CHAPITRE XÏX
CURARE
L'IIommo cnipoisonnGur(suile). — L'allaqiie. — L'onipoisonnoment des fleuves. — Harpons et boulets loxiquos. — Le Curare. — Sa composition. — llisloiique. — Do Ilumboldt, Castelnau, Grovaux. — Curare vi:.g,:.lal. Curare animal. — Curare mixte. — Ses propriétés. — Son utilité. — Mort d'un Indien. — Action physiologique. — Hécatombes de cliiens — Souffrances atroces. — Le Curare conserve longtemps son activité.
OLS îillons maintenant voir l'usage du poison comme arme de guerre, non plus défensive, mais offensive. L'homme, pour subvenir à ses besoins, doit tuer. Sa nourriture , son vêtement l'exigent , mais trop fréquemment dans cette lutte il abuse de l'arme terrible et perfide du poison. Quand dans la pêche ou la citasse il met toute son intelligence, la ruse, la patience, quand il y court surtout quelques risques, la lutte est digne de lui ; mais quand il empoisonne en masse des êtres inoffensifs qui n'ont qu'un tort, celui d'être bons à manger, quand il emploie contre eux la même arme que contre les pillards et les meurtriers, alors le spectacle change etsouvent il écœure. Telle est, par exemple, la pêche par l'enivrement des poissons dos rivières, des lacs et des fleuves. Le sauvage pratique cette basse industrie sur les fleuves et les rivières poissonneux dos
pays qu'il liabito. Sur l'Amazone et ses affluents, par exemple, des femmes accroupies à l'avant dos pirogues écrasent les racines de plantes toxiques appartenant à la famille des Ménispermacées et laissent écouler dans les eaux les sucs laiteux de ces plantes vénéneuses. Le poisson est empoisonné dans des proportions supérieures aux besoins des peuplades. Le civilisélui-mème ne dédaigne pas, dans quelques circonstances,d'employcr la coque du Levant, une Ménispermacée encore, pour empoisonner la rivière. Combien je préfère l'honnête et pensif pécheur à la ligne ; lui, au moins, a gagné sa modeste friture, il y a- mis son temps, sa patience, les autres non.
Au pôle Nord, le baleinier qui poursuit les grands Cétacés risque sa vie dans une lutte formidable. Un coup de queue du Cachalot ou de la Baleine renverse ou brise les embarcations quand le harpon s'est enfoncé dans les chairs du géant. Honneur au baleinier qui retourne au péril et l'affronte d'un cœur ferme! Mais que penser du harpon empoisonné à l'acide cyanhydrique qui foudroie le Cétacé? Je ne sais pourquoi il n'a pas réussi, ou n'a pas été adopté. Je ncle regretlepas: cette industrie devenait écœurante, aussi bien que la guerre avec les boulets asphyxiants qui, du reste, n'a pas eu plus de succès.
Curare. — Je ne mettrai pas sur la môme ligne l'empoisonnement par un célèbre toxique, le Curare, dont l'histoire a tous les litres pour trouver ici sa place. Il y a là une imitation curieuse des procédés de la nature, une application très intelligente du spectacle qui nous
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csL donné par les èlres dont l'arme légitime est le poison. La préparation du Cm-are, son emploi demandent des recherches, du travail. Enfin les peuples enfants, qui en ont fait et qui en font encore usage, dépourvus d'autres moyens pour atteindre des proies qui se dérobent, par le vol ou la course, sont, en quelque sorte, excusés de l'emploi qu'ils font de ce fameux poison.
Il existe encore beaucoup d'obscurité sur la nature du Curare. D'après les uns, il faudrait le ranger parmi les poisons d'origine absohnnent végétale, d'après les autres, il faudrait le considérer comme une substance mixte, dans laquelle le venin des Serpents viendrait associer ses énergies aux sucs végétaux les plus toxiques.
Le Curare, nommé aussi Wourara urmi, est une substance dont font usage certaines peuplades sauvages de l'Amérique du Sud pour empoisonner leurs 'flèches. Tout poison de flèches n'est pas cette substance particulière désignée sous le nom de Curare. De temps immémorial, les hommes ont usé de ce moyen pour donner à leurs armes une activité plus grande en leur conununiquant la vénénosité. Hercule empoisonna ses flèches dans le sang de l'hydre de Lerne, et l'infortuné Philoctète éprouva par lui-même de quel poison redoutable elles avaient été imprégnées. Aujourd'hui, le nom de Curare est réservé à une substance de composition en apparence identique, bien qu'elle soit préparéo dans des localités et par des mains très difl"érentes dans l'Amérique du Sud. L'analogie d'action physiologique n'est pas constante entre les différents Curares qui nous parviemient.
VENINS ET l'OlSONS
Avant la découverte de la Guyane par Walter Raleigli en 159S, on ne connaissait pas le Curare en Europe; c'est lui qui on rapporta pour la première lois.
Dans son grand voyage en Amérique", de 17U9 à 1804, M. de Humboldt fut témoin de la fabrication du Curare. Gomme aujourd'hui, c'était alors une sorte de fête mystique analogue à celle des vendanges, la fiesta de lasjuvias. Les naturels s'en allaient chercher dans les forêts les lianes du venin juvias. Leur découverte n'avait pas lieu sans libations excessives, et c'était pendant qu'ils cuvaient ce qui leur tenait lieu de vin, que le sorcier ou le médecin de la tribu, ce qui était tout un, broyait les lianes, les exprimait et faisait concentrer ce suc d'oii résultait le fameux poison. Do Humboldt n'y vit pas mettre autre chose, et considéra le Curare comme une substance toxique dont une liane delà famille des Strychnées faisait tous les frais.
Vingt-cinq ans plus tard, MM. Boussingault et Roulin visitèrent à leur tour l'Amérique du Sud et, comme M. de Humboldt, admirent l'opinion que le Curare était un poison exclusivement végétal.
De 1840 à 1843, sous la direction de M. F. de Cas-' telnau, une expédition parcourut les parties centrales do l'Amérique du Sud. Les auteurs de la relation de ce voyage confirmèrent l'opinion de MM. de Hund)oldt, Boussingault et Roulin, à savoir : que, sans aucune espèce de mystère, le Curare n'était composé que de sucs végétaux.
Voici un autre témoin plus près do nous et dans lequel tout nous porte à avoir la plus entière confiance. C'est Crevaux, qui, pondant deux années, suivit àTEcole
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(le Brest noire cours d'histoire nalurelle avec une attention soutenue, qui nous faisait prévoir, non pas le nom qu'il laisserait dans les fastes scientifiques do notre pays, mais que la nature aurait partout on lui un observateur passionné. Eh bien! dans son voyage aux rives du Yari et du Parou, Crevaux fut non seulement témoin, mais collaborateur, dans la préparation du Curare, et n'y vit entrer que des sucs végétaux. Voici, d'ailleurs, en abrégé le récit do cette cuisine mystérieuse :
« Nous partons de bon matin avec le Tamouclii, son péïto et Apatou; nous descendons en canot au pied d'une petite colline située sur la rive droite. Après une course accélérée de deux heures, Alamoïké s'arrête devant une liane de la grosseur d'un serpent Boa, qui s'élève jusqu'à la cime d'un arbre de 23 à 30 mètres, avec lequel elle confond ses feuilles. Je brûle d'impatience de posséder cette plante qui est appelée Ourari par tous les Indiens de la Guyane.
« Avant de commencer son opération, Alamoïké donne à chacun des spectateurs un grain de piment enragé qu'il faut mordre à belles dents. Ce n'est qu'après s'être assuré que nous avions mâché et avalé la pilule que le piay (médecin) se met à fouiller la terre avec un bâton pour dégager les racines. Une seconde après, il me présente un gros Scorpion noir en disant : Yolocli (diable), sans manifester ni crainte ni hozTeur. Se gardant de tuer cet animal, qu'il considère comme un gardien du poison, il ajoute quelques mots que je crois pouvoir traduire par : tout va bien.
« Alamoïké a ramassé une grande quantité de racines
VHMKs i:t poisons
qu'il renferme dans deux calouris de feuille de Palmier, cl, que, rendus à rhabilaliou, il met à la rivière.
« Le lendemain, nous faisons une nouvelle excursion à la recherche des planLes accessoires qui entrent dans la composition du poison. La première espèce recueillie, appelée Potpeu., est très voisine d'un faux Jaborandi. Etant certain que ce n'est pas une plante toxique, je me mets àla mâcher. Alamoïké,me voyant avaler impunément une plante qu'il croyait toxique, n'a plus de secrets pour un collègue qu'il croit plus fort que lui. Il me fait cueillir moi-même toutes les plantes qu'il faut ajouter pour faire le poison. Nous recueillons ainsi quati'c espèces de la famille des Pépéritées. Alamoïké ramasse également les feuilles d'un Palmier.
a Nous passons l'après-midi à racler les racines de YOurari qui ont passé vingt-quatre heures dans l'eau. En me livrant à ce travail, je no tarde pas à avoir les mains jaunes comme si j'avais' touché la teinture d'iode. Je goûte un peu de cette écorce qui se détache en petites plaques, et je remarque qu'elle a une saveur amère très prononcée.
« Ce n'est que le troisième jour que j'assiste, non seulement comme témoin, mais comme aide-préparateur, à la fabrication du poison.
a Le suc du Potpeu, des Pépéritées et des feuilles de Palmier est exprimé, après avoir écrasé et fait tremper dans l'eau ces substances végétales. Le plus important, c'est d'extraire le suc de YOurari. Alamoïké mouille l'écorce avec le liquide alcalin provenant des feuilles du Palmier, et, en prenant une grosse poignée, il l'exprime de toulcs ses forces. Le suc. (|ui ressemble à
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du jus de tabac, est mélangé à celui des Pépéritées et filtré. Le liquide, qui mesure à peu près un demi-litre, est recueilli dans une marmite de terre, et additionné d'une poignée de piment sec écrasé avec un pilon. Alamoïké met le pot sur le feu et va se laver les mains à la rivière. Étant resté dans la hutte pour garder la marmite, je suis bientôt pris d'un éternuement qui me force d'abandonner mon poste. Deux enfants, couchés dans un hamac, sont réveillés par les vapeurs du piment.
«Le pot est retiré du feu après dix minutes, bien avant le commencement de l'ébullition.
« Alamoïké coupe alors le stipe d'un Maripa, se met à tailler des flèches qu'il trempe dans VOurari et fait sécher au soleil. Il ajoute de nouvelles couches au fur et à mesure de la dessiccation, et, pour que le suc adhère mieux, il a eu soin défaire sur la flèche de petites incisions qui s'entre-croisent.
« Un petit singe qui gambadait est frappé à l'épaule avec l'une de ces flèches; il se met à courir pendant une minute, puis, s' arrêtant, je lui vois faire quelques grimaces; il cligne de l'œil et bientôt ses mains paralysées lâchent prise et il tombe à la renverse. Six minutes après la blessure, il est dans un état d'inertie très voisin de la mort, ses muscles ne répondent plus aux piqûres d'une aiguille; après sept minutes, ce n'est plus qu'un cadavre. »
Nous avons tenu à citer textuellement, parce que cette préparation nous semble fort étrange. Nous ne mettons pas en doute la bonne foi du voyageur, mais le lavage de toutes ces plantes se réduisant à une quantité de liquide qui no dépasse pas un demi-litre, ce
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mélange des sucs de cinq plantes, 1 Slryclmos, 3 Pipcracées, le piment, dontune seule est toxique; cette concentration sur le fou qui dure à peine dix minutes; cet Alamoïké, les mains nues, tripotant ce suc empoisonné qui tue un singe en sept minutes sans se préoccuper de ce fait, que la moindre écorchure peut inoculer le poison dans son sang, sont choses extraordinaires. Assurément le Curare ainsi préparé est un Curare exclusivement végétal ; mais le piay, le sorcier, ne s'est-il pas joué du voyageur et lui a-t-il révélé tous ses secrets?
Voilà les témoignages en faveur du Curare végétal. Présentons maintenant ceux qui ont constaté l'association d'autres poisons au toxique tiré des plantes.
Bartholomeo de Las Casas, qui passa tant d'années en Amérique peu de temps après sa découverte, signala les effets des flèches empoisonnées des sauvages sur les Espagnols, et reconnut que des venins animaux entraient dans sa composition.
La Condamine, vers 1750, rapporta du Curare de la Guyane, Curare dans lequel les Indiens introduisaient du venin de serpents.
Vers 1812, Ch, Watterton, qui parcourut les régions de Démérary et d'Esséquibo, celles-là même à peu près où Crevaux vit faire le Curare dont nous venons de parler, assure que, outre les substances végétales, on faisait entrer dans la préparation du Curare des fourmis venimeuses de deux espèces, et des crochets de serpents broyés.
Voici M. Justin Goudot qui, pendant dix ans, a parcouru le Brésil et a pu observer plus d'une fois la préparation du Curare. Il regarde le suc de liane épaissi,
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comme remplissant simplement le rôle d'un excipient dans lequel on introduit ensuite du venin de serpent. A son retour en France, en 1844, il a remis à M. Pelouse, qui la communiqua à M. Claude Bernard, la note suivante sur la préparation du célèbre poison :
« Le curare est préparé par quelques-unes des tribus les plus reculées qui habitent les forêts bordant le haut Orénoque, le Rio-Négro et l'Amazone.
« La manière de le préparer varie dans chacune des tribus où il se fabrique, et celui qui est réputé le plus actif vient des peuplades voisines de l'empire du Brésil.
« Le procédé employé par les Indiens du Mesaya, qui ne sont éloignés que de vingt journées de la frontière de la Nouvelle-Grenade, est le seul à peu près connu, et encore ne l'est-il que très imparfaitement, car ces Indiens en font un grand secret, et il n'y a que leurs devins qui aient l'art de le préparer.
« Ces hommes, qui sont en même temps les prêtres et les médecins ou guérisseurs de sorts, emploient pour la préparation du poison une liane nommée Curari, d'oii le nom de Curare donné au poison. Cette liane, coupée en tronçons et broyée, donne un suc laiteux, abondant et très acre. Les tronçons écrasés sont mis en macération dans de Teau pendant quarante-huit heures, puis on exprime et on filtre soigneusement le liquide, qui est soumis à une lente évaporation jusqu'à concentration convenable. Alors on le répartit dans plusieurs petits vases de terre, qui sont eux-mêmes placés sur des cendres chaudes, et l'évaporation se continue avec plus de soin encore.
« Lorsquele poison est arrive à la consistance d'extrait
inoii, on y laisse loinber quelques gouLLes de venin recueilli dans les vésicules des serpents les plus venimeux, et ropéralion se trouve achevée lorsque l'extrait est parfaitement soc. »
Dans son voyage au Brésil, en 1858 et 18S9, M. Biard donne par ouï-dire la description de la préparation du Curare dans la tribu des Mondurucus. Là encore apparaît la liane vénéneuse qui est le fond le plus certain de la préparation. Ces lianes sont placées avec de l'eau dans des panellas suspendues sur le feu que l'on entretient très ardent pendant trois jours; mais, outre les lianes, de vieilles femmes ont jeté dans la marmite fatidique des objets inconnus dont le narrateur ne put ou ne voulut pas dire le nom à M. Biard.
Quant aux fumées vénéneuses qui font mourir les vieilles femmes qui ont travaillé à la diabolique cuisine, et qui étaient des victimes marquées d'avance, nous nous demandons d'oii provenaient ces émanations mortelles, quelle drogue de cette chaudière de sorcières pouvait les fournir. C'est, nous le croyons, une broderie sur le fond réel, la préparation du Curare, qui devient dur et consistant après refroidissement.
Si le voyageur dut se contenter de cette narration, il vit le poison à l'œuvre. Un Indien adossé à un arbre, et l'œil dirigé vers le feuillage de la cime, y guettait, armé d'une sarbacane, le passage de singes. Il en vint un, et bientôt sept quadrumanes se balancèrent aux branches; sept llèches empoisonnées leur furent décochées dans le silence le plus absolu. En moins de dix minutes les sept singes inanimés gisaient à terre.
Suivons maintenant M. Paul Marcoy dans la tribu dos
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Yalluas. Il va assister aux opérations do la fabrication de leur poison, poison dans lequel ils trempent la pointe de leurs lances et celle des flèches aiguilles de leurs sarbacanes. Ce Curare est aussi actif que celui des Ticunas, bien que sa valeur soit moindre sur les marchés du haut Amazone. Le poison des Yaliuas coûte seulement douze réaux le pot d'une livre, tandis que celui des Ticunas se vend trois piastres. Le premier ne se conserverait pas plus d'une année , tandis que le second serait encore parfait au bout de deux ans.
Ce fut par l'entremise du chef de l'une des missions que le voyageur entra en relation avec un indigène Yahua. On voulut bien faire cadeau d'un pot du poison, mais on refusa d'en divulger la composition. Mais à l'offre de trois petits couteaux, un beau-père et son gendre succombèrent; l'un promit d'apporter une branche d'un arbuste, et l'autre un tronçon do la liane qui, d'après leurs dires, entraient dans là composition du toxique, avec fleurs et fruits, si c'était possible.
L'arbuste parut à M. Marcoy voisin des Ubilla, et la liane, qui avait trois fleurs, appartenait aux Papillonacées. Voilà des végétaux qui ne jouissent pas d'une grande réputation de toxicité. Il fallut un supplément de petits cadeaux pour décider les deux artistes à commencer leurs opérations, et à révéler les mystères de leur cuisine.
Un pot plein d'eau fut mis sur le fou par le gendre. Dans ce pot, le beau-père, l'homme de l'art, jeta les feuilles et le bois coupé en rondelles de l'arbuste. Quand l'ébullition commença, l'eau prit une couleur de rouille; après deux iieures de cuisson, le Yahua retira le marc
du pot oL le jeta, puis racla dans ce vase, racla jusqu'au liber la liane aux fleurs do Papillonacée.Lefou fut active, une écume épaisse se produisit à plusieurs reprises, et fut enlevée par le préparateur avec une spatule en bois qui lui servait à racler sa mixture.
Quand le beau-père jup^ea la chose à point, il tira d'une calebasse trois petits paquets, les déplia et vida dans le pot le contenu de chacun d'eux. Un de ces paquets contenait, nous dit-il, des dards concassés et pulvérisés de certaines Raies, Dari-Dari,pêchéesdansrica; l'autre paquet renfermait un assortiment de glandes et de crochets de Serpents venimeux, séchés et mis en poudre; enfin le troisième et dernier paquet servait d'enveloppe à quelques milliers de cadavres de Tasua-Pira ouFourmis de feu. Le voyageur connaissait ces Fourmis. 11 avait gardé, dit il, «un souvenir très net des crampes et des folles douleurs qui étaient résultées pour lui du fait seulement d'avoir marché nu pieds sur des troncs d'arbres renversés, à l'endroit oii les Tasua-Pira étaient passées, laissant après elles une glu caustique dont l'action sur la peau peut être comparée à celle de Cantharides préalablement marinées dans l'acide sulfurique. »
Le poison resta encore sur le feu doux bonnes heures; il y en avait déjà trois qu'il y était. Lorsqu'il eut pris la couleur et la consistance de mêlasse, on retira le pot du feu. Le lendemain, le vase fut brisé, et le poison durci en sortit sous la forme d'un pain de cire noire d'environ quatre livres. Pour le ramollir et y tromper la pointe des flèches, il suffit de l'approcher du feu.
Voilà vm Curare dont la préparation, décrite avec soin
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par un témoin, ne laisse aucun doute sur la présence d'un ou plusieurs venins animaux dans sa composition.
En 1869, le docteur Saffray, chargé d'une mission du Gouvernement français, parcourut la Nouvelle-Grenade et eut l'occasion d'assister à la préparation du Curare dans la tribu des Chocoes. Voici comment on opéra. « Le jour fixé pour l'opération, nous sortîmes du village un peu avant le lever du soleil. Le cacique emmenait avec nous trois, huit ou dix hommes. Plusieurs portaient de petites calebasses vides, d'autres des paquets de plantes enveloppées de grandes feuilles, et quelques objets renfermés dans des corbeilles. Nous nous arrêtâmes, au bout d'une demi-heure de marche, dans un coin de forêt pittoresque, au bord d'un torrent. On ramassa du bois pour le feu, on déballa les ingrédients, on broya par petites portions la racine et l'écorco d'une liane dont le suc était mis à part dans des calebasses. Après avoir extrait tout le suc, on remplit de ce liquide plusieurs vases en terre cuite que l'on mit sur le feu. Puis dans chaque vase on jeta de grandes araignées du genre Mygale, d'autres araignées fort petites que je ne pus reconnaître, des crochets de serpents et des graines de Sablier. Quand le tout eut bouilli ensemble pendant une heure, le clief prit un tronçon de bambou dont l'extrémité inférieure était bouchée avec des fibres de palmier, de manière à former un filtre. On y versa peu à peu le contenu de chaque vase qui retombait clarifié dans une grande marmite. Cela fait, on employa plusieurs heures à l'évaporation de cet extrait. Pendant ce temps, quelques hommes armés de bodoqueras (sarbacanes) étaient allés à la chasse. Ils apportèrent un singe
et plusieurs oiseaux dont le sang devait servir de réactif pour essayer la force du poison. On répandit alors un peu de sang dans une calebasse, et une goutte de l'extrait à demi-fluide suffit pour produire une coagulation instantanée. L'expérience fut renouvelée plusieurs fois, et le Curare, déclaré de première force, fut versé dans de petites calebasses (fù il durcit en se refroidissant. »
Les Indiens, dit M. Saffray, préparent aussi un Curare beaucoup moins terrible avec lequel ils étourdissent le gibier qu'ils veulent prendre vivant. C'est le Curare desiemplado, formé des mômes éléments que le poison ordinaire, mais dilué dans un extrait de suc de Hura crepitans (le Sablier, une Eupborbiacce).
Quant à la liane vénéneuse, M. Salfray la reconnut pour être le Sirycbnos toxicaria. On peut, ajoute-t-il, faire bon marclié des graines de Sablier et des araignées, et considérer le Curare des Cbocoes comme formé d'extrait de Stryclmos mêlé à une petite quantité de venin de Serpent.
On emploie encore à la Nouvelle-Grenade un autre Curare. Celui-là est entièrement un poison animal sans Strycbnos d'aucune espèce; sa base unique est le venin d'une espèce de Grenouille, le Phyllobates melanorrhinus. Cette Grenouille ne se trouve que dans certains cantons; elle est longue d'environ trois pouces, jaune avec des tacbes rouges sur le dos, des yeux noirs fort grands et une tache noire sur le nez. A défaut de cellelà on prend une variété ventre noir.
Les Indiens conservent ces petites bètes dans des nœuds do bambous. Lorsqu'ils veulent obtenir le poison
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nécessaire à leurs chasses ils aLtaclient la malheureuse Grenouille à une brandie de bois vert au-dessus d'un feu de braise. Bientôt le corps du Batracien se couvre d'une mousse blanche, puis d'une huile jaune que l'on recueille en raclant la peau de la victime. Celle-ci est alors replacée dans sa prison pour se refaire, et si elle ne meurt pas, de nouveau on la fera cuire dans son jus et elle pourra fournir une nouvelle quantité de toxique; et c'est ainsi que le chasseur porte son Curare sur pied. Ce Curare produit absolument le même effet que celui où le venin des Serpents est associé aux végétaux les plus toxiques. Il agit sur les organes de la locomotion et fait périr par asphyxie.
Désireux de constater les oifets du venin de Grenouille sur les animaux de grande taille, le docteur Saffray pria un Indien de lui en fournir l'occasion. On se mit à l'affût du Jaguar, mais le félin ne se montra pas. L'expérience fut faite sur un Chevreuil, nommé Daguet dans le pays. L'animal sans défiance broutait le feuillage dans un fourré. L'Indien porta lentement à ses lèvres l'extrémité de sa sarbacane, sa poitrine se souleva, ses joues se gonflèrent et se détendirent comme un ressort, la flèche vola. Le Chevreuil blessé bondit vers la forêt, et l'Indien se précipita sur ses traces. Dix minutes après, j'avaisà mespiedsl'animal vivant encore, mais incapable de se soutenir. Lorsqu'une bête de la taille du Daguet est blessée par une flèche empoisonnée, dans une partie du corps oii la circulation est active et surtoutà la tête, il ne peut fuir que pendant deux ou trois minutes; ses membres se raidissent, il s'arrête, tremble et tombe. Les mouvements volontaires cessent complète-
monL, la poitrine est paralysée, l'air manque aux poumons et le cœur cesse de battre. M. Vulpian, qui a pu expérimenter l'action des flèches empoisonnées par le Pliyllobate, a trouvé de grandes différences avec le vrai Curare. Un dernier témoignage invoqué par Claude Bernard sur la composition mixte du Curare est celui de M. Emile Carrey. Mais ce témoignage, après ce que nous venons de dire, laisse un peu à désirer. 11 n'est pas vrai, par exemple, que le Curare a dans toutes les tribus un poison végétal identique, et que cet élément entrerait seul dans la composition du toxique, là ou les Indiens le préparent sans mystère. Le plus souvent, il est vrai, ils y ajouteraient dans le secret et le mystère d'autres substances plus ou moins singulières. Ce qui peut être admis, avec M. Carrey, c'est que la liane est un des éléments habituels du poison ; mais cette liane appartient-elle à une espèce du genre Strychnos, qui croît partout où l'on fabrique du Curare? Il est quelquefois permis d'en douter. Nous venons de parler d'un Curare exclusivement animal.
Faut-il parler du rapport officiel adressé à M. Eugène Thirion, consul du Venézuela à Paris, rapport cité par M. Gubler? On y parle de la préparation du Curare, du rôle d'une liane essentielle et de plantes accessoires ; mais on ajoute que quelques peuplades, pour rendre ce Curare plus toxique, y ajouteraient le venin du Crotale ou du Mapanacè.
Dans son voyage des Cordillières, aux bouches do l'Orénoquo, Crevauxchcrclieencore à élucidcrcettc question du Curare, mais il est fort perplexe et ne sait plus que croire. Il parle d'un voyageur, don Ramon
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Izquierda, qui a visité les Indiens Maquiritares ; il les a vus préparer le Curare avec la liane mahacoure, dont les fleurs sont à moitié vertes, mais ils y font entrer de grosses Fourmis noires nommées Veinie cuairo, dont il possède des échantillons.
Les Indiens Piaroas préparent aussi du Curare. Un habitant montra à Crevaux la liane qui fournit le Curare fuertes. c'est un Strychnos voisin du Yapurensis . Crevaux fait une décoction de l'écorce de cette liane, en injecte sous l'épiderme d'un jeune poulet qui ne semble pas en souffrir beaucoup. Mais il a été trompé ; plus loin on lui montre le vrai Strychnos du vrai Curare» c'est le Strychnos toxifera. Quel dommage de n'avoir pas cette fois répété l'expérience sur le poulet I
La question si intéressante de la composition du Curare nous semble être éclaircie par une observation de M. Farini dans son voyage au Kalakari (Afrique Australe), chez les Boushmen. Ces naturels font la chasse à l'Autruche avec des flèches empoisonnées avec du Curare de leur fabrication, dans lequel il n'entre point de strychnées, mais le suc crémeux d'énormes bulbes d'une Liliacée.
Comme en Amérique la fabrication du poison est accompagnée du même mystère et des mêmes cérémonies grotesques, « Quand on eut recueilli une certaine quantité du jus de laLiliacée, on jeta dans le vase qui le renfermait des vésicules de poison séchécs et ridées, des araignées contenues dans des entre-nœuds de roseaux. Deux Boushmen vinrent ensuite avec deux longs Serpents jaunes, et de plus un Cobra et un Naja, tous quatre récemment tués; les vésicules en furent
disséquées avec dextérité et jetées dans la marmite; une poudre fine et rouge aclicva de donner au liquide la consistance nécessaire, commencée par la concentration. »
Les travaux fort intéressants de M. Planchon ont-ils éclairci la question du Curare? Nous ne le pensons pas. Il a bien déterminé par régions l'espèce des Strychnos qui entrent dans le poison des flèches, mais nous ne savons pas si des venins animaux n'y sont pas toujours ajoutés.
Le suc ou l'extrait d'un Strychnos préparé à froid peuvent-ils empoisonner une flèche? On le dit. Pour nous, nous n'en sommes pas moins convaincu que des venins animaux divers sont toujours ajoutés aux Curares, que les voyageurs qui le nient ont été trompés. Comment interpréter ce fait que le Curare aurait pour base essentielle un poison végétal, et que ce même Curare, comme le venin de Serpent, pourrait être introduit sans péril dans les voies digestives? Les Indiens se servent du Curare sous la peau comme poison, et dans l'estomac comme médicament. Boussingault raconte avoir connu, dans son voyage en Amérique, un général Colombien atteint d'épilepsie qui avalait des pilules assez volumineuses du Curare. On peut mélanger, dit Claude Bernard, aux aliments d'un chien ou d'un lapin du Curare en quantité beaucoup plus considérable qu'il no serait nécessaire pour l'empoisonner par une plaie, et cela sans que l'animal en éprouve aucun inconvénient.
Depuis, on s'est efforcé d'atténuer ce caractère du Curare qui tend à le rapprocher du venin des Serpents, et à faire admettre au moins que celui-ci fait partie de
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sa composition. On a cité des expériences de Claude Bernard, de Vulpian qui ont permis de reconnaître que le Curare pouvait être absorbé par les voies digestives sans érosion, et par les muqueuses intactes. Mais il a fallu reconnaître aussi que pour tuer un animal par ingestion du Curare il fallait des doses exagérées du poison, et hors de proportion avec ce que l'on constate pour d'autres substances toxiques qui empoisonnent facilement parles deux voies, la strychnine, par exemple.
C'est précisément l'opposition des voies digestives à l'empoisonnement par le Curare, qui fait que les Indiens mangent sans péril les animaux tués par leurs flèches et dont la chair a cependant contracté parfois une certaine amertume.
Un autre fait que l'on a bien de la peine à expliquer est celui-ci : Si des lianes de la famille des Strychnées font essentiellement la base du Curare, comment so fait-il que cette substance soit dépourvue des propriétés tétanisantes des Strychnos, et soit au contraire douée de propriétés paralysantes, à tel point que le Curare a été vanté comme remède du tétanos, et, chose bien curieuse, comme contrepoison de la strychnine? Ainsi le Curare fait de Strychnées serait le contrepoison des Strychinées. Bien plus, dans la même plante, dans le même Strychnos, les écorces seraient paralysantes, tandis que les fruits contiendraient un poison tétanisant. Tel serait le Strychnos triplinervia de M. Couty et de Lacerda. Jamais la nature mit-elle le contrepoison plus près du poison? Enfin ne s'est-on pas avisé de dire que la strychnine des écorces se transformait, dans la
VENINS ET l'OfSONS-
proparalion du Curaro, on éthyl-strycliniiie, tlouéc de propriétés opposées à Ja strychnine? Tout n'est pas encore très clair, on le voit, dans l'histoire du célèhre poison.
Le Curare pour les populations sauvages qui le préparent, c'est l'arme du Serpent, mise aux mains de l'homme. Comme le Serpent, les Indiens sont désarmés : ne connaissant pas encore les armes à feu, ils seraient très embarrassés pour atteindre les proies dont ils vivent, proies douées d'une grande agilité, ou qui, perdues dans le fouillis des végétations tropicales, échappent aux pièges et à toute poursuite. Mais un poison qui les paralyse soudain, qui frappe la victime sans porter l'effroi parmi les autres, il n'y a rien de plus sûr et de meilleur. C'est par les flèches empoisonnées que le sauvage pourvoit à sa subsistance : il empoisonne aussi les rivières et devient maître du poisson qu'il enivre.
La flèche empoisonnée n'a pas sur l'animal atteint l'action terrible de la piqûre du Serpent gorgé de venin. Peu importe si la victime est immobilisée par une dose plus faible de poison. Dans tous les cas, cette dose minime est déjà suffisante pour tuer des gros animaux. L'homme lui-même succombe rapidement à la blessure d'une flèche enduite de Curare, et les Indiens qui en possèdent le secret sont de terribles adversaires dans les guerres de tribu à tribu,
Watterton, cité par Claude Bernard, fait le récit de la mort d'un jeune Indien qui fut blessé par ses propres flèches. Il avait lancé un de ses traits sur un singe rouge placé au-dessus de lui, dans un arbre. La
cura;re
flèche manqua le singe et en retombant frappa l'Indien au bras, un peu au-dessous du coude. Il fut convaincu que tout était fini pour lui. « Jamais, dit-il, à son camarade d'une voix entrecoupée, et regardant son arc pendant qu'il parlait, jamais je ne banderai plus cet arc. » Ayant dit ces mots, il ôta la petite boîte de bambou contenant lo poison qui était suspendue à son épaule, et, l'ayant mise à terre avec son arc et ses flèches, il s'étendit auprès, dit adieu à son compagnon et cessa de parler pour toujours. « Ce sera une consolation (ajoutait Watterton) pour les âmes compatissantes de savoir que la victime n'a pas soulFert. car le Wourali détruit doucement la vie. »
Nous allons voir que Claude Bernard avait raison de dire que cette mort qui paraît si calme est, au contraire, accompagnée des souffrances les plus atroces que l'imagination de l'homme puisse concevoir.
L'usage que les populations sauvages font du Curare avait rendu ce poison célèbre chez ces populations primitives, mais l'étude de son action physiologique sur les animaux par les travaux de Cl. Bernard et de Vulpian l'ont rendu plus célèbre encore chez les nations civilisées.
Que de Chiens, de Grenouilles et de Lapins ont payé de leur innocente vie cette science nouvelle, l'analyse physiologique du Curare?La description que fait Claude Bernard du sacrifice de ces pauvres bêtes rend bien compte de cette mort d'autant plus terrible dans sa rapidité que l'animal succombe sans lutte, sans cris et sans râle, sa plainte étant étouffée par le poison luimême.
Voici un jeune Chien, il vient d'être piqué à la cuisse par un instrument empoisonné. Il ne s'est pas même aperçu de son imperceptible blessure, il court, il saute comme de coutume. Mais au bout de trois ou quatre minutes, il se couche sur le ventre comme s'il était fatigué. Ses yeux pétillent d'intelligence, il ne semble nullement souffrir. Déjà pourtant il répugne au mouvement. Bientôt il pose sa tète entre ses deux jambes de devant, comme si, plus fatigué encore, il voulait s'endormir. Ses yeux encore ouverts et tranquilles suivent les mouvements de son maître, mais un instant après, tout le corps s'affaisse, l'animal est totalement paralysé. Les yeux deviennent ternes, la poitrine cesse de se soulever, en huit minutes et sans agonie, ce pauvre Chien est mort.
Chez tous les animaux, la mort par le Curare est pareille; il semble que le sommeil les accable. Reptiles, Batraciens, Poissons, Oiseaux, sont dos plus sensibles au poison curarique. Les Invertébrés le sont beaucoup moins. Des Écrevisses injectées ont continué à s'agiter dans l'eau courante sans symptômes de paralysie.
La mort chez les animaux curarisés est due à la cessation des mouvements respiratoires, et celle-ci à la paralysie par le poison des nerfs qui mettent en jeu les muscles à fibres striées, agents mécaniques de la respiration.
En résumé, le Curare supprime ou interrompt l'action des fibres nerveuses motrices de la vie animale sur les faisceaux musculaires striés. De là, paralysie, de là, asphyxie, de là,, la mort. Disons, de plus, et c'est ce qui
CURAKIi
rend l'action du Curare si curieuse, c'est qu'il respecte le fonctionnement des fibres nerveuses sensitivos.
Parmi les substances qui agissent sur les animaux à la façon du Curare, c'est-à-dire en abolissant l'action des nerfs moteurs sur les muscles, M. Vulpian comprend le venin du Cobra\di Capello. Cette observation est une présomption de plus on faveur de l'opinion qui considère, non seulement le Curare comme un produit d'imitation naturelle du toxique opbidien, mais ce toxique lui-même, associé à d'autres éléments destinés à faire prendre le cbange sur sa véritable nature, ou à accroître ses propriétés vénéneuses.
Il existe d'autres poisons analogues au Curare et appropriés aux mêmes usages. Les naturels de l'île de Bornéo, ceux des Célèbes et des îles Poggi, empoisonnent leurs flècbes à sarbacane ou à arc avec le Siren, ou Antsjar. Ce poison est fourni par VAntiaris toxicaria (Artocarpées). Ils fontencore usage de l'Upas radja fourni par le Stryclmos tieuté. Les Indigènes de l'Afrique australe se servent du Kombé ou Inée, qui est dû au Stropbantus Kombé (Apocynées), dont le principe actif stropliantine a été découvert par Fraser.
Remarquons encore, à cette occasion, que l'usage du poison des flèches ne se montre que dans les contrées où existent des Serpents venimeux. Il est vrai que l'on peut interpréter cette circonstance de deux manières. Le poison des flèches est nécessairement du venin de Serpent. Le poison des flèches est fourni par des plantes toxiques qui ne croissent que dans les régions habitées par les serpents venimeux.
En Cochinchine, on connaît le poison des "flèches, et
nous avons perdu dans cotte triste conquête des officiers atteints par cette arme perfide.
Il faut toujours se méfier des flèches empoisonnées, on a constaté qu'au bout de 80 ans elles n'avaient pas encore perdu leur toxicité.