer, assimiler même le venin des Serpents à la salive de la glande paroti-
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tidienne des Mammifères, et quelques physiologistes ont pensé que, comme la salive, ce venin était un ferment digestif. M. de Lacerda soutient cette opinion, que le venin des Serpents est destiné à faciliter la digestion. Il compare son action à celle du suc pancréatique, parce qu'il émulsionne les graisses, ne saccharifie pas l'amidon, et dissout la substance musculaire et l'albumine. Le même observateur, pour établir l'analogie du venin et du suc pancréatique , a extrait le pancréas de Serpents vénimeux du Brésil, a injecté le suc de ces pancréas dans la saphène de deux chiens et a déterminé, chez ces animaux, des accidents suivis de mort analogues à ceux que détermine le venin lui-même. Ce dernier fait tendrait à faire penser que toutes les sécrétions des Thanatophidiens peuvent être poison par inoculation, mais il ne faut pas oublier que le suc pancréatique des Mammifères et la pancréatine peuvent agir aussi comme substances vénéneuses par injection dans le sang.
Quelles conclusions tirer de ces expériences ?
1° Que le venin, malgré l'analogie du suc pancréatique avec lui, n'est pas, sous le rapport digestif, nécessaire aux Serpents, puisqu'ils ont un pancréas;
2° Que le concours du venin à la digestion ne prouve pas qu'il a surtout la digestion pour fin. Il eût été extraordinaire que, devant être mêlé au bol alimentaire, il eût été de nature à empêclier la digestion;
3" Le Serpent pouvant digérer sans son venin, mais ne pouvant sans lui attaquer et fixer sa proie, il est d'autant plus naturel de penser que c'est là son rùlo
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essentiel, que, si le venin n'avait été qu'un suc digestif, point n'était besoin de l'appareil d'inoculation.
Donc, le venin, sans être un obstacle à la digestion, est un poison destiné à donner la mort aux animaux dont le Serpent se nourrit.
Aux Serpents non venimeux le pancréas suffit pour la digestion de certaines substances : pourquoi ne suffirait-il pas aux Serpents venimeux ? et pourquoi la nature aurait-elle été chercher dans un appareil compliqué, en dehors et loin du pancréas, un faible supplément d'action ? Y a-t-il dans la nature, pour nous servir des expressions de M. Lacerda, une combinaison mécanique mieux adaptée à ses fins, la mort, que cette machine terrible du Serpent ? Y aurait-il au contraire une dépense plus inutile de moyens et de ressorts, pour accroître un peu la proportion du suc pancréatique nécessaire à la digestion ? La cause est enlendue, ce nous semble.
Si nous avions pu croire à quelques analogies entre l'humeur toxique et un autre produit de sécrétion, c'eût été certainement avec la salive. La glande vénéneuse est placée dans les mêmes régions que les glandes salivaires, ses produits, comme ceux des glandes salivaires, sont déversés sur le bol alimentaire, avant qu'il ait franchi le gosier. Eh ! bien, non, il n'y a aucune analogie entre le venin et la salive.
Caractères physiques, physiologiques et chimiques. — Le venin de Serpent n'a pas la fluidité delà salive normale ; sans être visqueux il a une consistance gommeuse. Il peut, dit Guyon en parlant du Fer-de-Lance,
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s'attarhor an doigt et s'étirer cnninie un (il, sa couleur va d'un jaune intense analogue à celle de l'ambre, au jaune clair. Cette couleur varie peu dans toutes les espèces de Serpents vénéneux, elle est constante dans tous les Serpents duBrésil. Chez le Cobra-Capcllo, le Ferde-Lance, et la Vipère d'Europe elle est également d'un jaune plus ou moins vif et d'une consistance analogue. Le venin-sèche rapidement à l'air, en conservant sa teinte naturelle. Son aspect est alors vitreux et brillant.
Le venin de Serpent est inodore, on comprend que peu d'amateurs aient tenté de le goûter. Fontana cependant avait voulu risquer l'expérience pour le venin de la Vipère, et il lui reconnut une saveur dans laquelle dominait une forte astringence; il ne manifeste aux réactifs ni acidité, ni alcalinité.
Le venin se mêle facilement à l'eau et lui communique sa teinte jaunâtre, il se dissout aussi après dessiccation. 11 est insoluble dans l'alcool et l'éther.
Buffon, dans son histoire des Serpents, attribua l'activité du venin de la Vipère à des organismes microscopiques. Fontana combattit cette opinion, qui de nos jours a été soutenue par le docteur Halford à propos du venin du Cobra-Capello. En examinant cette substance au microscope, M. de Lacerda y a constaté la présence de corpuscules sphériques ou ovales, doués d'un mouvement propre très vif. Par le nombre et l'agilité, ces corpuscules ressemblent aux micrococcus ou germes de la putréfaction.
Si ces corpuscules sont des germes capables de jouer un rôle important dans l'action du venin, et de se multiplier dans le sang ou les tissus des animaux inoculés,
le venin n'est plus alors un poison comparable à l'acide prussique ou à la strychnine, c'est un virus analogue aux organismes qui déterminent le charbon ou la pourriture d'hôpital. Celait là une question très importante h trancher. C'est ce que fit M. de Lacerda, il essaya de cultiver ces prétendus germes du venin par les procédés de M. Pasteur.
Plusieurs ballons stérilisés et contenant du bouillon de viande furent ensemencés à l'aide d'une goutte de venin, puis convenablement fermés. Au bout d'un certai'n temps nulle évolution ne s'était produite dans ces ballons, dont le liquide inoculé à des poules et à des cochons d'Inde resta sans effet sur eux.
Ainsi ces corpuscules, quelles que soient leur origine et leur nature, n'ont aucune influence sur l'action du poison. Celui-ci n'est pas, comme la maladie charbonneuse, constitué par dos microbes capables de se multiplier dans le sang et de rendre à son tour celui-ci virulent par inoculation. L'action du venin du Serpent s'épuise donc par l'inoculation même au lieu de se multiplier. Cette opinion a d'ailleurs été mise hors de doute par les travaux des physiologistes français, et particulièrement par ceux de M. Vulpian. M. de Lacerda, lui-même, a constaté que dans du venin de Serpent chauffé à lOO" les corpuscules avaient conservé leur vitalité, mais que le poison avait perdu son activité. Ces corpuscules ne sont donc encore une fois pour rien dans la nature toxique du venin.
L'action de la température à 100°, d'après M. de Lacerda, détruit le poison; poui- MM. Weir-Mitchel et Reichert, une ébullition prolongée ne détruirait pas le
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venin du Grotalus durissus, tandis que celui du Crotalus adimanteus perdrait ses propriétés toxiques a iO»; M A Gautier a reconnu que le venin du Cobra-Capello conserve la sienne après avoir été soumis k une température de 125° pendant trois heures.
M. Winter-Blyth avait signalé le même fait pour une
température de 100°.
Ces observations ont un très grand intérêt. Les venins des Ophidiens intervenant toujours dans la composition de curares, concurremment avec des plantes toxiques, on comprend que leur action ne soit pas émoussée par les ébullitions prolongées à feu nu que les indigènes font subir à cette préparation.
Composition cMmique. — L'examen microscopique ne fournissant aucune indication sérieuse sur la nature du poison terrible dont nous faisons l'histoire, l'analyse chimique semble devoir être appelée à prononcer d'une façon certaine et en dernier ressort. Ce n'est cependant pas facile qu'une analyse de venin dont on peut .difficilement se procurer des quantités notables, et l'opération par elle-même est d'une grande délicatesse.
Il y a pourtant quelques années déjà que le prince Lucien Bonaparte analysa le venin de la Vipère. Il y trouva une matière colorante jaune, de l'albumine ou mucus, une substance soluble dans l'alcool, de la matière grasse et divers sels; enfin un principe spécial appartenant à la catégorie des alcaloïdes. Voilà la substance active, le poison ; le prince lui donna le nom de vipérine ou d'échidnine.
Elle empoisonne en effet comme le venin de la Vipère,
no .o , .olu. ]e sang ol on^pècho .1. ,n„no la coagula ,on ,lo Ja fiLnno. L'échidnino a les caractères des substances organiques, elle est neutre, azotée, d'aspect gommeux, soluble dans l'eau froide, non coagulablo par l'eau à lOOo. L^,leool la préci^^^^^^ n.ais r eau la lod.ssout, ce qui la distingue des autres principes organiques. Sous ce dernier rapport elle ressemble au principe d.gestif de la salive, la ptyaline, mais, ce qui n'a pas l.eu pour celle-ci, elle est précipitée par le sulfate de sesquioxyde de fer. Pour l'obtenir on lavait sur un Il re le venin coagulé par l'alcool, successivement par 1 alcool d'abord puis par l'eau qui dissolvait l'écbidnine D après M. Winter-Blyth le principe actif du venin de Lobra serait une substance cristalline acide très toxique qui existerait dans le venin, dans la proportion de 0,1 pour cent. L'auteur obtient ce principe en coagulant le vemn par l'alcool fdtrant, évaporant; reprenant par l'acétate de plomb qui donne un précipité qu'on décompose par l'acide sulpbydrique, l'évaporation donne de petites aiguilles, qui sont le principe actif. ^ Des analyses plus récentes sur les Serpents de l'Amérique du nord, dues à MM. Weir-Mitcbell et T. Reicliert, ont conduit à l'extraction du venin de trois substances (luo ces expérimentateurs ont nommées : — Peptonevenin, Globulin-venin, Albumen-venin. L'inoculation de ces matières à des pigeons a donné le premier rang d'activité au Globulin-venin, qui semble agir comme le venin complet. Le Peptone-venin se comporterait comme un agent putréfiant. Plus tard M. Weir-Mitciiell a retiré du venin de Crotale la crotaline, substance albuminoïde non coagulable à 100°, et que l'on peut consi-
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dn-ér comme l'équivalent de l'échidnine au po.ut iU vue chimique et physiologique. On peut en dire autant de la nagine et de l'claphine. Toutes ces substances sont neutres, à dose égale elles sont plus dangereuses que les venins d'où elles sortent, mais plus actives dans leur véhicule naturel que dans tout autre. Malgré leur mélange avec les agents chimiques les plus énergiques, elles conservent leurs propriétés ^T3néneuses. Ces faits sont remarquables, ils expliquent l'inactivité dos contrepoisons. La vipérine mêlée à l'alcool et à l'ammoniaque et inoculée ainsi garde toute son activité. Il en est de même de la nagine, qui résiste aussi à l'action do la potasse caustique. Non seulement la crotalino conserve sa force avec les substances précédentes, mais les acides puissants, l'eau chlorée, les solutions iodées, le nitrate d'argent no l'influencont pas. Le tannin et l'iode peuvent bien prévenir les accidents locaux, mais non les effets généraux.
Nous arrivons maintenant aux recherches de M. Armand Gautier sur la nature chimique du poison des Serpents. On sait (jue ce sont les travaux de ce savant et ceux du chimiste italien Selmi qui ont appelé l'attention sur ces terribles Ptomaïnes dont nous avons parlé, et qui font d'une huître grasse, d'une perdrix faisandée, des empoisonneurs et, du même coup, d'un homme malade un empoisonneur et un empoisonné.
C'est en constatant que les venins du Trigonocéphale de la Martinique et du Cobra-Capello de l'Indo gardent leur activité après avoir été soumis pendant trois heures à une température de 125°, que M. A. Gautier a été conduit à séparer le venin des Serpents
de la classe des fermeiiLs soluLles, plyalijie, paiicréaline. Pour lui, ce venin, ou du moins sa partie active, est un alcaloïde animal analogue à celui qui se forme dans la putréfaction des cadavres, et dont l'action toxique, des plus énergiques, a été constatée sur les animaux qu'elles foudroient par inoculation. Ptomaïnes des Serpents et Ptomaïnes des cadavres auraient d'ailleurs la même composition chimique.
Ceci est bien fait pour accroître notre horreur pour le Serpent, ce producteur vivant de poisons cadavériques, chez qui la vie et la mort sont aussi intimement mêlées. Il a fallu cependant faire une distinction entre les Ptomaïnes engendrées chez les morts et celles qui sont produites dans les tissus vivants comme ceux du Serpent. On appelle les dernières desLeucomaïnes. Que le poison se nomme Ptomaïne ou Leucomaïne, où est le bénéfice ? Que les empoisonnés choisissent, si c'est pour eux une consolation.
En résumé, le venin des Serpents n'est pas un virus, puisqu'il détruit ou altère l'organisation, sans devenir le point de départ d'un nouveau travail histogénique ou de nouvelles générations d'infiniment petits. Ce n'est pas non plus un ferment, puisqu'il ne communique pas aux humeurs et aux tissus qu'il a altérés ses propriétés spéciales. C'est un principe septique, dont la partie active jouit d'une composition déterminée, comme la strychnine, la digitaline. C'est un principe qui, comme la strychnine et la digitaline, agit toujours de la même façon, mais proportionnellement à sa propre masse mesurée comparativement avec celle de l'être lésé.