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CHAPITRE XV

REPTILES VENIMEUX (suite)

Suite et fin des vertébrés venimeux. — Lézards. — Amphibiens. — Crapauds. — Grenouilles. — Tritons. — Salamandres. — Comparaison avec le venin des serpents.

ertébrés venimeux (Suite et Fin). — Les animaux placés dans le voisinage des Ophidiens se ressentent de cette quasiparenté, quelques-uns d'entre eux sont soupçonnes de se servir du poison.

Lézards. — Parmi les Sauriens, Weir-Mitchell a constaté que la salive d'un gros lézard américain, le Heloderma suspectum, est douée de propriétés toxiques ; l'humeur vénéneuse sécrétée par cette espèce agirait sur les animaux à la façon d'un poison du cœur.

Dans son voyage dans l'Inde, M. Rousselet parle aussi d'un hideux Lézard de grande taille, hérissé do pointes, et dont la langue, divisée en deux dards cornés, distille un poison tellement actif qu'on le nomme Bis- Cohra. M. Rousselet fut obligé de prendre son fusil pour en tuer un, retranché sous son lit.

Amphibiens. — Dans la classe des Amphibiens, nous

allons encore rencontrer quelques espèces auxquelles le poison a été donné comme arme défensive. Si la matière toxique peut quelquefois être lancée contre l'ennemi, nous no trôuverons plus l'instrumenl; terrible de l'inoculation ophidienne. Voici des Crapauds, des Salamandres, des Tritons, par lesquels un véritable poison est sécrété. Mais quelle différence avec les serpents ! Au lieu d'être l'effroi de leurs voisins, ils sont les victimes, les parias du monde oii ils vivent, inspirant plutôt le dégoût que la crainte.

Crapaud. — Le Crapaud commun, Bufo mdgaris, a sur le dos, et surtout dans la région parotidienne, des pustules cutanées produisant un venin, c'est-à-dire une substance douée de propriétés malfaisantes ; c'est une humeur acre, corrosive, pouvant déterminer des accidents graves, sinon la mort, chez des animaux de petite taille.

Le Crapaud ne possède pas d'appareil d'inoculation de ce poison. D'un autre côté, les espèces dont vit le Crapaud, insectes, vers, petits mollusques, sont insensibles à l'action de ce venin ; le Crapaud n'en serait pas pourvu qu'il trouverait sa subsistance. Ce n'est donc pas contre eux que ce venin est dirigé. Nous ne sommes donc pas ici en présence d'un poison d'intention aussi caractérisé que celui des Ophidiens. Cependant cette sécrétion si spéciale, attribuée à un animal lourd, complètement désarmé, doit avoir pour lui quelque utilité. En dehors du premier âge et de l'époque de la ponte, le Crapaud vit hors de l'eau, quelquefois à une certaine distance de l'eau. Il n'a pas, comme la Grenouille, le privilège de sauter dans la mare voisine pour se sous-

Rlil'ïlLliS VENIMEUX (suite)

traire à un péril; aussi il a reçu une arme défensive : son venin. Cette sécrétion d'odeur vireuse, de saveur anière, caustique, nauséabonde, en éloigne cerlainemcntles carnassiers qui pourraient en faire leur proie. Les chiens, par exemple, qui saisissent un Crapaud dans leur gueule, poussent des cris provoqués par une douleur causée par l'action du poison sur leurs muqueuses; l'action de ce venin sur les muqueuses en détermine également l'inflammation.

Les oiseaux de proie, Hibous, Chouettes, etc., mangent les Crapauds ; il en est de même de certains Échassiers. Le venin ingéré n'est pas un poison pour eux. Sous ce rapport, le poison se comporterait comme celui des serpents leurs voisins de la classe des Reptiles. Une autre analogie, c'est que, par inoculation, le produit de sécrétion de ces Batraciens jouit d'une toxicité très grande. Introduit sous la peau, il lue les oiseaux en quelques minutes ; un bouc, un chien, meurent en moins d'une heure. Sur les téguments peu épais d'une Grenouille, il la fait rapidement périr. Une Tortue de l'espèce Testudo Mauritanica, imcnlée à la patte postérieure droite, manifesta, au bout de quelques jours, un affaiblissement marqué. Au bout de huit mois le mouvement complet n'était pas revenu. Le venin du Crapaud arrête les mouvements du cœur, il détermine de l'excitation d'abord, de l'afi'aissement, des vomissements, une sorte d'ivresse, des convulsions et la mort. Les accidents vont du narcotisme à l'état convulsif.

La dessiccation n'atténue pas les propriétés de ce poison. Sa poussière détermine une sternutation violente. L'éther en isole une substance encore plus active. En

VENINS HT POISONS

U-ois OU quatre minuLes, elle Lue un oiseau. Dcharassée par l'alcool de matières grasses, celle-ci possède alors une énergie toxique foudroyante pour les oiseaux.

Grenouilles. — Los Rainettes elles-mêmes (i/y/a vi7ndis) no sont pas exemptes d'une certaine liumeur toxique que leur peau sécrète. On peut en acquérir la certitude en se plaçant sur la langue une Rainette de nos pays.

Quand nous traiterons du curare, nous parlerons d'une grenouille d'Amérique dont le poison peut servir à envenimer les flèclies, et possède une activité aussi grande.

Tritons. — Le Triton à crête est encore plus venimeux que le Crapaud. Il porte sur les côtés du cou, sur les flancs, le dos, la queue, des follicules d'oii exsudent des gouttelettes d'un blanc jaunâtre. Placé sur la langue, ce liquide, d'une odeur désagréable, y détermine une vive sensation d'âcreté. Inoculé, il produit des convulsions terribles et agit, comme le venin du Crapaud, sur le cœur, mais plus vivement encoi'e, car il en éteint presque complètement l'irritabilité. Ce poison est surtout stupéfiant, il tue sans nausées et sans vomissements. M. Yulpian, en en inoculant de faibles quantités à des Cobayes, et même à des chiens, les a fait périr. Mouches, insectes, frai de grenouille, petits vers, voilà cependant le menu des Tritons; leur poison semble peu nécessaire.

Salamandres. — La Salamandre terrestre présente aussi sur les lianes des tubercules, siège d'une séci'é-

REPTILES VENIMEUX (suite)

tion lactescente, fétide, qui, sur la langue, détermine une sensation brûlante; ce poison est moins actif quo celui du Crapaud et du Triton. C'est un toxique convulsif; son action sur le cœur est légère.

En résumé, ces sécrétions venimeuses, émises par des organes spéciaux aux espèces qui les offrent, sont probablement en relation avec leurs luttes pour l'existence. Elles éloignent d'eux l'ennemi, ce sont des porte-respect. Inutiles pour capter la proie, elles peuvent leur servir à n'être pas captées à leur tour. Tout n'est pas de manger dans ce monde, il faut aussi n'être pas mangé. Il y a dans la nature des finalités, des intentions que nous ne soupçonnons certes pas. Tous les Batraciens à peau nue n'ont pas sur leur surface extérieure ces organes de sécrétion; il faut donc admettre, surtout si l'on est tant soit peu transformiste, que c'est une acquisition utile pour ceux qui les possèdent. Que le Crapaud, revêtu de cette humeur acre et gluante, soit devenu pour de plus gros que lui un morceau dégoûtant, rien d'étonnant à cela; qu'il soit défendu ainsi contre de plus petits, contre les fourrais, par exemple, rien de surprenant encore. Ce n'est que de cette façon que nous pouvons considérer l'humeur du Crapaud comme un poison d'intention, et non pas parce qu'inoculé sous la peau d'un chien, d'un lapin ou d'un oiseau, elle peut faire périr ces animaux. Le lapin, d'ailleurs, n'a jamais menacé le Crapaud. On comprend que si la sécrétion du Batracien a été faite pour agir sur les muqueuses d'un Vertébré menaçant pour lui, elle puisse agir sur les muqueuses de tous les VertébréSj même de ceux qui, pareils aux herbivores, n'ont aucune

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