‹ Venins et poisons [electronic resource]Chapitre 34 sur 54 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

PHYSIOLOGIE DE L'ENVENIMATION

Les Serpents à l'œuvre. — Le Trigonocéphale. — Les parties lésées. — Premiers sympLùmcs. — Terminaison. — Expériences de M. Uriiela. Inoculation artiflciclle. — Rapidité d'action. — Lésions locales. — Effets généraux. — Autopsie. — Altération du sang. — Comment se produit-elle ?

ARTiEs LÉSÉES. — Lcs membres inférieurs sont les plus exposés aux blessures. Cela se conçoit, surtout pour les travailleurs des champs, nègres ou autres,

dont les pieds et les jambes sont nus. Les autres parties du corps peuvent être atteintes, et Guyon cite le cas d'un habitant nommé Montplaisir qui fut piqué à l'œil et succomba en moins d'un quart d'heure. Les grandes variations qu'on observe dans la gravité des piqûres sont liées en partie à la nature du siège de la lésion. Tout dépend de la facilité de l'absorption du poison, sans qu'il soit nécessaire cependant de croire, avec beaucoup de gens, que plus la blessure est rapprochée du cœur plus elle est dangereuse.

L'enflure et l'inflammation qui surviennent promptement dans la partie lésée rendent difficile la recherche des lésions faites par les deux crochets en exercice,

PHYSIOLOGIE DE L'EN VENIM.VTION

OU seulement par l'un d'eux, et, par suite, l'application utile du pansement. La distance des piqûres indique la force du Serpent. Sur les parties convexes, genou, bras, jambe, une demi-cir conférence peut, souvent, sur ces parties, séparer les piqûres.

La profondeur de pénétration du venin égale rarement la longueur des crocbets. Peu importo d'ailleurs, d'après les observateurs, cette profondeur ; il suffit que l'inoculation ait eu lieu, l'absorption en sera tout aussi prompte et aussi dangereuse. Quant à la pénétration d'une artère par la pointe d'un crochet, il n'est pas possible, comme le croient tant de gens, que cela puisse arriver. La piqûre d'un vaisseau sanguin, quel qu'il soit, amènerait un écoulement de sang qui repousserait le venin au dehors, au lieu de faciliter son introduction dans la circulation.

Quelquefois un crochet brisé reste dans la plaie et l'aggrave. Le tact, très douloureux dans cette circonstance, peut révéler au médecin l'existence du corps étranger.

Premiers symptômes. — M. Viaud-Grand-Marais partage les effets d'une envenimation en symptômes primaires , symptômes secon'daires et symptômes tertiaires. En général le premier symptôme est une douliMir très vive, due plutôt à Tactioii du venin qu'à l'instrument d'inoculation. Les premiers accidents sont entièrement locaux. La partie mordue enfle, se tuméfie et prend une teinte livide ; sa température s'abaisse, et la sensibilité s'éniousse; quelquefois ce sont les seuls effets de l'intoxication. Au bout de peu de jours le

blessé est réLahli, niille causes ont pu atténuer les effets du venin ainsi que sa proportion. Indépendamment de la gravité de la pi(iùre, les premières symptômes apparaissent très rapidement : quelques minutes suffisent.

Surviennent ensuite d'autres accidents que M. Viaud- Grand-Marais subdivise encore, en accidents locaux consécutifs ou d'inflammation spécifique et accidents généraux ou d'intoxication. Le gonflement, d'abord pâle et borné aux environs de fa piqûre, devient livide et s'étend à tout le reste du membre. Un malaise indéfinissable, un trouble général, des nausées, des vomissements, des étourdissements, une lassitude toute. particulière, de la somnolence, du coma et la mort parfois se succèdent rapidement ensuite. Le pouls se ralentit avec la respiration, les extrémités se refroidissent, le corps se couvre d'une sueur froide, les syncopes se multiplient, et le malade succombe. Dans ces circonstances, le blessé meurt plus ou moins rapidement.

Tout cela survient quelquefois en quelques instants, suivant Blot, avant même la manifestation des accidents locaux. Dans d'autres circonstances, de deux à six heures avec les symptômes que nous venons d'indiquer.

Des paralysies surviennent fréquemment. Tantôt elles se dissipent avec la convalescence, tantôt elles durent toute la vie. Un fait des plus curieux, signalé par Guyon et d'autres observateurs et dont j'ai constaté deux fois l'exactitude, c'est l'apparition, sous rinfluence du poison, de la congestion des organes pulmonaires, suivie ou non d'expectoration sanguine. La fluxion de poitrine

PHYSIOLOGIE DE L'EN VENIM ATION m

passe, à la Martinique, pour èlre la conséquence habituelle de la piqûre chez les personnes qui ne succombent pas rapidement. Cette sorte de pneumonie est duc sans .loutc à l'altération profonde du sang par le venin du Serpent. Pareils symptômes ont été observés chez des lapins à la suite de la piqûre de nos Vipères d'Europe. MM. Rufz et Encognère signalent ce symptôme comme un simple engouement pulmonaire.

La guérison apparente ne ferme pas toujours la série des accidents : il reste quelquefois des traces plus ou moins profondes de l'envenimation. C'est là ce que M. Viaud- Grand-Marais appelle les accidents tertiaires.

Ces accidents sont périodiques ou clironiqucs. C'est, par exemple, le retour du gonneinent et des douleurs au jour universaire de l'accident, et cela pendant plusieurs années. Encognère, durant son séjour au Marin à la Martinique, soigna un cultivateur nommé Gélo ([Ui avait été piqué au gros orteil du pied gauche. La blessure était légère, la guérison fut prompte. Mais IG mois après, la gangrène fit son apparition et nécessita l'amputation de la jambe. Les suites chroniques sont plus graves que ces mémento d'une mauvaise rencontre. Le blessé reste valétudinaire; il se refroidit graduellement, tout s'affaise en lui. Les enfants sont arrêtés dans leur développement, les hommes faits vieillissent prématurément, quelquefois la mort subito par congestion cérébrale met fin à cette existence empoisonnée au physi([ue comme au moral. Disons, toutefois, que 'cette terminaison misérable est rare dans les contrées tropicales. Là, en raison de la température, quand on ne suc-

coinbc pas i-apidcmeiiL, le poison csl, pi-oiiipLoineiiL cliluiiic.

Parmi les nombreuses observations sur les symptômes eL la marche de l'empoisonnement ophidicn, il en est peu d'aussi intéressantes que celles qui sont relatées dans une thèse de Montpellier, de 1805, due à M. Encognère, médecin de la Marine, qui était à la Martinique à la même époque que nous. Chargé, pendant quelque temps, de la direction de l'hospice du Marin, gros bourg de la colonie, Encognère eut l'occasion de soigner beaucoup d'individus piqués par le Serpent. Il rapporte seulement cinq observations, très bien faites, et qui ont ceci de remarquable . c'est que toutes signalent la gangrène parmi les conséquences de l'envenimation.

C'est le nègre Oumba, piqué au doigt et qui. par suite de gangrène, perdit deux phalanges de ce doigt qu'on fut obligé de lui enlever. Gucrison.

C'est l'Indien Viranamy, blessé à la malléole externe de la jambe gauche. Du fait de la gangrène il dut subir l'amputation de cette jambe et se rétablit.

C'est La Guerre, noir créole, piqué à un orteil. Le pied, envahi par la gangrène, dut être amputé, et la septicémie s'étant développée dans le moignon, 55 jours après, il fallut couper la jambe. Le blessé ne fut pas sauvé et mourut peu de temps après l'opération.

C'est Dominique, noir Africain, mordu à la face dorsale du pied. Les accidents eurent de suite une gravité excessive. La jambe et le pied se gangrenèrent Irès rapidement, le blessé tomba dans un coma ])rofond et succomba.

Page 1